Evaluation culturelle des projets
par Roger Nifle
La conception des projets à surtout été affaire d’ingénieurs avant d’être celle de techniciens de l’administration et de la gestion. La non appropriation par les populations concernées a toujours été imputée à leur faible intelligence de ces choses et à quelque défaut de communication. C’est une autre hypothèse qui est évoquée là, le fait que c’est la valeur culturelle d’un projet qui est la condition d’appropriation.
I - PROBLEMES d’INTEGRATION au MILIEU :
ENRACINEMENT "CULTUREL" DES ACTIONS et DES PROJETS.
Il n’est pas rare de constater l’échec ou le blocage d’actions
de développement et d’aménagement. Que ce soit
des actions très localisées ou plus étendues,
en milieu agricole ou industriel, rural ou urbain. On prend de
plus en plus conscience du poids des mentalités dans des
projets qui auraient en principe tout pour réussir. C’est
le cas des pays en voie de développement, c’est celui
des pays industriels aussi pour les grands aménagements,
les actions régionales et locales, les zones urbaines,etc...
Ces difficultés qui font échouer ou avorter tant
de projets apparaissent soit dès le départ par
une opposition des populations, soit en cours de route par l’inertie
ou l’incompréhension, soit par fois par l’abandon de ce
qui a été réalisé au profit des anciennes
traditions. En outre, on constate aussi que des participations
effectives se traduisent par des "effets pervers" qui
semblent en dénaturer la portée et les objectifs,
désaffections notamment.
A moins d’être atteint de cécité, il est
clair que la difficulté se situe dans le rapport entre
les populations et ces développements qui bien souvent
leur viennent d’ailleurs.
Pour aller plus loin on peut dire que leur "culture"
semble jouer à l’encontre de ces actions. Il faut entendre
par "culture" tout ce qui fait qu’une population a
ses propres modes de réaction, d’action, de compréhension
qui la caractérisent, fondés sur une histoire commune
ou tout facteur qui les rassemble.
Selon la conception des cohérences culturelles, on peut
mettre en évidence pour chaque projet, et pour chaque
population, les orientations et les modalités de développement
qui lui seraient spécifiquement favorables. Cela permet
de mettre en adéquation les projets dans leur finalités
et dans leurs modalités avec le milieu culturel (macro
ou micro) où ils doivent prendre corps et signification
pour être réussis.Autrement dit, il faut arriver
à les enraciner dans la culture du milieu. On peut même
alors parler de développement endogène, chaque
fois que les finalités et les modalités de développement
trouvent leurs justifications dans la culture elle-même.
Il en est de même pour un aménagement urbain, touristique,
rural... qui doit s’intégrer dans le "paysage culturel"
des populations concernées.
II - OPERATIONS d’EVALUATION CULTURELLE DES PROJETS
Il y a quatre situations où peut intervenir l’évaluation
culturelle des projets :
a) En fin de réalisation : le diagnostic culturel
des réalisations,
b) En cours de réalisation : l’audit culturel
de l’opération,
c) Pour la mise en oeuvre : intégration culturelle
du projet,
d) Pour la conception d’un projet : établissement
culturellement endogène d’un projet.
Il est bien évident que plus les choses sont prises à
temps, plus l’intérêt est grand. Cependant on commencera
ici par l’intervention en fin de projet.
a) Diagnostic culturel d’une opération achevée
de Développement ou d’Aménagement.
Que ce soit parce qu’un échec a été enregistré
ou parce que l’on en pressent le risque, un diagnostic
culturel est important.
Consistant en une analyse des significations culturelles de l’opération
dans son lieu par la méthode des Cohérences, le
diagnostic culturel met en évidence ce qui est pertinent
ou non par rapport aux populations.
Ce diagnostic conduit soit à comprendre comment ne pas
renouveler des erreurs commises en cas d’échec, soit à
y pallier s’il en est encore temps.
En effet un "DIAGNOSTIC CULTUREL" par la méthode
des Cohérences permet non seulement la mise en évidence
des orientations défavorables qui ont pu être prises
mais celles favorables qui devraient l’être.
C’est ainsi que l’on pourra jouer à l’avenir sur :
- la nature même d’un projet et ses objectifs.
- le mode d’implication des populations.
- le mode de relation et de communication adéquat.
Il faut qu’une opération soit "culturellement signifiante"
dans une population, consciemment ou non, pour qu’elle y prenne
corps et pérennité.
Le "DIAGNOSTIC CULTUREL" des projets est destiné
à le vérifier ou y pourvoir si possible.
b) Audit culturel pour un Projet en cours de réalisation.
Ce travail sera plus favorablement sollicité si l’on rencontre
des difficultés notables ou un blocage qui mettent en
péril les objectifs du fait des réactions du milieu.
Même si on estime qu’elles puissent évoluer, rien
n’est sûr, et il faut en comprendre les conditions.
L’audit culturel d’une réalisation consistera
à faire l’étude de cohérences pour la population
concernée. C’est ce qui permet de mettre en évidence
comment le projet ou son mode de réalisation prennent
leurs significations dans le milieu pour les
populations.
