Qu’est-ce que le mal, qu’est-ce que la maladie, qu’est-ce que la souffrance ? Toutes ces questions sont vues au travers de l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique. Questions de Sens.
La théorie de l’Instance nous invite à discerner
en toute chose l’être et l’existence. L’existence est la
façon dont l’être se présente dans le monde
selon ses multiples modalités constitutives d’une individualité.
Ce que nous appelons l’être d’une chose est transcendant
à son existence, c’est-à-dire sans aucune commune
mesure. L’être d’une chose n’est pas de même origine
pour l’homme et pour les choses. L’être de l’homme est
son Instance ou, pour être plus rigoureux, l’Instance de
l’homme est son ETRE en DEVENIR. L’ être des choses n’est
rien d’autre qu’un CONSENSUS entre Instances, entre hommes donc
; consensus entre les participants à une existence commune
ou la chose prend place ; consensus aussi entre hommes de tous
temps et de tous lieux, hors des limites de l’existence individuelle.
La transcendance des Instances, et donc celle des consensus par
rapport à toute existence, autorise de telles collaborations
de l’humanité.
Le consensus ne doit pas être compris ici comme une sorte
de convention accessoire mais comme une participation plus essentielle.
C’est l’intersection même d’Instances entre elles qui est
consensus. Cela se comprend mieux en sachant que l’Instance de
chaque homme n’est constituée que de SENS. En effet, c’est
en l’homme que résident les SENS de toute chose, de lui-même,
des détails et des ensembles, de la vie de la mort...
de la maladie aussi.
L’instance de l’homme n’est rien d’autre que tous ces sens, ceux
qui par le biais de consensus, s’incarnent en tant qu’existants.
L’intersection entre Instances ne peut être qu’une mise
en commun de sens des unes et des autres. C’est là que
ce trouvent les sens de l’existant qui en est l’incarnation,
c’est cela l’être qui existe comme chose. L’existence de
chaque homme, ou de tel ou tel aspect de son existence, répond
aux mêmes princimes. Il s’agit de l’existence d’un consensus.
Cela veut dire que si les Instances humaines différenciées
et peuvent être ainsi autonomes, les existences humaines
ne le sont pas. Elles sont toujours le produit d’une participation
d’Instances par consensus.
Ainsi la théorie de l’Instance conduit à envisager
toute question dans deux ordres :
Celui l’existence d’une part, et celui de l’Instance, c’est-à-dire
du sens et des consensus, d’autres part. Plus précisément
chaque existence suscitera deux types de questions :
Quel consensus, quels sens existent ainsi ?
Quel sens peut-on lui donner qui l’inscrive dans le "devenir-être"
de l’Instance, c’est-à-dire son accomplissement.
Il faut dire en effet que de tous les sens qui habitent l’homme
certains le font exister pour son accomplissement et d’autres
le font exister pour d’autres devenirs -impasses ou malheurs
par exemple.
C’est dans ce contexte que se présentent les questions
qui nous intéressent ici. En voici les principes :
1) Le Mal n’existe pas comme tel. Cela veut
dire qu’il ne s’agit que de sens. On peut en effet parler des
sens du mal, mais on ne peut pas dire que telle ou telle chose
existante est le mal ou un mal en soi. Cela n’empêche que
l’existence de telle ou telle chose soit empreinte de mal si
ce sens participe au consensus qui la fait exister.
C’est pour cela que l’on ne peut juger que telle chose est intrinsèquement
un bien ou un mal.
L’existence d’une chose n’est pas la mesure de son sens. Du même
coup douleur ou plaisir ne sont pas en soi significatifs. Ils
peuvent porter un sens du mal en même temps que d’autres
sens.
Quels sens en l’Instance de l’homme peuvent être dits sens
du mal et dans quelles existences s’incarnent-ils ? C’est ce
que nous aurions à étudier pour mieux connaître
la question du mal et ses conséquences.
2) La maladie - C’est une atteinte à
l’existence pour l’homme, atteinte physique, mentale ou affective.
Autrement dit l’instance de l’homme malade ne trouve pas à
exister normalement mais avec une défaillance. Que celle-ci
soit cancer, fracture, trouble mental, il s’agit d’une atteinte
à l’existence normale de l’homme, d’une anomalie.
L’anomalie dans une existence selon la théorie de l’Instance,
ne peut résulter que des principes énoncés
plus haut. Toute existence, fait d’un consensus ne peut être
que normale sans anomalie. Cependant si deux consensus pour la
même Instance faisaient chacun existence partiellement
incompatible, alors il y aurait anomalie et maladie.
