Cohérences culturelles de l’Afrique

Analyse des Sens et cohérences humaines
samedi 31 juillet 2004
par  Roger Nifle
popularité : 5%

Cette étude réalisée en 1982 est une des premières à cette échelle. Elle met en évidence les logiques humaines d’un continent et à fait l’objet d’une série de conférences.

A partir des conceptions et méthodes de la théorie des Cohérences Humaines, l’étude de cohérences culturelles de l’Afrique a été réalisée en 1983 avec la participation d’un groupe de travail principalement africain.

Une série de conférences a été donnée par l’auteur en 1984 sur les grands thèmes de l’Afrique, l’africanité à partir de l’éclairage de cette étude et de la carte de cohérences qui en découle.

Celle-ci représente la distribution des Sens et cohérences humaines selon lesquels l’Afrique se réalise et développe ses logiques et dynamiques en fonction des conjonctures.

En tant que phénomène humain, la "culture africaine" repose sur une problématique majeure de l’homme qu’elle aborde en plusieurs sens selon les pesanteurs, les influences, les tendances ou les choix éventuels.

Ce qui est en question dans la culture africaine, c’est le rapport à la situation existentielle, au milieu, à l’environnement, au groupe. La famille, la nature environnante, la femme même en sont aussi des figures homologues.

Cette problématique avec ses mille variations explique les positions africaines dans les multiples conditions de l’existence jusque et y compris sur le plan international.

La culture de l’Afrique n’est pas la somme des cultures de ses régions et populations. Elles ont toutes néanmoins un "air de famille" comme le montrent diverses études de cohérences culturelles de régions d’Afrique.




LES SENS ET COHERENCES DE LA CULTURE AFRICAINE

La carte de cohérence en indique les proximités et les oppositions.


Modernisme ou tradition

Le vecteur gauche de la carte marque un rapport au milieu tourné vers la conservation, la subsistance. Le rapport à l’environnement est un rapport d’intégration, de continuité telle que la tradition en rappelle le sens.

A l’inverse la tendance est à se jouer ou déjouer les conditions du milieu. Artifices et machinations trouvent dans le modernisme (effets de mode et modernité technique) des moyens d’abstraction, de disjonction d’avec des réalités vécues comme trop prégnantes.

C’est dans ce conflit spécifique que tradition et "modernisme" s’opposent radicalement. Le thème moderne du "développement" aggrave le conflit concernant particulièrement les questions de subsistance. Etrangement les efforts du "développement" ont souvent été à l’encontre (contre sens) de la subsistance et de l’intégration au milieu. Il y a là le signe de la nécessité d’un tout autre concept pour l’Afrique.

Initiative ou passivité

Vers le haut de la carte se marque la tendance à une distinction de l’homme et de son milieu. Cette distance ouvre à l’initiative, de même qu’à une initiation qui vise une autonomie. Un rapport sujet/objet est donc possible, l’homme se tenant à la place du sujet.

A l’inverse, le milieu est considéré comme le tout. La vie n’est qu’un aller-retour hors d’une réalité englobante. L’homme n’a pas d’existence propre, ni personnelle, ni même individuelle.

Confondu au milieu, seul ce dernier est doté d’intention. Le sujet est à l’extérieur. Les formes de l’animisme, et tous les déterminismes exogènes trouvent ici leur appui, y compris dans le rapport avec le monde extérieur à l’Afrique.

Fantaisies ou atonie

En haut à droite sur la carte se marque une tendance culturelle conjuguant distinction et artifice. L’imagination est au pouvoir et l’environnement devient espace de mise en scène. L’émerveillement des yeux donne plus d’importance aux signes, aux apparences, aux artifices qu’aux réalités, à l’accessoire qu’à l’essentiel. L’imagination est vecteur d’une magie transformatrice du monde environnant ou l’africain se fait l’acteur.

Cela étonnera particulièrement l’occidental habitué à distinguer les "affaires sérieuses" : politique, économie profession, etc. des affaires ludiques.

