La fonction DRH est confrontée à la réalité humaine de l’entreprrise. De ce fait elle ne peut y exercer une maîtrise que si elle différencie et appréhende les différents types de phénomènes humains qui conditionnent une entreprise (humaine). La fonction DRH doit assurer la cohérence humaine de l’entreprise. L’humanisme méthodologique est évidemment une source majeure pour comprendre et pour agir dans ce contexte.
La fonction de DRH dépend évidemment de la conception
de l’entreprise qui, elle, conditionne la place de l’homme. Par
exemple une vision économiste et strictement financière
considère le personnel comme une " variable d’ajustement
économique " (Catherine HUBER A.N.D.C.P. PERSONNEL
N 359 - avril 1995 ). La fonction DRH devient alors une fonction
de régulation des effectifs et de la masse salariale.
Il y a donc une première condition pour penser une vision
nouvelle de la fonction c’est de définir le Sens de l’Entreprise
qui lui donnera sa cohérence ce qui entraîne à
concevoir l’Entreprise en tant que :
Communauté humaine engagée.
Il est patent que hormis dans la courte parenthèse de
ces dernières années cette référence
était déjà présente dans les conceptions
du patronat français ( cf. Les conception du patronat
français en matière de Gestion des ressources humaines
depuis la guerre par Olivier NIFLE ,DEA d’Histoire Sorbonne,
1992 ).
Les questions portant sur la fonction de DRH ne sont indifférentes
ni aux logiques culturelles ni aux crises de références
dans les entreprises ni aux mutations de notre société.
La crise des représentations et la crise de Sens actuelles
sont inscrites dans le contexte des interrogations des DRH. Le
recours à des concepts fondamentaux est donc tout à
fait opportun dans la mesure où ils permettent de structurer
et clarifier la fonction dans l’esprit et dans la pratique.
C’est là l’intérêt de cette référence,
différenciée des conceptions anonymes ou l’homme
n’est plus qu’un rouage du système économique.
II - LA COHERENCE HUMAINE DE L’ENTREPRISE
La théorie des Cohérences Humaines apporte les
éclairages nécessaires pour concevoir l’entreprise
comme communauté humaine engagée.
Il lui faut d’abord une direction générale. Diriger
c’est donner le Sens. Donner le Sens c’est dire à quoi
et à qui elle sert et déterminer ainsi son marché.
Donner le Sens c’est dire aussi pourquoi elle existe et en déterminer
la qualification et les valeurs spécifiques. Donner le
Sens c’est encore en définir les buts et objectifs et
aussi les voies et moyens pour y parvenir.
C’est à cette responsabilité de direction générale
que se réfère la fonction de DRH. Seulement, après
cette détermination du Sens c’est toute la communauté
de travail qui doit entreprendre de le réaliser. Pour
cela elle doit être constituée, elle doit être
managée, elle doit progresser dans la maîtrise de
ses enjeux. Tout cela réclame une compétence et
une responsabilité particulière et qui fonde alors
la fonction de DRH. Assurer la cohérence Humaine
de l’Entreprise est la toute première condition
pour que se réalise le Sens qui lui a été
donné . Cela dépend bien sûr de toutes les
autres fonctions mais, par quelque côté qu’on le
prenne, toutes les autres fonctions en dépendent.
Assurer la Cohérence Humaine de l’entreprise c’est "devenir
des architectes sociaux" ( concept de Bernard LAIRRE, D.G.R.H.
de Spie Batignolles d’après Jacques BOUCHAUD, Président
National de l’A.N.D.C.P. Revue PERSONNEL N 359 - avril 1995 ).
On peut alors en définir les trois dimensions.
L’établissement de la communauté
de travail. C’est ce qui est
souvent entendu sous les termes de gestion du personnel ou des
effectifs. Il s’agit de recruter, réguler les entrées
et sorties, gérer les effectifs au mieux sur le plan économique,
juridique, social, etc. Il s’agit surtout d’une fonction de constitution
et d’entretien du corps social.
L’engagement de la communauté
de travail dans les buts assignés.
C’est toute la question du management des hommes qui est alors
posée. La conception de celui-ci, et tout le problème
de la structuration stratégique de l’entreprise sont à
assurer. Il s’agit de prendre en considération le fait
qu’une communauté humaine engagée est une société
complexe ou l’articulation des modes de participation en fonction
des buts et des contraintes et circonstances relève d’une
compétence particulière. On reconnaît bien
là une ingénierie sociale qui consiste à
mettre la communauté en ordre de marche sachant qu’il
s’agit d’hommes de diverses cultures, de diverses compétences,
de diverses maturités.
Le développement de la maîtrise
collective de l’entreprise
. C’est toute la question de l’évolution du corps social
pour développer la compétence collective, la valeur
de ses services, la capacité à assumer les conditions
de son développement. C’est en quelque sortes la valeur
humaine de l’entreprise, exprimée par la culture d’une
vocation singulière, qu’il s’agit de développer.
Tout cela n’est concevable qu’en rapport
avec les conditions de l’environnement. Le contenu de cette fonction
ne peut être maîtrisé qu’en tenant compte
des contextes ou l’entreprise évolue : conditions de gestion,
conceptions du managements, aspirations socio-culturelles. De
ce fait les DRH doivent être très avertis des évolutions
de l’époque mais aussi de la diversité des situations,
nationales par exemple, au sein de l’Europe et dans le reste
du monde.
