Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 08 08 2008 à 02 h 22

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    L’économie de territoire
    Perspectives nouvelles

    Première publication : juillet 2000, mise en ligne : lundi 26 juillet 2004, Roger Nifle


    Après une économie de la terre et des matières premières, après une économie logistique des moyens de transport qui ont vidé certains territoires de leur contenu sinon de leur âme, vient une économie de l’immatériel qui redonne aux territoires la possibilité d’un nouvel avenir. Ce que certains appellent économie résidentielle, est fondé sur la mise en valeur de patrimoines culturellement significatifs autour d’une vocation originale à élucider.

    Le temps est à la constitution de pays, conçus comme des territoires de projet.

    Cependant les réflexes vont naturellement vers l’aménagement du territoire et ses infrastructures et vers un développement économique conçu comme l’incitation à l’implantation et au développement d’entreprises industrielles, commerciales, agricoles, touristiques, etc...

    Or des régions entières continuent à décliner avec de telles méthodes. Leur économie traditionnelle s’est délitée et continue à régresser, aucune alternative satisfaisante ne s’est imposée.

    On en vient à une question, comment sera-t-il possible dans le futur d’habiter de tels territoires, d’en faire vivre des habitants.

    Après l’agriculture qui entretenait le pays, après l’industrie qui exploitait les ressources locales et retenait une main d’oeuvre importante, s’enchaîne le déclin de l’artisanat, de l’économie de proximité, des services publics.

    Pour beaucoup de pays on ne voit pas d’issue et une certaine désespérance pointe derrière la répétition des projets d’aménagement et de développement classiques.

    Pendant ce temps la mondialisation, la nouvelle économie semblent renforcer l’extra territorialité de l’économie et certains y voient une condamnation supplémentaire.

    En fait, une mutation profonde se produit qui dans un premier temps s’accompagne de la régression des modèles classiques à tel point qu’on en viendrait à une conception de pôles de concentration humaine et économique entourés de vastes déserts parcourus par des touristes visitant un indigénat résiduel.

    A cela un nouveau modèle peut répondre, celui de l’économie de territoire. Elle s’appuie sur trois principes. Le territoire comme un lieu patrimonial, le patrimoine comme étant celui de la communauté de destin qui habite le territoire, le développement comme l’entreprise territoriale de mise en valeur du patrimoine territorial de la communauté territoriale.

    Dès lors une méthode s’impose :


    - Qualifier le patrimoine du territoire,

    - Elaborer le projet de territoire avec ses enjeux, ses stratégies, ses processus de concertation et de décision,

    - L’entreprendre et faire fructifier le patrimoine territorial.

    On observera qu’on est plus là dans une logique entreprenante que dans une logique conservatrice.

    Une rapide analyse de la mutation économique et son dépassement avec l’économie de territoire

    Dans les projets territoriaux, on peut dire que le modèle classique qui habite les esprits est celui d’une économie d’exploitation et de production.

    Cette économie est en effet attachée au terrain soit avec l’exploitation des terres, soit avec l’exploitation de ressources locales par des unités de productions. La dominante matérielle de cette économie en a rendu l’attachement au territoire d’un côté et le transport des biens produits, deux facteurs décisifs.

    Dans la compétition économique ces facteurs jouent contre un grand nombre de territoires, ceux de la montage ou ceux de zones relativement éloignées des concentrations urbaines et des grands axes de transports.

    C’est ce que cherchent à compenser ou renverser souvent vainement la plupart des programmes.
    Dans le même temps un modèle économique déterritorialisé se fait jour. Mondialisation, nouvelle économie, économie de l’immatériel, en sont des mots clé.

    Tout se passe comme si l’économie n’avait plus d’attachements territoriaux et que ses points d’ancrages sont plus d’opportunité que de nécessité.

    Dès lors il est compréhensible que cela apparaisse pour les territoires en déclin comme une raison de désespérance transformée en colère lorsque des puissances aux intérêts aveugles semblent se jouer des territoires à leur seul profit.

    Alors comment concevoir la vie dans ces espaces habités par une économie traditionnelle qui s’épuise et perd la capacité de faire vivre des régions entières. Certains y voient l’occasion de revenir à un état de nature, d’autres en font un espace de retrait et de promenades bucoliques, d’autres essaient de renouveler le modèle économique avec des ressources touristiques localisées. Mais cela ne répond pas à la question du devenir humain des territoires

    Une alternative : l’économie de territoire

    La première caractéristique de ce modèle est de considérer le territoire comme une ressource au travers de son patrimoine naturel et culturel.

