La guerre du Sens

a commencé
lundi 26 juillet 2004
par  Roger Nifle
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11 mars 2003. La guerre du Sens contre le monde a commencé. La guerre des Sens, chacun avec ses armes, ses fins et ses moyens. Croisade disent les uns, djihad disent les autres, droit disent encore d’autres, comme si les mots étaient le Sens comme s’ils étaient des armes de Sens. Les bombes émotionnelles, leurs tireurs et les canons à longue portée des médias sont en place. La guerre du sang va s’étendre. Mais s’il y a à combattre c’est en soi-même disent les sages de toutes religions, de toutes les philosophies dès lors qu’elles ont l’homme comme fin. L’Humanisme Méthodologique aussi. Le discernement du Sens la première exigence, la détermination dans le Sens du bien commun l’épreuve, son engagement dans toutes les choses de la vie celui pour lequel il faut être armé, des armes d’humanité.

"La guerre du sens" est le titre d’un

ouvrage

du général Jean Loup FRANCART

éditions économica

 

Quelle étrange situation où, au nom de la morale

- le même mot - des "pays amis" s’opposent quant

à savoir si la guerre contre l’Irak doit être déclenchée

tout de suite où si elle doit n’être envisagée

qu’après l’échec éventuel d’une procédure

fondée sur le droit international représenté

par les règles du conseil de sécurité. Question

de principe, dit-on ici ou là.

Que se passe-t-il ? Y-a-t-il les bons et les méchants ?

Les bons, les brutes et les truands ?

On ne peut comprendre la situation que si on en discerne le

Sens sinon la "conscience". Elle même sert d’évidence

des logiques contradictoires.

La guerre du Sens à l’âge du Sens dans lequel

nous sommes entrés n’en est pas évidemment le meilleur.

Ce qui se produit, c’est que des pans entiers du monde (des

hommes, de l’homme) sont campés dans différents

Sens et lisent le monde dans ce regard, y rencontrent adversaires

et alliés (à leurs yeux), y posent les repères

du bien et du mal (à leurs yeux), y engagent leurs stratégies

cohérentes mobilisant les moyens significatifs de leur

logique propre.

Or pour le moins, quatre Sens sont en présence. Ils

sont Sens humains toujours en l’homme mais l’âge du Sens

en dévoile la pluralité et renvoie chacun au discernement

des Sens, au choix et à l’engagement.

Cet âge du Sens succède à un "âge

des représentations" (mentales) où idées,

formules et formulations (juridiques par exemple) semblaient être

les seuls moyens de réguler les affaires humaines, notamment

sous la tutelle de la Raison ou bien encore des modèles

idéologiques ou systèmes de croyance en vigueur.

Le Sens en échappait le plus souvent et la "conformité"

servait alors de seul critère. Alors qu’en est-il des quatre

Sens (*).

D’abord le Sens de la possession. L’administration Bush campe

sur le Sens de la possession, celui-là même qu’a

suractivé un Ben Laden. Un Con-Sensus donc, entre les deux,

sur la vision du monde, le manichéisme de l’affrontement

des "puissances du bien" et des "puissances du

mal".

L’identification religieuse réduite, distordue justement

à l’invocation de "toutes puissances" extrêmes,

légitime tous les extrémismes.

L’intégrisme est de cette veine (*). La paix est l’horizon

de la disparition de l’autre, de son assimilation (le retour au

même), de l’établissement pour cela d’une emprise,

c’est-à-dire "pouvoir d’empêchement" d’être

autre.

La possession, c’est cela, c’est aussi tout ce qui est tentative

d’emprise sur les hommes et les choses, critère du bien

pour soi, c’est-à-dire du bien universel pour qui n’a pas

d’autre. L’unité du monde sous la tutelle de "l’américan

way of life". L’emprise sur les alliés, traîtres

s’ils y dérogent.

La logique de guerre qui est la seule voie de la paix reconnue

dans ce camp, guerre économique, guerre de l’information,

guerre des armes, guerre par tous les moyens qui portent atteinte

à l’altérité de l’autre, c’est-à-dire

au critère du mal.

