Pour un développement durable approprié

Des propositions pour l’action
dimanche 25 juillet 2004
par  Roger Nifle
popularité : 14%

Comment réduire l’espace entre le discours incantatoire et l’action. Encore faut-il qu’elle soit appropriée aux conditions et par les hommes.

Le thème du développement

durable est de plus en plus répandu dans les références

des politiques publiques de développement, d’aménagement

ou de prévention.

Cependant on ne peut que constater l’écart

entre un certain succès verbal et la difficulté

d’aboutir à des réalisations effectives autres

que formelles (chartes, déclarations, etc...).

Il y là à nouveau un véritable

problème d’appropriation sur le terrain, une

épreuve de réalité.

Cette situation mérite une analyse

pour la comprendre qui mènera à une proposition

opérationnelle.

En effet une série de confusions

rendent le concept inexploitable. Sans retrouver un Sens et une

cohérence de fond qui articule théorie et pratique

le clivage entre le discours et la pratique persistera.

I - L’ANALYSE

Un constat est quelques fois fait, c’est

celui de l’opposition ou de l’ambiguïté entre une

interprétation du développement durable comme projet

de société ou comme strict projet environnemental.

Il y a là en effet un symptôme

dont il faut explorer les sources pour trouver les clés

d’une résolution du problème.

Sont face à face deux conceptions

erronées.

La première conçoit une société

indépendante de son environnement terrestre. Celui-ci

n’est rien d’autre que ressources à exploiter et d’ailleurs

à évaluer dans les termes d’une économie

qui cherche à faire rentrer en comptabilité matières

premières, énergie, espaces et pourquoi pas l’eau,

l’air et les paysages.

L’exemple de ce type de conception, c’est

l’économisme qui conçoit une société

d’exploitation généralisée sans interrogation

sur le Sens de cette exploitation.

Les excès des logiques industrielles

sont bien connus avec leur cortège de pollution, de gaspillage,

d’épuisement de la ressource et leurs raisonnements à

court terme.

Il n’est pas besoin de rappeler comment

de l’exploitation sans discernement des ressources naturelles

on passe à l’exploitation du "capital humain"

devenu variable de régulation des systèmes économiques.

La seconde conception considère

que la terre est porteuse de valeurs, d’exigences sinon d’état

d’âmes, indépendamment de tout jugement humain,

de toute appréciation subjective, de toute évaluation

culturelle. Dès lors l’environnement devient en soi une

valeur, indépendamment de tout usage, de tous enjeux humains

et "l’état de nature" un idéal à

défendre contre toute emprise humaine.

La contradiction interne radicale de cette

thèse n’apparaît pas aux hommes qui la tiennent

et en défendent les certitudes.

Le développement durable est le

lieu d’une tentative de synthèse entre les deux conceptions

mais qui ne semble déboucher que sur un amalgame. Pire,

elle se traduit par une sorte de schizophrénie où

les deux thèses sont simultanément en présence

et entrent en collision dès que l’on veut l’appliquer

sur le terrain.

Comment faire entrer dans les calculs économiques

classiques des facteurs environnementaux qui relèvent

d’une conception qui récuse ce type de calcul ?

Comment demander aux hommes de s’approprier

des politiques qui les placent en situation perpétuelle

d’accusés ?

Rio et les conférences qui ont suivi

sont le théâtre de cette division masquée.

Derrière l’unanimité apparente (tout le monde est

d’accord sur le développement durable), c’est un véritable

dialogue de sourd.

Pour les uns, il s’agit d’un problème

de gestion accessoire et ils y mettent toute leur habilité

(on va marchander des droits à polluer).

Pour les autres, il s’agit en réalité

d’un combat planétaire contre les emprises humaines (on

parle aussi de la "pression anthropique").

Dès lors ces thématiques

font l’objet de toutes les récupérations possibles

 :

 D’un côté c’est la gestion

marchande. Les techniques du marketing et de la communication

font de certaines puissances industrielles les meilleurs défenseurs

de l’environnement (contre qui ?).

Quelques technocrates, un temps accusés

de ne rêver que de grand travaux, y trouvent parfois de

nouveaux moyens de contrôle et d’emprise sur les territoires

et surtout sur le pouvoir politique local.