    La notion de patrimoine est ici à préciser. Il ne s’agit pas de faire un inventaire de sites intéressants pour les experts en matière de patrimoine mais de prendre tout le territoire comme patrimoine. Les sites intéressants prendront sens par rapport à ce patrimoine global.

    Un débat pourrait être engagé entre nature et culture pour définir le patrimoine du territoire. Ce débat est tranché dans la mesure où le patrimoine ne vaut pour le territoire que par rapport au bien commun, celui d’une communauté territoriale qui lui donne sens, l’investit de ses valeurs et projette de le faire fructifier grâce à ses ressources culturelles, historiques, actuelles, prospectives.

    Ainsi il s’agit de qualifier ce patrimoine territorial pour définir une vocation du territoire, traduite en projet de développement territorial original qu’il alors s’agit d’entreprendre.

    L’entreprise territoriale

    Le projet du territoire est celui de l’entreprise territoriale. La culture d’un patrimoine propre, d’une vocation singulière, originale est à la racine d’un "service" visant non seulement ceux qui habitent le territoire mais aussi la clientèle de l’économie a-territoirale mondialisée.

    La mise en valeur du patrimoine que constitue le territoire n’est donc pas à concevoir comme une simple "exposition" mais comme un service à la fois matériel et immatériel.

    Il s’agit donc pour le développement du territoire de concevoir un "projet d’entreprise" avec son marketing, ses financements, son management, sa production, ses équipements, etc... Il ne s’agit pas de calquer n’importe quel modèle d’entreprise d’autant plus que nous sommes sur le territoire démocratique d’une communauté de vie et de devenir.

    Cependant rien n’empêche d’en retenir des rationalités pour construire une communauté entreprenante à l’échelle du territoire.

    Dès lors, les entreprises classiques peuvent concourir elles-mêmes au projet de territoire, à l’entreprise territoriale, dans la mesure même de leur engagement dans le bien commun. L’entreprise territoriale créant une dynamique et une économie nouvelle entraîne ipso facto la redynamisation d’une "économie de proximité" en même temps que la participation à une économie a-territoirale. Elle est donc propice à l’émergence de nouveaux modes de vie, de nouvelles façons d’habiter le territoire, de nouveaux modèles de société.

    Il est évidemment concevable que des "entreprises territoriales" s’associent tant dans des domaines communs que dans des espaces partagés. Il est aussi concevable que des territoires s’entremèlent croisant en un même lieu plusieurs entreprises territoriales de même que les communautés humaines sont complexes et ne se définissent par des frontières que pour mieux s’opposer aux autres et créer des logiques territoriales inextricables.

    LA METHODE

    Les principes en sont clairs : qualifier, projeter, entreprendre.

    Qualifier la valeur patrimoniale du territoire, c’est-à-dire l’identifier et l’expliciter en termes de potentiels originaux, de vocation et dans tous les termes propres à la nature spécifique de ce patrimoine.

    Pour ce faire les analyses de potentiels, les analyses de cohérences culturelles, les évaluations prospectives sont nécessaires reposant sur des méthodes qualitatives et d’analyse de Sens. Il importe qu’il y ait une validation et une appropriation par les acteurs responsables du bien commun du territoire (élus, acteurs impliqués...) qui seuls peuvent se reconnaître et porter l’ambition.

    Projeter. Le potentiel patrimonial ne prend valeur que s’il est projeté en ambition et cette ambition mise en projet c’est-à-dire ici un service, une stratégie de développement, un mode de direction (concertation, prise de décision) une programmation des ressources, équipements et compétences à réunir et un plan d’action. Il s’agit avec le projet de préfigurer l’entreprise territoriale de développement.

    Entreprendre. Pour beaucoup un projet est destiné à être appliqué. Il faut préciser qu’il s’agit ici de l’entreprendre. En cela la mobilisation des hommes, des compétences, des moyens est principale. Faire concourir les "forces vives" à l’entreprise commune est un autre genre de travail que de mettre en place des programmes. Il faut donc que le territoire se dote des moyens de "gouvernance" appropriés. On notera que ceux-ci doivent être cohérent avec la vocation culturelle du territoire et ne peuvent se contenter du placage d’idées générales. La structuration de l’entreprise territoriale et l’entraînement de sa dynamique sont l’essentiel de la responsabilité des dirigeants, à charge pour de multiples opérateurs de produire les concours appropriés.

    C’est pour cela qu’un projet de développement dans l’esprt d’une entreprise d’économie territoriale est principalement un projet de mise en mouvement et de pilotage du développement de ce mouvement à partir du patrimoine que constitue le territoire.

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