A l’inverse, la tradition se conjugue avec la passivité liée à une conception confusionnelle du rapport à l’environnement. Il n’y a pas de place pour le sujet, ni d’enjeu dépassant la subsistance. Les figures de passivité atone, de morbidité, de lassitude désenchantée sont l’effet d’une logique où il est impensable d’agir de soi-même, faute d’appréhension d’un "en propre".

Dépendance absolue, acceptation passive, conservatisme stérilisant, sont corollaires de l’absence de puissance propre de l’humain. Pas de sujet, pas de désir, pas d’espérance. Il n’y a qu’a attendre et à reproduire les fonctions et comportements dévolues par le milieu. L’esclavage est fait de nature.

Rapports maléfiques ou alliances fécondes.

En bas à droite, la culture africaine développe un rapport à l’environnement paradoxal. Passivité totale par rapport au milieu "matriciel" et tentative d’évasion par l’artifice. Clôture et évasion.

Logique de l’ambiguïté et de la culpabilité, elle fait le lit des craintes, des distorsions dans les rapports avec l’environnement, la communauté, les autres pays. Monde duel des magies inquiétantes, des tabous et puissances maléfiques et des parades (séduction, allégeance ou combats).

Le monde extérieur est tout puissant et menaçant (la femme, l’occident, la famille, les autres peuples, la nature, les différentes puissances de l’environnement). Le jeu ambigu avec ces puissances éclaire particulièrement les phénomènes liés aux thèmes modernes que les puissances occidentales présentent comme "nécessités fatales" en même temps "qu’actions indispensables" (ex. les discours sur l’économie et le développement dont les effets destructeurs deviennent alors patents).

En sens inverse se dessine la cohérence humaine d’une vocation originale de l’Afrique dans son art d’alliance différenciée de l’homme avec son milieu. Rapport de confiance, de conjugaisons subtiles, d’intégration. Le travail prend sens de rapport au milieu à l’opposé de l’exercice d’artifices techniques.

L’économie peut y trouver un sens étymologique. Le développement par contre doit être remplacé par l’idée d’évolution, de maturation, sinon de maîtrise à la place de l’idée pathogène de transformation artificieuse des conditions de vie, du système de l’environnement, du système économique.

La vocation de l’Afrique est celle d’une maîtrise "économique" du rapport de l’homme à son milieu, à ses situations et conditions existentielles.


Commentaires  forum ferme

Logo de Roger Nifle
mercredi 6 juin 2007 à 20h30 - par  Roger Nifle

Bonjour

De bonnes questions. Laissons de côté le fait que l’Afrique comme l’Europe ou l’Asie, est une mosaïque de cultures. Soulignons que chacune d’entre elles l’est aussi, jusqu’aux communautés de vie et aux personnes toutes différentes.

Mon point de vue est celui qui découle de l’anthropologie fondamentale de l’Humanisme Méthodologique. Pensée neuve donc regards et solutions neuves. Il faut le croire pour se risquer à considérer autrement ces questions.

D’abord toute culture, l’Afrique, en l’occurence est porteuse d’une problématique humaine, une part d’humanité qui est son lot. Pour le pire et le meilleur... celui de l’accomplissement humain ; pour ses membres, pour l’humanité entière.

Chaque culture a la charge d’accomplir sa vocation et pour cela trouver et cultiver son "Sens du bien commun", les qualités et talents qui sont les siens, les valeurs qui l’expriment.

L’identité c’est l’identification à telle ou telle tendance (Sens) de la culture propre. Elle peut être négative (vous en donnez des exemples) ou positive. Il faut en chercher les expressions originales dans le monde qui est le notre (voir texte sur la MICP méthode de l’identité culturelle prospective sur le site).

Seulement chaque culture est confrontée à deux questions. Celle du Sens dans lequel elle est engagée, il faudrait que ce soit le meilleur. Celle de sa maturité culturelle dans ce Sens là, le Sens de son accomplissement.

De cette deuxième question dépend la capacité de discernement, la capacité de se libérer des déterminismes aliénants venant des autres Sens, des autres tendances, des autres penchants avec tous les maux qui les accompagnent.