Des tenants d’une renaturation radicale

tentent de défaire ce que les générations

antérieures ont réalisé au nom de la civilisation.

Les médias exploitent les sensibilités

et en font un jeu d’émotions et de fantasmes.

Au total et sauf exeption rien ne marche

bien lorsque le développement durable devient un objectif

pratique et il semble devenir inapproprié dans l’action

sur le terrain.

A ce constat une réponse est apportée

par les travaux de l’Institut Cohérences tant sur le plan

théorique que méthodologique ;

Il y a là des problèmes de

Sens, aussi bien sur le plan sémantique que sur celui

des finalités et celui encore des logiques d’action. Cela

retentit directement sur la compréhension du concept et

sur la cohérence des démarches dont l’échec

est la sanction révélatrice.

Et pourtant le développement durable

ne peut pas rester un exercice verbal dans les déclarations

publiques et les discours savants. La coupure entre les deux

versions dominantes se traduit pas une autre coupure entre le

discours et les réalisations. Les enjeux sont trop importants

pour n’y voir qu’une cause mineure.

Ce qui apparaît, au fond, c’est que

se pose aujourd’hui au travers de cela une question fondamentale

qu’on laisse de côté ou du moins les thèses

simplistes des extrémismes.

Un renouvellement de la question permet

d’éclairer en tout cas le problème ici posé.

On se contentera d’en donner un éclairage suffisant, permettant

de comprendre et de résoudre le problème d’appropriation

du développement durable.

Sur le fond ce qui est en jeu, c’est le

rapport de l’homme et de la réalité dans

laquelle il est plongé. Il peut se reformuler en posant

la question philosophique du rapport entre la nature

humaine et la nature des choses . La réponse

que l’on doit ici considérer c’est que ce rapport est

très précisément la culture

.

Dans la première thèse la

culture se définit par opposition à la nature comme

un arrachement qui en vient d’ailleurs à s’abimer dans

l’esthétisme de la représentation.

Dans la seconde thèse la culture

humaine s’oppose à la nature là aussi en tant qu’elle

l’exploite et la dégrade.

Or ici au contraire la culture est plutôt

un accomplissement conjugué de la nature humaine et la

nature des choses.

La culture c’est le produit du croisement

entre :

- les intentions et les aspirations humaines,

- les conditions environnantes.

C’est donc un troisième terme, une

résultante.

Si maintenant on met en perspective la

culture d’une communauté locale alors on arrive au développement.

Le développement c’est toujours

l’actualisation et l’accomplissement d’une culture. C’est la

résultante, projetée dans l’avenir, du croisement

entre les intentions et aspirations humaines et les conditions

du milieu.

Il est clair que ces deux variables ne

sont pas indépendantes et que leur résultante,

par surcroît, a une incidence rétroactive sur elles.

Nous voyons ici que le premier problème

qui était en fait à éclaircir était

celui du développement et de son rapport à la culture

de la communauté locale ou de la cité. Il faut

souligner que le thème du développement durable

vient reposer sur une confusion générale à

propos du concept de développement, les modèles

des dernières décennies ayant tous plus ou moins

failli. On le voit dans les pays dits "en voie de développement"

ou dans les régions en difficulté.

Cette conception du développement

réconcilie respect de l’environnement et respect de l’homme

ce qui est un chapitre qui mériterait aussi d’autres développements

(cf. Les travaux théoriques de l’Institut Cohérences

avec la théorie des Sens et des Cohérences Humaines).

Elle pose ainsi le développement

comme déploiement, actualisation, accomplissement d’une

culture, ce dont on verra les conséquences pratiques et

méthodologiques.

Maintenant vient un autre problème,

c’est le Sens que donne au développement le qualificatif

de durable. On a vu certaines significations parasites qu’il

peut prendre ce qui rend d’autant plus exigeant l’effort sémantique

dont les conséquences sont aussi bien en termes de finalités

et de valeurs qu’en termes de logiques d’action.

Les cultures humaines sont aussi flexibles

que les intentions des hommes et leurs mobiles aussi.

