Identité, culture et développement

des communautés territoriales
lundi 26 juillet 2004
par  Roger Nifle
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Un lien étroit relie l’identité et la culture d’un territoire à son développement,

c’est le Sens. Le Sens des valeurs et potentiels, celui de l’image projetée et intériorisée, celui enfin des marches de progrès de la communauté est le même. Lorsqu’il est le fruit d’un discernement c’est le Sens du bien commun qui joue ce rôle et constitue l’axe de cohérence. du devenir commun.

L’identité collective

Tout groupe humain, dès lors que l’on peut le nommer, est, a été ou sera une communauté humaine. Organisations, entreprises, associations, cités, quartiers, villages, pays, régions, nations, continents, églises, peuples, syndicats, religions, mais aussi groupes professionnels, groupes d’affinités, groupes de circonstances, familles, équipes, etc. Tous sont des communautés humaines même si elles n’ont pas toutes la même importance.

Chaque communauté humaine désignée a une identité dès que l’on peut s’en faire une représentation caractéristique qui semble pouvoir rester "identique à elle-même".

Cependant différents points de vue aboutissent généralement à différentes identifications de la même communauté.

En outre certains en auront une représentation plus ou moins riche, plus ou moins stable, plus ou moins fragile, plus ou moins consciente aussi. Cela participe de tous les problèmes d’identité des communautés humaines, les crises, les excès, les quêtes, les peurs, les abus et aussi les ambitions, les projets avec le jeu de la mémoire opportune pour justifier le présent ou espérer l’avenir.

L’identité de la communauté, c’est aussi ce qui permet aux personnes de "s’y reconnaître", chacune à sa manière, mais avec un sentiment collectif. La référence étant, comme on l’a vu très variable, on aura là une infinité de jeux d’identité. Cela se complexifie évidemment par le jeu des participations à plusieurs communautés et à des communautés de communautés.

L’identité intervient encore dans les relations avec d’autres communautés ou leurs représentants. L’idée que l’on se fait des autres et que l’on se fait de son propre groupe détermine pour beaucoup la nature de ces relations.

Notre civilisation, nos sociétés ont beaucoup produit de représentations à propos d’identités collectives, rarement homogènes, il est vrai, pour une même communauté. Les moyens modernes de communication ont multiplié les représentations qui, à la fois ont pu troubler les identifications mais aussi les ont enrichi à l’infini.

Le souci de l’identité collective, pensons aux entreprises, aux nations, aux cités et à toutes les autres, s’est accru dans des propositions considérables à tel point qu’on en arrive quelque fois à se demander s’il y a quelque chose d’autre que les images, les représentations, l’identification par laquelle on reconnaisse une communauté humaine.

Les dimensions de l’existence collective

Il faut alors observer que tout groupe humain existe dans chacune des dimensions de l’expérience humaine.

Une communauté existe dans des faits, des usages, des outils, des procédés, des façons de faire, des productions, des moyens de se nourrir, de s’abriter, de se transporter, de s’occuper des affaires quotidiennes. Il faut une attention particulière pour bien voir que tout est différent d’une communauté à l’autre, même s’il peut y avoir de très grandes ressemblances.

Une communauté existe dans ses représentations d’elle-même, des autres, de son monde, de l’univers, etc. Ce sont les matériaux de ses identifications ;

Elle existe aussi dans ses sensibilités, ses façons de vivre les choses de la vie, d’éprouver des affects communs. Il est bien difficile de ressentir ce que ressent une autre communauté sauf à se retrouver ensemble dans une communauté commune mais le problème est simplement déplacé.

Si l’on se confond avec les affects de son propre groupe, on peut aussi tendre à y assimiler les autres ou à les exclure.

Toute différence sera alors aperçue comme menaçante et, au contraire, toute fusion affective rassurante. Les "appartenances" sont souvent fortement marquées par cette prégnance (souvent aveugle) des affects.

Activités, mentalités, sensibilités, sont ainsi parties prenantes de l’existence et de l’expérience particulière de chaque groupe ou communauté humaine.

Il faut encore compléter cela par trois dimensions :

- L’ensemble des acteurs et des facteurs distinctifs de la communauté (son univers).

- L’histoire avec ses péripéties et ses cheminements.

- Les aspirations valeurs ou autres tendances qui orientent ses engagements et en personnalisent le caractère unique, original, que l’identité tente de saisir.