Le Sens de la possession habite tous les hommes et beaucoup

y ont installé leur demeure.

L’administration Bush est parfaitement cohérente dans

ce Sens. Sa marche est celle là, son jugement est celui

là, sa conscience, ses stratégies, ses modèles,

ses méthodes sont celles là.

Bien d’autres y campent et il est clair que là "qui

n’est pas avec nous (autre) est contre nous (rival sinon ennemi)".

Qui n’a pas de discernement et qui penche un peu par là

est rapidement "possédé" par l’activation

massive de ce Sens. Il se fait "même" ou il se

fait "autre" (allié ou rival). Qui campe dans

un autre Sens est automatiquement considéré comme

rival (traître, ennemi à réduire) pour les

précédents.

En particulier c’est là que la "vieille Europe"

peut être tentée de camper.

Auparavant on notera que toute position de Sens autre que celle

de la possession y est vécue comme identique à une

rivalité, c’est-à-dire une altérité

altérante, polluante, pernicieuse, menaçante, etc...

Logique de paranoïa. Le "principe de précaution"

est l’une des armes de la guerre du Sens alimentant l’arsenal

de la possession. C’est tout simplement la logique de l’administration

Bush en Irak notamment.

Les autres Sens ne sont pas pour autant du même camp

et on tomberait dans la logique de possession si on voyait le

mal incarné par l’administration Bush et le bien chez tous

les opposants ou l’inverse.

La vieille Europe donc, celle des lumières, celle de

l’âge des représentations d’avant l’âge du

Sens, pourrait incarner un autre Sens, l’inverse de la possession

celui qui consiste à confier au droit, aux conventions

formelles de la communauté internationale le soin de dire

le bien et le mal. La puissance est remplacée par le droit,

les stratégies guerrières par les jeux de procédures.

Qui ne voit que c’est l’une des façons de comprendre

l’alternative posée à celle de l’administration

Bush mais aussi à tous ceux qui partagent le même

Sens de la possession comme Sadam Hussein et bien d’autres "volontés

de puissance" intégristes ou terroristes (y compris

économiques).

Pour le camp de la possession ce n’est qu’hypocrisie, impuissance,

trahison ;

Pour le camp de la Raison, c’est vertu, morale, recours aux

principes (formels), au droit sans lequel le monde ne serait que

chaos. Loi de droit contre loi de la jungle.

Voilà les deux logiques selon lesquelles, si on n’est

pas pris par la possession on pourrait comprendre la situation.

On voit bien que la seconde logique a raison de mettre en doute

la supposée morale de la possession mais aussi cette dernière

n’aurait-elle pas de bonnes raisons de critiquer l’hypocrisie

du camp de la Raison ?


Il est vrai qu’au temps de l’âge des représentations,

cette dernière triomphait et il semblait n’y avoir comme

avenir que l’universalité de ses valeurs : démocratie,

droit, raison, sciences, idéaux, modèles...

Or toutes ces représentations ne sont pas Sens.

L’âge du Sens dévoile qu’elles peuvent prendre

n’importe quel Sens. C’est l’un des jeux d’ailleurs de la guerre

du Sens que d’employer les mêmes termes dans des Sens différents.

La démocratie selon l’administration Bush ou selon la "vieille

Europe" est-elle identique ?

Seulement il y a encore d’autres Sens qui sont à l’oeuvre.

En rester à deux opposés et il est facile alors

de tomber dans la rivalité, victoire de la possession -

volonté de puissance - ou bien dans la raison hypocrite

qui se pose comme supérieure et volontiers "pédagogique",

certaine de savoir où est le bon droit.

Il y a encore en présence un autre Sens, celui de l’antihumanisme

radical qui fait des "lois de la nature des choses",

l’alpha et l’oméga. De la possession, l’animalisme naturaliste

le tenterait bien (défense de l’animal) mais la volonté

de puissance parle trop d’une hypothèse "humanité"

et donc d’une "pollution" de la vrai nature. S’allier

au rationalisme idéaliste, à la raison hypocrite

est alors bien tentant pour dénoncer la possession "qui

ne signe pas les accords de Kyoto".