Il ne suffit pas de refonder le développement

sur la culture encore faut-il y faire le choix d’un Sens, d’une

direction, d’une orientation qui soit bénéfique.

Or comme le montre la théorie des

Cohérences Culturelles chaque culture porte en elle un

"meilleur Sens", c’est celui par lequel elle accomplit

sa vocation singulière, liée à la singularité

de son histoire (récente ou ancienne) et de son milieu

(proche ou distant).

Lorsque le développement vise un

bien commun "inscrit dans la durée" alors le

développement durable trouve son Sens.

Il y a une étroite corrélation

entre le Sens général du développement durable

et le Sens de la vocation culturelle originale de chaque communauté

locale ou territoriale .

C’est comme cela que le développement

durable devient approprié.

En effet,

- il exprime un Sens propre de la communauté

locale, c’est celui de sa vocation culturelle propre,

- il traduit la visée d’un bien

commun dans la durée qui implique par construction :

- persévérance de l’intention


- préservation des conditions

non pas dans une immobilité figée

ou un repli frileux mais dans une dynamique de progrès

et de développement qui accomplit la culture et l’identité

collective.

C’est comme cela que le développement

durable est approprié :

Approprié à la culture, au

milieu, à la communauté locale,

Approprié par la communauté

et ses représentants qui s’y retrouvent profondément

et de façon mobilisatrice.

Voilà donc, dans l’analyse conceptuelle

et sémantique, les clés de l’action et la compréhension

en retour des causes d’échec dues à des interprétations

erronées ou insuffisamment claires.

L’ancrage du développement dans

la culture puis son orientation dans le Sens de la vocation culturelle

de la communauté locale sont la clé de l’appropriation

du développement durable et constituent l’axe de cohérence

de toutes les actions qui y contribuent.

Il faut maintenant passer au deuxième

chapitre, celui de l’action et de la méthodologie qui

apportera encore d’autres éclairages sur la nature et

la culture du développement durable, ouvrant par ailleurs

à un vaste champ de problématiques et de solutions

qui dépassent le présent article.

II - LA PROPOSITION POUR L’ACTION

Elle consiste d’abord en une définition

opérationnelle dont le déploiement méthodologique

donnera le contenu pratique.

Elle s’inscrit par ailleurs dans le cadre

des propositions pour la mise en oeuvre des politiques publiques

et leur appropriation et des projets qui en découlent

(la prise en compte des Cohérences Humaines et la mise

en oeuvre de l’ingénierie humaine).

Mettre en oeuvre un développement

durable approprié, c’est créer une dynamique (culturelle)

d’appropriation active orientée dans le Sens d’un bien

commun durable.

Il faut noter tout de suite qu’il s’agit

de mettre en oeuvre un processus qui deviendra autoporté

(appropriation active) et non pas de formaliser une procédure,

un discours, ni mettre en système des données environnementales.

Il y a là une erreur décisive pour l’action.

Dans le second cas, on ne peut espérer

au mieux qu’une appropriation passive et, le plus souvent, indifférence,

refus ou même simulacre d’adhésion. Il suffit d’observer

authentiquement ce qui se passe sur le terrain pour en voir la

traduction massive.

Il faut aussi soulever ici un point décisif.

L’appropriation active suppose que les responsables et les populations

locales s’approprient effectivement la charge de la connaissance

des problèmes, des prises de position et de l’engagement

persévérant dans l’action et ce à la mesure

des capacités de conscience et de maîtrise des acteurs.

Or les approches précédentes

se trouvent placées devant cette contradiction prôner

la plus large participation démocratique et en venir à

la coercition réglementaire, aux pressions économiques,

à la menace des sanctions pénales et même

à l’attente d’effets magiques d’une communication habile.

Un processus d’appropriation doit résoudre

ce paradoxe d’une volonté déterminée et

efficace des initiateurs et pilotes qui va vers un retrait pour

permettre la montée en puissance de la responsabilité

et l’initiative des acteurs locaux.

On comprend que tout forçage va

à l’encontre de l’appropriation et que ces méthodes

sont vaines... dans la durée !