DRH, UN MÉTIER D’ENTREPRISE, DES COMPÉTENCES,
UNE PRATIQUE
Assurer la cohérence humaine de l’entreprise est une fonction
qui par certains côtés correspond à ce que
beaucoup font déjà. Cependant, poser ce concept
a un effet structurant sur l’identité de la fonction mais
aussi sur sa pratique.
Il devient possible de concevoir un corpus de compétences
qui intègre les travaux déjà effectués
mais qui leur donne un Sens et une structure cohérente
( cf. le référentiel A.N.D.C.P. et l’article de
Annie BARTOLI sur la formation des DRH revue déjà
citée). Les apports de la théorie des cohérences
Humaines deviennent aussi particulièrement précieux.
Ils portent sur la conception des entreprises ( Sens et management,
vers l’entreprise de concourance par Roger NIFLE Mai 1995 Institut
Cohérences) sur la connaissance des phénomènes
relatifs aux communautés humaines et les conditions de
leur maîtrise, sur un ensemble d’outils conceptuels et
méthodologiques qui permettent une pratique mieux maîtrisée.
Par ailleurs il est aussi possible de graduer la fonction en
niveaux ou âges d’évolution. Ainsi, s’il est possible
de proposer une méthodologie générale pour
la fonction, on peut aussi envisager jusqu’à quel degré
elle peut être appliquée selon les circonstances
et les entreprises.
Les étapes de maîtrise de la cohérence
humaine de
l’entreprise.
L’ordre théorique selon lequel la cohérence humaine
peut être assurée est le suivant :
La dimension politique : Déterminer
le champ de cohérence pertinent
.
Il s’agit en fait d’élucider le
Sens de la vocation de l’entreprise afin d’en obtenir confirmation
par la direction générale ( sous ces termes nous
voulons parler des dirigeants quel que soit leur statut ou leur
titre ). Il existe pour cela des méthodes d’analyse de
Cohérences qui peuvent être utilisées à
chaque fois qu’un moment crucial se présente, par exemple
lors de relances, de repositionnement de l’activité, ou
avant de lancer des opérations de changement et d’une
manière générale chaque fois que l’essentiel
est en jeu ou qu’une politique générale doit être
formulée. C’est à partir de cela que l’axe de cohérence
de la communauté de travail peut être déterminé.
La dimension stratégique
: Dessiner la structure de management cohérente .
Il s’agit en fait de concevoir la structure
stratégique qui permet de conduire la communauté
de travail dans le Sens déterminé selon ses différents
projets concourants. C’est toute la question de la participation
des hommes qui est posée ainsi que celle de l’architecture
évolutive de leur organisation. Chaque entreprise doit
donc trouver les articulations de son management en fonction
de sa culture propre, de sa vocation (son Sens ), et des circonstances
de son projet.
La dimension économique.
Gérer la quotidienneté de la communauté
de travail.
Il est bon de rappeler que, selon l’étymologie,
la notion d’économie se rapporte aux règles habituelles
de la vie commune. Il s’agit donc d’administrer les affaires
quotidiennes que la fonction personnel connaît bien. Cependant
cela ne peut se faire que dans le cadre des règles définies
sur le plan stratégique en fonction de l’environnement
et du Sens original de l’entreprise. N’oublions pas que les critères
de gestion doivent aussi avoir un Sens pour servir à ceux
qui ont la charge de conduire les affaires de l’entreprise et
pour chaque membre de la communauté de travail.
Il se trouve par contre que l’ordre de progression dans la maturation
de tous ces problèmes est l’ordre inverse du précédent.
On peut ainsi distinguer un premier âge dans la maîtrise
et donc dans l’apprentissage de la fonction et qui consiste à
gérer le personnel dans un contexte d’économie
d’entreprise.
On peut ensuite distinguer un deuxième âge qui intègre
en plus toute la question de la conduite managériale
de la communauté de travail . Structures fonctions,
méthodes de management, pratiques participatives, communication
interne sont à l’ordre du jour. Il y a là, par
contre, un problème de modes et de modèles qui
pose la question de leur pertinence pour l’entreprise que l’on
a à piloter. Le modèle des structures de concourance
peut être alors opportun pour personnaliser les solutions.
Enfin un troisième niveau de maîtrise peut être
envisagé, l’âge du Sens de la communauté.
Il s’agit alors de fonder tout le reste dans la maîtrise
du lien social inter-humain en assumant pleinement le
statut de communauté humaine engagée. C’est par
exemple dans ce contexte que les questions de citoyenneté,
de l’entreprise et dans l’entreprise, se posent ; celles aussi
de valeurs, de vocation, d’éthique, celles aussi de macro-pédagogie
pour l’évolution de tout le corps social, et encore celles
de communautés virtuelles bientôt à l’ordre
du jour. C’est à ce niveau que se posent aussi les questions
de prospective, de crise et d’évolution de notre société,
de Sens du travail, de responsabilité partagée
dans les questions sociales : exclusions, multiculturalisme, retraites,
réseaux d’entreprises etc.
On voit là qu’à ce niveau la fonction personnel
se trouve directement confrontée à la crise des
représentations et à la crise de Sens de notre
époque. Cependant la notion de crise à un côté
très positif ; c’est un moment décisif, celui où
il est temps de prendre des positions de Sens et de bâtir
de nouvelles représentations en conséquence. N’est-
ce pas à ce carrefour que se situe la fonction DRH ?