Mais lorsqu’il y a de l’anti mondialisation, de l’anti américanisme,

de l’anti pouvoir, de l’anti loi hypocrite, c’est-à-dire

position de possession alors l’antihumanisme naturaliste s’y laisse

facilement embarqué.

D’un autre côté lorsque la Raison se veut plus

humaine que naturelle (scientifique), plus exigeante (scientifique)

que sentimentale alors c’est le lobby des puissances qui y est

dénoncé (ex : appel de Heidelberg, insultes à

l’académie des sciences...).

L’anti humanisme radical qui prône la renaturation comme

horizon c’est-à-dire la décivilisation massive,

utilise aussi bien le principe de précaution (paranoïaque)

que la loi de droit qui interdit, au nom de l’évidence,

de la science, etc. (la tendance totalitaire).

Que dit ce camp de la situation ?

Il prépare la récolte, dénonciation des

pollueurs, dénonciation de ceux qui croient en l’humanisme

des lumières, recentration sur les peurs des temps préhistoriques,

archaïques. Recentrage sur le thème "la planète

est en danger à cause de l’homme" préparons

nous à d’autres guerres (de l’eau).

Raisonnements irrationnels, manouvres de possession manipulatrices.

Là où il n’y a pas de discernement du Sens même

négation du Sens humain du monde, tout est bon, sauf l’humain.

Obéissons à la Nature, rendons nous à l’évidence.

Cessons de croire à notre humanité et la paix viendra...

Enfin le quatrième Sens émergeant, est celui

du discernement des Sens - notamment des précédents,

parmi tous les Sens de l’homme. Là les mots ne sont pas

le Sens mais tentent de le véhiculer. Ce qui vaut ou non,

c’est le Sens, c’est-à-dire l’essence de l’homme mais aussi

la clé de son accomplissement ou de son échec. La

raison sert le Sens mais ne le dit pas aussi, pouvant servir n’importe

quel Sens, elle ne peut être critère du bien à

elle seule.

Le meilleur des Sens est toujours celui, en chaque situation,

par lequel les hommes gagnent en discernement (des Sens) donc

en liberté, en autonomie, en maîtrise, en responsabilité...

Alors le bien de l’homme c’est de trouver et cultiver ce Sens

là. C’est de former des communautés de Sens pour

ce faire s’y plaçant alors dans le Sens du bien commun.

C’est de s’engager dans le service du meilleur Sens des autres,

personnes et communautés. C’est donc le service de la maîtrise

de l’humanité en chacun et en tous.

Ce qui n’est pas bien c’est ce qui s’en détourne ou

s’y oppose.

C’est pour cela que les Sens ne se valent pas tous, ont leur

propre logique, leur propre cohérence, leur propre modèle,

leur propre jugement, leur propre méthode, leurs propres

valeurs.

Tous sont aveugles à la possibilité d’autres

Sens et sont donc enfermés dans leur logique propre, sauf

le Sens ici pointé.

Ce Sens est celui du discernement (des Sens), de l’entendement

donc et aussi de l’engagement, de l’autonomie responsable, de

la maîtrise de service.

Dans la guerre du Sens, il dispose de "l’arme" la

plus performante : le discernement mais cette arme ne tue pas

elle vivifie, elle rend libre. Elle ne porte néanmoins

que par le conSensus qui sera entraîné par la détermination

de ceux qui se tiennent dans le meilleur Sens.

En chaque situation rechercher le meilleur Sens, en chaque

homme reconnaître tous les Sens de l’humanité, en

chaque communauté rechercher le Sens du bien commun...

C’est dans les petites choses, les affaires communes, que se nourrit

le meilleur Sens et que se gagne la guerre du Sens. C’est dans

les grandes choses que cela se manifeste aux yeux de tous sauf

aux aveugles et à ceux qui n’entendent pas le Sens.

Travaillons-y.

Telle est la proposition de l’humanisme méthodologique.

* Textes illustrant ces quatre Sens

L’intégrisme

Civilisation de l’entreprise

Cohérences de la

responsabilité


Nouveau paradigme

La loi et l’ordre

Les racines de la certitude