Or pour l’Afrique, son lot est cette confrontation avec l’environnement qui prend de nombreuses figures : la nature, la communauté, la féminité, les autres pays, etc.

Il arrive que dans cette problématique là on attribue à "l’environnement" des puissances, bonnes ou mauvaises ce qui peut conduire aussi à des attitudes passives ou réactives, antagonistes... Bien sûr, telles ou tels pays étranger (en Afrique même ou ailleurs) peut d’autant plus se sentir investi de puissance dont il sent qu’on la lui confère. Les "mauvais" penchants des deux engageront de concert, une colonisation, par exemple ou d’autres formes d’exploitation ... des penchants locaux.

Comprenez que l’histoire de chaque culture du monde, petite ou grande, est confrontée à sa problématique spécifique et affronte les difficultés et les drames qui vont avec. C’est la condition humaine. Mais il est de la condition humaine de chercher et de trouver sa voie, celle de son accomplissement au coeur même de sa problématique. Là où se trouve la source des difficultés est la source de sa vocation.

Pour l’Afrique il sera alors question du rapport à l’environnement et toutes ses représentations symboliques et alors la vocation est justement de trouver et accomplir son autonomie dans ce rapport même. N’est-ce pas une question qui travaille le monde L’humanité a besoin de nouvelles réponses. C’est la vocation de l’Afrique de les offrir au monde.

Comment maîtriser les affaires humaines dans l’art de ce rapport là ?

Il est difficile toujours de reconnaître ses propres talents, talents d’exception humainemet parlant, parce qu’on baigne dedans. C’est dans le rapport à d’autres (cultures) que la révélation peut se faire (si on la cherche).

Je pense que là où il y a de graves difficultés humaines, individuelles notamment, alors l’Afrique doit apporter ses solutions. Une piste à fouiller... . La où la confrontation au pire a été dépassée alors la maîtrise du meilleur est rendue possible.

Deux indications : rechercher et révéler les valeurs propres des cultures Africaines, à toutes les échelles. Réaliser ces valeurs en solutions humaines pour l’environnement, pour le rapport à l’environnement... Je ne parle pas spécialement d’écologie mais d’anthropologie ou peut-être d’éco-anthropologie, la science de la maison des hommes.

Un Institut (virtuel) du tourisme des valeurs pour le développement en Afrique subsaharienne francophone est en projet porté par l’Université de prospective humaine (UDPH) et Tourisme sans frontières. Aidez-nous à vous aider...

Logo de Tsira NDONG
mercredi 6 juin 2007 à 04h12 - par  Tsira NDONG

Comment penser le rapport de l’homme africain à la nature devant l’interculturalité ?La culture africaine a t-elle vocation de faire toujours place à celle des autres ?Est-ce une faiblesse de sa part ou encore mieux une incapacité à se poser comme alternative par rapport aux autres cultures ?En réalité,comment et pourquoi se fait-il que ce soit toujours elle qui s’efface devant les autres cultures ?A quand le triomphe de la culture africaine sur les autres cultures du monde ?Ou encore s’il n’est pas question de triomphe, quand et comment peut-elle se définir comme marque d’authenticité et d’identité de l’africain ?

Merci de m’éclairer là dessus.

Site web : Culture africaine
Logo de Roger Nifle
mercredi 8 septembre 2004 à 19h04 - par  Roger Nifle

Bonjour

Cette étude de cohérences culturelles a fait l’objet de conférences à l’époque mais malheureusement pas de traductions écrites à ma connaissance. D’autres études de cohérences culturelles sur le territoire africain ont été réalisées et leurs résultats progressivement placés dans cette nouvelle rubrique. Ce sera sans doute l’occasion de développer plus avant l’étude initiale. Charles Yoba va prendre en main cette rubrique et la faire vivre progressivement.

N’hésitez pas à intervenir, à poser vos questions et faire vos suggestions

Logo de Aziz
mercredi 8 septembre 2004 à 11h48 - par  Aziz

Bonjour,

J’ai lu avec un grand intérêt cet article. A-t-il fait l’objet d’un développement plus consistant, un livre par exemple ? Comment se le procurer ?