C’est là que l’on trouve un des

aspects décisifs de cette approche qui est le type de

pilotage approprié et que le terme de "gouvernance"

cher à Christian Brodhag à juste titre, permet

de recouvrir.

L’originalité profonde par rapport

aux pratiques habituelles mérite bien un tel néologisme

(et d’autres encore).

Le débat sémantique est là

aussi décisif. Il en va radicalement de la réussite

ou de l’échec puisque c’est le Sens même de l’action

qui est en jeu.

Il faut souligner maintenant le fait que

l’auteur de toute action est humain, individu et collectivité

et que c’est donc le processus humain d’appropriation sur lequel

il faut travailler plus que sur le contenu du développement

durable qui sera plutôt le fait de ceux qui se le seront

approprié. Or on est là aussi à l’inverse

de ce qui se fait trop souvent et qui revient à imposer

analyses et solutions que personne ne peux ensuite s’approprier.

La compétence requise pour la maîtrise

d’oeuvre des projets de développement durable approprié

est une compétence de construction et de conduite de processus

humain, dans le cadre duquel seulement les travaux techniques

prendront place au fur et à mesure des besoins d’appropriation.

Cela revient à définir des

métiers d’ingénierie humaine qui manquent cruellement

et à en promouvoir et transmettre les compétences

(cf. Ecole).

Enfin la méthodologie qui est ici

proposée est transposable à toute politique publique,

prévention des risques, gestion des eaux, aménagement,

politiques sociales, etc.).

Dès lors il suffit qu’elle soit

ancrée dans la vocation culturelle de la communauté

locale pour qu’elle concoure ipso facto au développement

durable. C’est là un point majeur à considérer

puisqu’il touche aux trois critères de l’évaluation

de toute politique publique.

- Le critère de pertinence : Est-ce

que cela va dans le bon Sens ? (approprié à la

vocation locale),

- Le critère de cohérence

 : Est-ce que tout concoure au même but ? (différentes

politiques et projets)

- Le critère de performance qui

correspond à la mesure même de ce concours.

LA METHODOLOGIE DU DEVELOPPEMENT

DURABLE APPROPRIE

Les préalables<FONT

FACE="Arial">

Il faut toujours considérer qu’un

tel projet intervient dans une situation et dans une histoire

qu’il faut connaître et pour cela il faut repérer

quelle est la communauté concernée et quels sont

les relais "autorisés" qui vont y donner accès

(les représentants politiques en principe). Au niveau

de ces préalables toutes sortes de cas de figure peuvent

être envisagés et c’est là que des actions

publiques peuvent avoir un effet propédeutique intéressant

qui facilite ces préparations.

1) L’analyse des racines culturelles<FONT

FACE="Arial">

Sur ce point les travaux de l’Institut

Cohérences sont décisifs offrant des outils opérationnels

d’analyse en profondeur des cohérences culturelles locales.

Selon le cas, on peut même mener des analyses très

rapides mais suffisantes ou alors aller plus à fond dans

la compréhension profonde des cohérences culturelles

en se servant de l’analyse comme d’une occasion de mobilisation

identificatoire.

Ce type d’analyse permet de comprendre

de façon explicative (plus que descriptive) la logique

des rapports à l’environnement, les valeurs de référence,

les logiques d’interprétation du réel, les projections

d’ambitions, les stratégies de l’action, les processus

de décision, etc... On dispose alors d’un système

explicatif d’une très grande force et dont la pluralité

des Sens permet de comprendre aussi les contradictions et la

diversité des possibles.

Elle permet aussi de dégager le(s)

Sens derrière les formes et donc de discerner les constantes

et les permanences au-delà des variations historiques

ou conjoncturelles. On a donc là les racines à

partir desquelles on pourra "projeter" diverses ambitions

de réalisation.

Ce type d’études est donc aussi

un préalable à toute intervention ou communication

ce qui fait qu’elles devront être souvent prudentes ne

sachant pas à l’avance dans quel Sens (le meilleur) agir.

2) S’orienter dans le sens de la

vocation culturelle de la communauté locale<FONT

FACE="Arial">

Il s’agit là de repérer et

de comprendre et d’apprendre à connaître le Sens

culturel de la Vocation de la communauté locale dans son

milieu tel qu’on l’a définit précédemment.