On constatera alors quels en sont les obstacles culturels : (techniques,
processus, communications, relations, etc...). On constatera
surtout quels en sont les atouts (il y en a toujours) pour en
déduire la meilleure stratégie à adopter
pour la poursuite d’une action authentiquement intégrée
au contexte local. Ce sont bien souvent les "manières
de faire" et les communications qui sont en question. Quelquefois
c’est la finalité même d’un projet qui est à
réajuster sans pour autant le transformer radicalement.
c) Intégration culturelle d’un Projet
Les réactions d’une population à un projet de développement
ou d’aménagement, quelle qu’en soit la nature (ou les
justifications) sont toujours fondées sur des tendances
collectives culturelles. On ne peut "plaquer" un projet
sans qu’il prenne automatiquement des significations spécifiques
pour la population qui ne sont pas forcément celles de
ceux qui ont élaboré le projet. Tant que l’on n’a
pas trouvé un positionnement adéquat de projet,
un "consensus" ou signification commune, on risque
pour le moins l’incompréhension. On risque qu’il soit
insignifiant ou qu’il suscite des relations hostiles.
Pour y pallier, il faut accéder à une connaissance
intime du milieu pour y ajuster ensuite le projet dans
sa nature mais aussi surtout sa mise en oeuvre avec une participation
des populations.
Cette connaissance, on peut l’acquérir par exemple en
s’imprégnant du milieu pour en avoir une connaissance
vécue. C’est toujours très long et cela demande
une disponibilité et une écoute très importante.
La méthode des cohérences amène bien plus
vite à un résultat souvent encore meilleur et plus
structuré, si donc plus facilement utilisable.
L’action consiste donc dans un premier temps à mettre
en évidence la "cohérence culturelle"
du milieu pour y situer le projet.
Dans un second temps s’élabore une "animation ou
communication stratégique" sorte de scénario
culturellement signifiant de lancement et mise en oeuvre du projet.
Ces stratégies sont entièrement fondées
sur les caractéristiques locales et y enracinent l’opération.
d) Etablissement culturellement endogène d’un Projet de
Développement ou d’Aménagement.
Ce type d’action ramène l’évaluation au stade antérieur
à la conception d’un projet.
On part pour cela de l’analyse suivante :
Pour qu’une action soit pertinente dans un milieu culturel local
le mieux est qu’elle en émane totalement. En effet toute
action nouvelle est une sorte de prolongement de "l’histoire
locale" en rapport aussi avec l’extérieur. De ce
fait c’est dans les racines de cette histoire, autrement dit
les racines culturelles, que se fondent :
- les besoins.
- les dynamiques d’action et de changement.
- les modalités sociologiques de toute action.
- les modalités techniques et la nature des projets.
Il est donc nécessaire dans cette optique de mettre en
évidence ce type de caractéristiques à deux
niveaux :
- leur nature concrète,
- leurs significations,
La démarche méthodologique se fait en trois temps
:
a) étude de la "cohérence culturelle"
du milieu,
b) choix d’une orientation et définition d’une politique
signifiante,
c) élaboration d’un projet comprenant les aspects d’"animation
et de communication stratégiques" pour la mobilisation
adéquate des parties prenantes.
Il reste ensuite la mise en oeuvre pour laquelle on dispose alors
de tous les outils d’évaluation en cours de route et à
l’aboutissement.
III - Les APPORTS DE LA "METHODE DES COHERENCES"
Fondée sur un travail théorique et des applications
dans plusieurs domaines, cette méthode présente
les caractéristiques suivantes :
- C’est une approche globale et en profondeur des situations
qui en amène une connaissance, une compréhension,
une conscience fortement explicative plus que descriptive.
- Elle met en évidence d’une façon structurée
et utilisable, les dimensions psychologiques, sociologiques,
culturelles, imaginaires, logiques, des situations et des problèmes
qui fondent les réactions, les implications, les compréhensions
des milieux humains.
- Ses analyses sont réalisables beaucoup plus rapidement
que la plupart des méthodes classiques et surtout avec
une plus grande profondeur, gage d’une meilleure maîtrise
des actions ultérieures.
- Ces "études de cohérences" débouchent
sur des choix et des réalisations fortement enracinées
dans les milieux locaux et donc avec des modalités très
adaptées.
- Comme méthode des cohérences, elle met en "cohérences"
la totalité des facteurs de toute nature qui concourent
aux résultats visés dans les contextes correspondants.
- Elle s’adapte à tous les milieux culturels en aménageant
ses propres outils.
- Elle s’applique à tous les projets quelle que soit leur
technicité pour la part de leur "intégration
culturelle" si celle ci est bien sur reconnue et prise en
compte.
- Elle apporte un éclairage conceptuel et théorique
original sûr plusieurs questions et ainsi un langage plus
unifié avec une dimension pédagogique pour les
responsables des projets.
- C’est enfin une méthode qui intègre en les respectant
toutes les dimensions humaines et celles qui apparaissent comme
plus objectives, scientifiques ou techniques.
- La méthode utilise notamment les représentations
collectives imaginaires pour l’analyse et pour leur traduction
dans les réalités concrètes actuelles.

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