Evaluation culturelle des projets

aménagement et développement
lundi 26 juillet 2004
par  Roger Nifle
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La conception des projets à surtout été affaire d’ingénieurs avant d’être celle de techniciens de l’administration et de la gestion. La non appropriation par les populations concernées a toujours été imputée à leur faible intelligence de ces choses et à quelque défaut de communication. C’est une autre hypothèse qui est évoquée là, le fait que c’est la valeur culturelle d’un projet qui est la condition d’appropriation.

I - PROBLEMES d’INTEGRATION au MILIEU :
ENRACINEMENT "CULTUREL" DES ACTIONS et DES PROJETS.

Il n’est pas rare de constater l’échec ou le blocage d’actions de développement et d’aménagement. Que ce soit des actions très localisées ou plus étendues, en milieu agricole ou industriel, rural ou urbain. On prend de plus en plus conscience du poids des mentalités dans des projets qui auraient en principe tout pour réussir. C’est le cas des pays en voie de développement, c’est celui des pays industriels aussi pour les grands aménagements, les actions régionales et locales, les zones urbaines,etc...

Ces difficultés qui font échouer ou avorter tant de projets apparaissent soit dès le départ par une opposition des populations, soit en cours de route par l’inertie ou l’incompréhension, soit par fois par l’abandon de ce qui a été réalisé au profit des anciennes traditions. En outre, on constate aussi que des participations effectives se traduisent par des "effets pervers" qui semblent en dénaturer la portée et les objectifs, désaffections notamment.

A moins d’être atteint de cécité, il est clair que la difficulté se situe dans le rapport entre les populations et ces développements qui bien souvent leur viennent d’ailleurs.

Pour aller plus loin on peut dire que leur "culture" semble jouer à l’encontre de ces actions. Il faut entendre par "culture" tout ce qui fait qu’une population a ses propres modes de réaction, d’action, de compréhension qui la caractérisent, fondés sur une histoire commune ou tout facteur qui les rassemble.

Selon la conception des cohérences culturelles, on peut mettre en évidence pour chaque projet, et pour chaque population, les orientations et les modalités de développement qui lui seraient spécifiquement favorables. Cela permet de mettre en adéquation les projets dans leur finalités et dans leurs modalités avec le milieu culturel (macro ou micro) où ils doivent prendre corps et signification pour être réussis.Autrement dit, il faut arriver à les enraciner dans la culture du milieu. On peut même alors parler de développement endogène, chaque fois que les finalités et les modalités de développement trouvent leurs justifications dans la culture elle-même. Il en est de même pour un aménagement urbain, touristique, rural... qui doit s’intégrer dans le "paysage culturel" des populations concernées.


II - OPERATIONS d’EVALUATION CULTURELLE DES PROJETS

Il y a quatre situations où peut intervenir l’évaluation culturelle des projets :

a) En fin de réalisation : le diagnostic culturel des réalisations,
b) En cours de réalisation : l’audit culturel de l’opération,
c) Pour la mise en oeuvre : intégration culturelle du projet,
d) Pour la conception d’un projet : établissement culturellement endogène d’un projet.

Il est bien évident que plus les choses sont prises à temps, plus l’intérêt est grand. Cependant on commencera ici par l’intervention en fin de projet.

a) Diagnostic culturel d’une opération achevée de Développement ou d’Aménagement.

Que ce soit parce qu’un échec a été enregistré ou parce que l’on en pressent le risque, un diagnostic culturel est important.

Consistant en une analyse des significations culturelles de l’opération dans son lieu par la méthode des Cohérences, le diagnostic culturel met en évidence ce qui est pertinent ou non par rapport aux populations.

Ce diagnostic conduit soit à comprendre comment ne pas renouveler des erreurs commises en cas d’échec, soit à y pallier s’il en est encore temps.

En effet un "DIAGNOSTIC CULTUREL" par la méthode des Cohérences permet non seulement la mise en évidence des orientations défavorables qui ont pu être prises mais celles favorables qui devraient l’être.

C’est ainsi que l’on pourra jouer à l’avenir sur :

- la nature même d’un projet et ses objectifs.
- le mode d’implication des populations.
- le mode de relation et de communication adéquat.

Il faut qu’une opération soit "culturellement signifiante" dans une population, consciemment ou non, pour qu’elle y prenne corps et pérennité.

Le "DIAGNOSTIC CULTUREL" des projets est destiné à le vérifier ou y pourvoir si possible.

b) Audit culturel pour un Projet en cours de réalisation.

Ce travail sera plus favorablement sollicité si l’on rencontre des difficultés notables ou un blocage qui mettent en péril les objectifs du fait des réactions du milieu.

Même si on estime qu’elles puissent évoluer, rien n’est sûr, et il faut en comprendre les conditions.

L’audit culturel d’une réalisation consistera à faire l’étude de cohérences pour la population concernée. C’est ce qui permet de mettre en évidence comment le projet ou son mode de réalisation prennent leurs significations dans le milieu pour les populations.