Il faut, à ce stade, faire quelques

observations sur cette élucidation et son intérêt

pour la suite.

La vocation s’exprime d’abord par un Sens

qui peut prendre des formes très variées au fil

de l’histoire et qu’on ne peut donc figer dans une forme quelconque.

Par contre, c’est en la "projetant"

dans un contexte actuel et prospectif que l’on pourra élaborer

des projets de développement, durables et appropriés.

Le Sens élucidé en constituera

l’axe de cohérence. En outre, il se traduira aussi en

une certaine logique culturelle de l’action sur laquelle on va

bâtir une stratégie de conduite du processus d’appropriation,

lui-même non standard, car propre à la culture du

milieu (la méthode n’est pas une procédure mais

un guide pour l’aventure).

Le Sens culturel de la vocation est à

déployer selon tous les plans de l’existence collective

ce qui fait que toutes ses facettes sont impliquées dans

le développement durable et il servira donc de principe

de cohérence à de multiples actions.

Le Sens est encore évidemment ce

qui relie, comme dans la marche, un pas au suivant et au but

final, c’est-à-dire qu’il relie court, moyen et long terme.

En tant que Sens d’une Vocation il est

aussi celui par lequel s’expriment les meilleurs potentiels,

talents, compétences collectives et, en définitive,

qualifications de la communauté. Cela constitue une dimension

de son originalité et la source des meilleurs services

qu’elle peut se rendre ainsi qu’aux communautés environnantes.

De ce fait l’identification à cette

vocation est en général très gratifiante

et c’est le principal vecteur de maturation collective. En effet,

pour qu’il y ait appropriation active il faut qu’il y ait une

motivation collective d’engagement forte qui ne peut s’appuyer

que sur une projection identificatoire gratifiante.

Il faut remarquer qu’il y a là une

clé de la durabilité, en effet les mobilisations

résultant de la crainte ou de la menace s’épuisent

avec le gain de sécurité et ne sont donc pas durable.

C’est ce qu’ont malheureusement compris

bien des dictateurs et qu’il faudrait expliquer chaque fois que

les tentatives de menace, pression et contraintes apparaissent

pour arriver à ses fins. (En dehors bien sur de certaines

situations exeptionnelles inscrites dans une stratégie

pédagogique d’appropriation).

La connaissance de la vocation culturelle

propre de la communauté locale donnera ainsi aux initiateurs

et responsables les bases pour concevoir la stratégie

ad hoc d’appropriation active pour l’élaboration et la

mise en oeuvre d’un projet de développement durable ou

de tout projet qui y concoure.

3) Concevoir un processus d’appropriation

active collective du projet


L’appropriation active ne doit pas être

conçue comme intervenant après que le projet ait

été défini mais avant.

Plus précisément le projet

s’élaborera de façon appropriée pendant

le processus. Le but du processus n’est pas simplement l’élaboration

d’un projet ni même la seule prise en charge du projet

mais il est aussi l’initialisation d’une dynamique de développement

durable qui continuera durablement une fois le processus terminé

en s’incarnant dans toutes les formes appropriées.

A noter là que l’élaboration

d’un projet n’est pas à considérer comme consistant

à dresser un plan bon à exécuter mais comme

la médiation d’une mobilisation et le guide d’une réalisation

dont les formes réelles seront souvent imprévisibles.

On est loin des réflexes planificateurs

et programatiques sauf à s’en référer aux

meilleures réflexions de certaines époques.

Si chaque scénario stratégique

d’appropriation active est original, s’inscrivant dans la logique

vocationnelle de la collectivité, il n’en répond

pas moins à quelques principes généraux.

- Le principe de maturation et

de génération


Sous la condition qu’il soit conduit de

façon stratégique, le processus est à la

fois une progression dans la conscience et la maîtrise

jusqu’à sa conclusion auto suffisante dans l’action et

à la fois une progression dans la génération

de l’action appropriée qui passe par une phase de connaissance,

d’engagement et d’action.