L’Instance supporte toutes contradictions, elle n’est que cela
: des sens opposés. L’existence ne supporte pas la contradiction.
Ainsi une chute ne permettra pas au corps de traverser un sol
en béton et une fracture sanctionnera l’incompatibilité
de l’existence d’un mouvement de chute et de celle d’un béton
compact et immobile. L’incompatibilité fait atteinte à
l’existence, ici au corps.
Si quelqu’un tend à exister en deux lieux à la
fois, la norme essentielle du monde matériel l’interdit
et il ne peut exister selon ce que son être réclame.
La maladie mentale en sera un symptôme possible.
Aimer quelqu’un et être proche, le haïr en même
temps et en être loin, de compatible dans l’ordre de l’Instance
devient incompatible dans l’ordre de l’existence ne pouvant être
proche et loin à la fois. Il s’en suivra une maladie affective,
symptôme de cette incompatibilité existentielle.
Soulignons que physique, mental, affectif ne sont que trois aspects
de la même existence sans que l’un soit la cause des autres.
Ainsi toute maladie peut se présenter selon l’un ou plusieurs
de ces aspects concernant l’existence dans sa totalité.
La maladie comme atteinte à l’existence normale et comme
anomalie provoque interrogation sur cette norme.
En effet dans tel contexte deux modes d’exister peuvent être
incompatibles, et l’être dans un autre. Ces contextes ne
sont que l’existence de consensus, par exemple culturel ou familial.
Ainsi voit-on des maladies se développer dans certains
contextes culturels ou familiaux. Les "crises de foie"
semblent être le privilège des français.
Il y a des névroses qui ne s’expliquent que par le contexte
d’une culture. Il y a des familles où se transmettent
des maladies que l’hérédité ne fait que
constater sans expliquer.
Si on considère l’existence de la maladie elle même,
elle ne peut être que le fait d’un consensus et du même
coup le symptôme qu’elle constitue ne peut être que
collectif, culturel par exemple même s’il est porté
par des individus.
Ainsi la maladie d’un homme parle-t-elle de lui même, mais
aussi des contextes humains auxquels il participe. Pour l’homme
elle est atteinte à son existence accompagnée souvent
de souffrance. Pour les sociétés humaines, elle
est anomalie qui met en question les limites de leur existence
(par signe d’incompatibilité).
Pour la société, la maladie met en cause son existence
et son consensus, et elle s’en défendra par la lutte contre
la maladie et malheureusement contre le malade. L’exclusion des
lépreux, l’enfermement des fous mais aussi cette inhumanité
dont les institutions de lutte contre la maladie semblent toujours
atteintes en sont les marques courantes.
Normalement la société punit le malade ne n’être
pas normal. Plus l’atteinte de la maladie est "originale"
plus la lutte sera sévère. C’est ainsi que le créateur
peut être traité comme malade alors qu’une grave
paranoïa sera considérée comme normale en
période de crise ou de guerre. La maladie est donc toujours
relative à une société, à une culture,
une famille, etc...
On pourrait envisager la maladie d’une culture pour une autre.
N’est-ce pas ce que les civilisés que nous sommes ont
analysé dans l’existence d’autres cultures lorsque l’infantilisme
ne suffisait pas à justifier l’anomalie de comportement
ou de symptômes existentiels ?
Pour le malade, sa maladie peur être d’abord souffrance,
mais il se trouve en face d’un double dilemme : Continuer à
être malade ou guérir . On sait que la maladie,
malgré certaines souffrances, peut être préférée
par le confort ou les bénéfices qu’elle procure
au malade ou les désagréments qu’elle évite.
Continuer lui permet d’être toujours dans les mêmes
sens dans son Instance.
Guérir peut se comprendre de deux façons :
- soit éliminer la maladie en épousant par exemple
la position du contexte social, jusqu’à tolérer
punition et renoncements à soi-même (en l’Instance).
- soit utiliser la maladie comme symptôme de soi-même
(en l’Instance) permettant d’accéder à une connaissance
de soi, de ses choix (de sens) et ainsi orienter son existence
dans le sens de son accomplissement. Dans ce cas l’élimination
de la maladie devient accessoire et subordonnés aux choix
personnels et au contexte social.