La culture collective

Tout cela c’est la culture ou du moins les expressions de la culture de la communauté. Tous les aspects de son existence lui sont propre et forment une culture particulière.

Cette culture a sa cohérence et aussi ses contradictions, sa permanence et aussi ses changements, sa continuité et aussi ses mutations, son unité et sa multiplicité.

Il est toujours vain de vouloir saisir le tout d’une culture puisque c’est indéfini et que cela change tout le temps malgré des constances.

Ce qui est l’expression d’une culture n’est que la forme qu’elle prend ou le contenu de son expérience collective. Ce qu’est au fond la culture, ce qui est le propre d’une communauté ce n’est pas ce qui la représente ou qu’elle expérimente. Ce qu’elle est, c’est ce qu’il y a de spécifiquement humain dans l’homme et qui est mis en partage dans toute communauté humaine, le Sens.

Chaque communauté humaine est déterminée par les Sens partagés en ConSensus multiples mais formant un ensemble cohérent qui lui est propre.

Cet ensemble de Sens, c ’est l’esprit de la culture, l’âme de la communauté, ce qui l’anime et l’inspire, l’oriente et l’engage.

Chaque culture dispose comme cela de plusieurs Sens pour le pire et le meilleur.

Or chaque culture dispose aussi d’un meilleur Sens qui est tel que lorsque ce Sens est cultivé, la communauté progresse vers une plus grande humanité, une plus grande conscience et maîtrise humaine. Elle cultive alors des valeurs qui lui sont propres et développe un "bien commun" jusques et y compris dans ses relations avec d’autres communautés. Ce Sens est celui de sa vocation.

La vocation collective

Le plus grand bien proviendrait du choix systématique pour chaque groupe humain de cultiver sa vocation, pour lui même et dans ses relations aux autres.

On peut montrer que les deux vont ensemble et même qu’en assumant son génie propre, sa vocation culturelle originale, elle contribue à la reconnaissance universelle de l’humanité des hommes et de l’humanité en l’homme.

Le développement collectif

Mais cultiver le Sens de sa vocation culturelle, c’est pour une communauté humaine se développer. Non pas forcément sur le plan quantitatif mais sur le plan qualitatif.

C’est développer ses qualités propres, qualités des hommes, qualités de la vie, qualité des réalisations, qualités d’humanité spécifiques.

Ce développement est bien celui de son existence, il est celui de la qualité des affects (qu’est ce que le bonheur sinon un sentiment de bien être), celui de la qualité des choses, des pratiques, des productions, des biens matériels, celui aussi de la qualité des représentations, connaissances, conscience, identification.

Le développement dans ce Sens est aussi un enrichissement des facteurs et des acteurs. Il est le choix de valeurs et d’une aspiration : accomplir sa vocation propre. Il est enfin une avancée dans l’histoire selon une voie de progrès, progrès veut dire aussi bien marche en avant qu’amélioration.

Alors que faire pour favoriser cette perspective, cette conception à la fois réaliste parce qu’elle n’ignore pas les autres voies et la possibilité toujours présente du pire et pragmatique parce qu’elle est solution à bien des problèmes et à bien des ambitions légitimes de progrès.

Gérer le pire ou se contenter de complaisances bien limitées ne sont pas la meilleure des choses à faire.

Engager résolument le meilleur est évidemment le plus raisonnable, le plus efficace et les plus courageux.

Cela va sans angélisme ou refus des difficultés mais pourquoi ne pas accepter le meilleur que chaque groupe humain cherche à se développer selon sa vocation propre, reconnaisse les autres pour son potentiel et concoure avec certains groupes humains à former des communautés de développement ou elle apporte un concours singulier.

La démarche

Pour cela, comment s’y prendre :

- Discerner le meilleur Sens de la culture, sa vocation qui sera la voie de son développement.

C’est ce que permettent les méthodes d’analyse figurative et d’analyse de cohérences.

- Faire de ce Sens l’axe de cohérence logique et dynamique de ses projets et faire en sorte qu’il soit porté par ceux qui dirigent, orientent, inspirent la communauté.

- Construire les projections et projets qui tracent les modalités de développement et les voies de l’avenir.

- Y concentrer ses ressources et se doter des moyens de régulation, de contrôle et de pilotage.

Telles sont les propositions que la théorie et les méthodes des Cohérences Humaines présentent à ceux qui ont quelque responsabilité dans le destin des groupes humains.