On constatera alors quels en sont les obstacles culturels : (techniques, processus, communications, relations, etc...). On constatera surtout quels en sont les atouts (il y en a toujours) pour en déduire la meilleure stratégie à adopter pour la poursuite d’une action authentiquement intégrée au contexte local. Ce sont bien souvent les "manières de faire" et les communications qui sont en question. Quelquefois c’est la finalité même d’un projet qui est à réajuster sans pour autant le transformer radicalement.

c) Intégration culturelle d’un Projet

Les réactions d’une population à un projet de développement ou d’aménagement, quelle qu’en soit la nature (ou les justifications) sont toujours fondées sur des tendances collectives culturelles. On ne peut "plaquer" un projet sans qu’il prenne automatiquement des significations spécifiques pour la population qui ne sont pas forcément celles de ceux qui ont élaboré le projet. Tant que l’on n’a pas trouvé un positionnement adéquat de projet, un "consensus" ou signification commune, on risque pour le moins l’incompréhension. On risque qu’il soit insignifiant ou qu’il suscite des relations hostiles.

Pour y pallier, il faut accéder à une connaissance intime du milieu pour y ajuster ensuite le projet dans sa nature mais aussi surtout sa mise en oeuvre avec une participation des populations.

Cette connaissance, on peut l’acquérir par exemple en s’imprégnant du milieu pour en avoir une connaissance vécue. C’est toujours très long et cela demande une disponibilité et une écoute très importante. La méthode des cohérences amène bien plus vite à un résultat souvent encore meilleur et plus structuré, si donc plus facilement utilisable.

L’action consiste donc dans un premier temps à mettre en évidence la "cohérence culturelle" du milieu pour y situer le projet.

Dans un second temps s’élabore une "animation ou communication stratégique" sorte de scénario culturellement signifiant de lancement et mise en oeuvre du projet. Ces stratégies sont entièrement fondées sur les caractéristiques locales et y enracinent l’opération.

d) Etablissement culturellement endogène d’un Projet de Développement ou d’Aménagement.


Ce type d’action ramène l’évaluation au stade antérieur à la conception d’un projet.

On part pour cela de l’analyse suivante :

Pour qu’une action soit pertinente dans un milieu culturel local le mieux est qu’elle en émane totalement. En effet toute action nouvelle est une sorte de prolongement de "l’histoire locale" en rapport aussi avec l’extérieur. De ce fait c’est dans les racines de cette histoire, autrement dit les racines culturelles, que se fondent :

- les besoins.
- les dynamiques d’action et de changement.
- les modalités sociologiques de toute action.
- les modalités techniques et la nature des projets.
Il est donc nécessaire dans cette optique de mettre en évidence ce type de caractéristiques à deux niveaux :

- leur nature concrète,
- leurs significations,

La démarche méthodologique se fait en trois temps :

a) étude de la "cohérence culturelle" du milieu,
b) choix d’une orientation et définition d’une politique signifiante,
c) élaboration d’un projet comprenant les aspects d’"animation et de communication stratégiques" pour la mobilisation adéquate des parties prenantes.

Il reste ensuite la mise en oeuvre pour laquelle on dispose alors de tous les outils d’évaluation en cours de route et à l’aboutissement.


III - Les APPORTS DE LA "METHODE DES COHERENCES"

Fondée sur un travail théorique et des applications dans plusieurs domaines, cette méthode présente les caractéristiques suivantes :

- C’est une approche globale et en profondeur des situations qui en amène une connaissance, une compréhension, une conscience fortement explicative plus que descriptive.

- Elle met en évidence d’une façon structurée et utilisable, les dimensions psychologiques, sociologiques, culturelles, imaginaires, logiques, des situations et des problèmes qui fondent les réactions, les implications, les compréhensions des milieux humains.

- Ses analyses sont réalisables beaucoup plus rapidement que la plupart des méthodes classiques et surtout avec une plus grande profondeur, gage d’une meilleure maîtrise des actions ultérieures.

- Ces "études de cohérences" débouchent sur des choix et des réalisations fortement enracinées dans les milieux locaux et donc avec des modalités très adaptées.

- Comme méthode des cohérences, elle met en "cohérences" la totalité des facteurs de toute nature qui concourent aux résultats visés dans les contextes correspondants.
- Elle s’adapte à tous les milieux culturels en aménageant ses propres outils.

- Elle s’applique à tous les projets quelle que soit leur technicité pour la part de leur "intégration culturelle" si celle ci est bien sur reconnue et prise en compte.

- Elle apporte un éclairage conceptuel et théorique original sûr plusieurs questions et ainsi un langage plus unifié avec une dimension pédagogique pour les responsables des projets.

- C’est enfin une méthode qui intègre en les respectant toutes les dimensions humaines et celles qui apparaissent comme plus objectives, scientifiques ou techniques.

- La méthode utilise notamment les représentations collectives imaginaires pour l’analyse et pour leur traduction dans les réalités concrètes actuelles.


Commentaires  forum ferme

Logo de gilles guyot
jeudi 31 mars 2005 à 17h23 - par  gilles guyot

Bonjour, je suis étudiant j’effectue mon travail de fin d’étude sur la qualité architecturale des batiments de friches industrielles en milieu urbain. J’aimerais en savoir plus sur la méthode des cohérences ? ainsi que sur toute méthode d’évaluation de la qualité en architecture. D’avance je vous remercie. gilles_guyot@hotmail.com