L’importance et le rôle du pilotage

extérieur décroît, lui, au fur et à

mesure jusqu’à ce qu’il soit totalement approprié

par ceux qui en ont la charge dans la communauté.

C’est au cours du processus d’appropriation

de la connaissance que des études techniques seront opportunes

en réponse au souci de connaître plutôt que

d’amener un savoir tout fait en réponse à des questions

qui ne sont pas posées.

Il en va de même au niveau de l’engagement

et des décisions qui ne peuvent suivre des procédures

standards sans que les intéressés soient dépossédés

de leurs cheminements culturellement efficaces.

Encore plus au niveau des solutions qui,

pour être appropriées, doivent être leurs.

Les solutions de développement durable seront les siennes

pour la communauté si elle a fait siens les problèmes

et les aspirations qui s’y rapportent.

On observera ici qu’il y a une grande différence

entre le processus d’appropriation active défini ici et

les pratiques participatives classiques, très décevantes

après avoir soulevé des enthousiasmes. Il y a deux

raisons à cela. Elles ne sont pas supportées par

une source de motivation puissante et durable qui est la Vocation

collective avec les modalités particulières qui

l’expriment. Elles n’arrivent pas à articuler travail

en profondeur (analytique, décisionnel ou de conception

de solutions) avec la spontanéité nécessaire

de participations informelles ce qui conduit soit à un

simulacre de participation soit à un spontanéisme

stérile producteur de lieux communs.

Il y à là aussi un problème

qui doit être résolu à ce propos. C’est celui

du rapport entre une logique top-down et une logique bottom-up

qui loin d’être opposées doivent être conjuguées

à condition de ne pas se tenir sur le même plan.

La démarche verticale est celle de l’initiative du processus,

de l’orientation, de la conduite stratégique et de l’élaboration

des conclusions et décisions sur le fond. La démarche

horizontale participative est celle exploratoire, validatrice,

créatrice et agissante.

- Le principe de relais et d’entraînement<FONT

FACE="Arial">

Il est hors de question d’envisager d’initier

un processus d’appropriation active avec toute une population

et on ne peut que s’inquiéter de ce qui est fait et recherché

trop souvent au travers de grandes scènes publiques.

Il y a donc à utiliser l’appui de

relais dont l’appropriation personnelle servira de relais vers

le plus grand nombre.

En réalité, les communautés

évoluées ne sont pas formées d’une masse

d’individus et d’un noyau de dirigeants, elles sont structurées

de façon à relayer et faire concourir les nombreuses

activités et relations de la cité.

Cependant il faut reconnaître que

les structures de la société ne sont pas toujours

l’expression pertinente de sa vocation culturelle et qu’elles

véhiculent quelquefois des logiques et des valeurs qui

ne lui sont pas appropriées.

Aussi faudra-t-il rechercher à partir

de l’autorité politique des dirigeants quels sont les

relais les plus pertinents dans le Sens de la vocation collective

qui seront les véritables appuis pour l’entraînement

de la collectivité.

La stratégie d’appropriation active

ne mise donc pas seulement un petit groupe de personnes et même

si elle peut déjà impliquer un nombre plus important

de personnes (de plus en plus en avançant), elle aura

toujours à ménager la transmission de la dynamique.

Elle pourra heureusement s’appuyer bien souvent sur des relais

compétents et autonomes pour cela d’autant plus qu’ils

se seront bien appropriés la démarche.

Pour la conception et la construction de

la stratégie d’appropriation active, la méthode

de "créativité générative"

(Institut Cohérences) est particulièrement utile

pour imaginer une démarche originale (appropriée),

structurée, juste et intégrant les multiples aspects

du processus à conduire.

Le pilotage du processus d’appropriation

active d’un projet de développement durable.

Il s’agit d’une des compétences

de l’ingénierie humaine mais aussi d’une pratique qui

doit être relayée par les dirigeants de la cité

ou leurs délégués pour la conduite des dynamiques

de développement durable approprié.

Le terme de gouvernance paraît pertinent

pour englober un grand nombre de principes et de méthodes

tant cette dimension est complexe et déborde largement

les conceptions qui aujourd’hui sont devenues notoirement insuffisantes.