Qu’il ne doive pas y avoir d’automatisme maladie-recherche de
guérison, peut paraître scandaleux particulièrement
lorsqu’intervient la question de la souffrance. La souffrance
déborde largement le cadre de la maladie. Plus précisément,
on reconnaîtra des souffrances qui ne s’accompagnent pas
du symptôme qu’est la maladie physique ou mentale et inversement.
3) Souffrance On examinera la question de la
souffrance dans les deux ordres : celui de l’existence et celui
de l’Instance, c’est-à-dire son sens.
Dans l’ordre de l’existence, la souffrance est un vécu
et se situe sur le plan relatif, mode existentiel du consensus.
Elle s’accompagne soit de représentations, soit de localisations
physiques, soit des deux qui sont alors considérées
comme causes même de cette souffrance. C’est dans ces registres
qu’il faut placer l a maladie. Selon la théorie de l’existence,
la souffrance n’en est pas du tout la conséquence, elle
en est corrélative et s’il fallait hiérarchisée,
on devrait reconnaître que la souffrance, avec toutes ses
variantes et ses nuances, ses ambivalences aussi, est plus fondamentale
que les manifestations extérieures physiques ou psychiques.
Sur le plan existentiel on notera encore l’importance de l’environnement
affectif, culturel et aussi du rapport avec lui-même de
celui qui souffre. Certaines thèses nous suggèrent
que la souffrance est le fait d’une résistance, d’un refus
dont l’inverse,l’acceptation de soi, ferait soulagement. Il y
a là un indicateur qui peut nous approcher de la question
du sens de la souffrance. Un autre indicateur nous est proposé
par cette expression étonnante : "Ne pas souffrir"
quelqu’un , c’est aussi le refuser, ne pas accepter la relation.
Il y a là une solution pour "ne pas souffrir"
quelqu’un, c’est de s’en séparer. Mais s’il s’agit de
soi ? S’il s’agit de soi, il n’y a pas d’autre issue pour la
souffrance qu’elle même, dans l’impasse que constitue cette
double contrainte :
s’accepter, souffrant donc,
se refuser et souffrir encore plus.
En fait, il y a deux voies pour cette situation. L’une consiste
à dénier une part de soi : son Instance et donc
tout sens, tout consensus : à objectiver donc le mal et
la maladie. La souffrance pourra faire éventuellement
l’objet de traitement, d’éradication ou de régulation.
La souffrance ouvre ainsi une voie de perdition : la méconnaissance
et le refus, celle de son Instance donc de son être.
C’est là le prix de la guérison . C’est
alors que l’homme souffrant sera traité comme chose, objet
de soins. Pour cela, il doit abdiquer de lui-même, se réduire
à un objet corporel ou psychique par exemple. C’est à
ces choses que s’adressent dorénavant les soins, pas à
lui. Voilà le sens du mal ... C’est, en son instance ce
sens là qu’il doit privilégier, sens de la méconnaissance
de la transcendance de l’être, de la dénégation
de son Instance. Le sens du mal est toujours présent dans
la souffrance. Dans celle-ci, il est en question. S’il domine,
c’est dans la guérison au prix de son être (de son
âme ?) que l’homme cherchera sa voie. Cette voie est celle
qui l’aliène de lui-même,le réduisant (à
ses yeux) à cette chose individualisée -objectivement,
définitivement "en souffrance" de lui-même
pour avoir refusé cette souffrance.
Mais il y a une autre voie, c’est celle de la reconnaissance
de soi, de l’être en soi, de son Instance. Cette voie est
celle de l’acceptation de son existence, souffrante et la reconnaissance
progressive (l’élucidation) des sens en son Instance dans
cette souffrance. Cette reconnaissance est aussi d’être
porteur du sens du mal, de cette tentation pressante du suicide
de son être au bénéfice de son existence.
Elle est aussi reconnaissance d’être porteur du sens inverse,
cette voie où l’être et son devenir, son accomplissement,
sont libres des aléas de l’existence. La souffrance de
l’existence est donc ce carrefour où se joue la question
de la liberté et de l’aliénation, celle de l’être
dans et par son existence. La voie de l’accomplissement si elle
domine peut amener cette libération du sens du mal et
de son effet, la souffrance vécue. La souffrance comme
la guérison sont alors critères accessoires. C’est
particulièrement important lorsque le consensus imposé
par un contexte social ou culturel, ne laisse pas d’autre issue
que la souffrance ou même la mort auxquels l’Instance est
son devenir ne restent pas aliénés.