Là aussi la terminologie et la question sémantique

sont décisives.

Les travaux de l’Institut Cohérences

sur le "gouvernement des projets et des entreprises humaines"

apportent de nombreux matériaux conceptuels et méthodologiques

à cet égard.

Nous indiquerons simplement ici quelques

aspects de ce travail de "gouvernance".

Il a d’abord comme charge de tenir le Sens

de la démarche qui aura ici été élucidé

en tant que Sens de la vocation culturelle propre de la collectivité,

celui donc du développement durable approprié.

Il aura, bien sûr, fallu le valider

soigneusement au préalable et se garder de plaquer un

Sens général ou inapproprié ou encore de

se trouver engagé dans un Sens inopportun faute de discernement

et de maîtrise.

Le travail de gouvernance est aussi un

travail de consensus (faire partager le même Sens). C’est

une des dimensions de la stratégie d’appropriation collective.

C’est un travail de motivation où

la référence à une "projection identificatoire"

gratifiante et enracinée dans les meilleurs potentiels

de la culture est le meilleur vecteur.

C’est un travail de maturation dont il

faut ménager les étapes et assurer les rythmes

appropriés.

C’est un travail d’appropriation progressive

ce qui fait qu’il faut savoir se retirer progressivement de l’initiative

et ménager une prise en charge, ni trop rapide, ni trop

lente.

C’est un travail d’évaluation de

la situation et de la marche en avant du processus en considérant

les trois critères indiqués :

La pertinence (le bon Sens)

La cohérence (tout est bien articulé

dans le même sens sans contretemps)

La performance (la mesure de contribution

à l’avancement et aux enjeux).

C’est un travail de pédagogie et

même de macro pédagogie dont la portée concerne

une collectivité entière et qui peut passer par

une multiplicité d’acteurs et d’actions et notamment des

actions "symboliquement structurantes".

C’est un travail de concourance non seulement

pour faire concourir à un même but les différents

acteurs et les différentes actions mais aussi pour mettre

en concourance des activités, organisations, institutions,

projets, réalisations, etc. qui, participant au développement

de la cité vont quelques fois dans tous les Sens.

C’est un travail de qualification qui fait

se révéler et s’exercer des talents et des compétences

spécifiques si bien que c’est en les "cultivant"

que le développement durable trouvera les ressources humaines

appropriées liés dans un cercle vertueux de qualification.

C’est encore un travail d’identification

qui joue sur la conscience collective et l’évolution de

l’identité culturelle qui se projette dans une représentation

de ses horizons futurs : le projet de développement durable.

C’est un travail d’animation qui réclame

quelques compétences spécifiques aussi bien en

petit groupe que pour l’animation d’un processus faisant intervenir

un grand nombre d’acteurs.

C’est un travail de maîtrise d’oeuvre

faisant appel à un véritable métier, qui

doit articuler différentes spécialités,

notamment techniques, et faciliter les synthèses, conclusions,

formulations...

Si elle s’initie le cas échéant

par le travail d’un seul, la gouvernance débouche obligatoirement

sur un travail collectif.


Conclusions

Un des défi de notre époque

est d’avoir à aborder des enjeux et des problèmes

radicalement neufs alors que les outils conceptuels et méthodologiques

ne sont pas encore élaborés.

Il est facile, bien souvent, de détecter

des modèles conceptuels, idéologiques et les paris

praxéologiques tout à fait classiques qui opèrent

à l’insu de ceux-là mêmes qui prônent

le changement.

Les travaux de l’Institut Cohérences

portant sur les Sens et Cohérences Humaines ont développés

de nouveaux outils conceptuels et méthodologiques fondés

sur les plans épistémologiques, anthropologiques

et praxéologiques et largement expérimentés

depuis 20 ans dans des centaines de situations.

Ils sont maintenant disponibles et suffisamment

rodés pour être investis dans les enjeux de ce type

et viennent à point pour donner au développement

durable des assises théoriques et méthodologiques

qui lui font défaut sous l’angle de l’appropriation active.

Il s’agit alors autant du Sens du développement

durable que des facteurs de réussite de l’action, tout

cela intégré dans la formule : "développement

durable et approprié".