Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 21 h 37

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    Les jeux d’identités 5
    Compléments de la carte des Sens

    Première publication : 1980, mise en ligne : samedi 24 juillet 2004, Roger Nifle


    Pour affiner la connaissance de la carte et des positions d’identités

    LES TRANSITIONS ENTRE LES CHAMPS DE COHERENCE DE LA CARTE




    Les axes de la carte repérés dans l’espace ont été utilisés pour séparer les quatre secteurs nommés champs de cohérence. En fait, il y a une infinité de Sens autour du centre de la carte et on pourrait ajuster sur un plus grand nombre de secteurs plus petits. Ce que l’on gagnerait en justesse se perdrait en facilité d’utilisation de l’outil. Cependant il ne faut pas non plus tomber dans ce qui serait réducteur et consisterait à considérer le champs comme des cases avec des frontières marquées. Pour cela il est bon d’avoir quelques indications sur le Sens des secteurs qui font la transition , centré sur les axes. Ces indications ici insuffisantes pour avoir toute la richesse des quatre champs permettent cependant de situer des nuances importantes et même des domaines originaux. Par exemple entre la conquête et la dégradation, il n’y pas un passage brutal et on peut considérer un secteur intermédiaire centré sur l’axe extériorisation. On nommera ce secteur celui de la SEDUCTION. On y peut voir des Sens plus proches de la conquête et d’autres plus proches de la dégradation. C’est par là que se fait le passage entre les deux champs. Il a en outre des caractéristiques auxquelles on peut ajuster beaucoup de tendances culturelles contemporaines.

    Les quatre secteurs axiaux seront ainsi désignés  :

    - axe extériorisation la SEDUCTION
    - axe intériorisation la GENERATION
    - axe bas la REGRESSION
    - axe haut l’ELEVATION



    1) LE SECTEUR DE LA SEDUCTION

    Sur l’axe extériorisation, il correspond à ce qui tend à n’être que forme extrême avec le moins de Sens vécu ou manifesté. Ne donner à voir qu’une façade ou encore s’extérioriser, montrer en déjouant toute signification. Ces formes montrées, jeux d’apparences, par leur jeu même, sont de séduction. Depuis la conquête où cette séduction fait des militants à la dégradation où elle "prend" où elle capture comme s’il s’agissait d’une proie. Chant des sirènes, femmes fatales, figurent des images de cette séduction dans ce secteur vers la dégradation parmi bien d’autres formes bien sûr. Cet extrême des jeux de formes est aussi celui des manipulations dont ils sont destinés à faire tomber dans la dégradation où à retenir efficacement l’attention dans la conquête. On en trouve l’exemple dans la caricature du "sourire commercial" ou de la plupart de ce que l’on appelle techniques de vente et aussi la publicité. Cela se situe dans ce secteur avec simultanément une survalorisation de l’image et un déjouement du Sens, éventuellement à grand renfort de discours.

    Ce secteur est aussi celui de la magie, séduction des images. Il s’agit des pratiques, objets, rites sensés avoir un Sens, insaisissable toujours, c’est ce qui en fait la séduction. C’est le cas très contemporain d’un grand intérêt pour les phénomènes paranormaux, les choses étranges, les choses occultées où c’est toujours une recherche des Sens qui échappent. C’est le cas de tout un attrait du symbolisme et de la mythologie. Le symbole est fascinant tant qu’il est supposé plein de Sens ignorés. C’est le jeu séducteur des apparences qui fascine. De là la quête interminable et la fuite aussi interminable du Sens. Tout cela est isomorphe dans ce secteur de l’escroquerie, de la tromperie, vers le bas, bien-sûr, mais pas très loin des pratiques de la conquête où seul le résultat et ce qui se voit tend à compter.

    En fait il est beaucoup question de voir, faire voir et se faire avoir, voir et avoir.

    Dans les jeux d’identités, on trouvera en position haute le SEDUCTEUR, et en position basse la PROIE. Le SEDUCTEUR fait transition entre le chef vedette et de dominateur, et la proie entre le militant et la victime.

    On ne va pas examiner tous les jeux d’identités possible mais simplement le jeu complémentaire. Il consiste pour le SEDUCTEUR à manifester des formes séduisantes selon des critères pertinents pour la personne ou la population visée. Ces formes sont séduisantes si elles font signe, signe qu’il y a du Sens (plaisir, vie, signification, logique, etc...) tout en déjouant sans cesse toute clarification. La distanciation en est une stratégie. Se faire désirer consiste à promettre par signe et ne pas donner Sens, existence. C’est le mécanisme de l’attraction de la PROIE. Celle-ci cherche Sens dans l’autre. Cette façade de pure forme est prometteuse et c’est sa quête sans fin qui fait le mouvement de la PROIE qui se prend. Elle est prise par la manipulation dans la dégradation et se trouve fascinée, à merci. Le jeu est destiné à se poursuivre si bien que la PROIE reste fascinée, prise, capturée, immobilisée mais non éliminée.

    Il y a d’ailleurs tendance à une déréalisation. C’est lorsque sont exacerbées les réalités dans les manifestations, l’expression, les apparences, qu’elles perdent corps et tendent à se dégrader ou être fugaces et sans contenus, les signes n’expriment plus, ils remplacent les choses.

    Dans les tendances culturelles on en trouve de très nombreuses traces. Un hyper-réalisme devient en fait dérision de la réalité. Par exemple la surinformation rend incompréhensibles les choses, mais elles fascinent. C’est ce qui fait le succès des mass-media, plus il y a d’images, plus les choses sont imagées, plus elles attirent l’attention. Cette attraction est celle du vide, mécanisme de la séduction. Ce faisant, les observateurs que sont les journalistes deviennent les vedettes puisqu’en dernier ressort pour le public, ils font les images. Certains vont mêmes jusqu’à créer l’événement. La mode, d’autres modes du passé, sont aussi une distanciation supplémentaire. La photo est une distance par rapport au Sens, aux réalités. L’intérêt pour l’art photographique en tant qu’objet d’intérêt (pour l’art en général aussi) crée une double distance.

    Dans la relation complémentaire, la demande de la PROIE fait aussi l’offre du séducteur, sa satisfaction toujours déjouée en fait la durée. La proie s’épuise à suivre, le SEDUCTEUR à prendre. Ce dernier fait voir des jeux de signes pour "avoir" l’autre. La PROIE prend les signes pour du Sens qu’elle cherche dans l’autre et se trouve privée de Sens (fascinée, hypnotisée) et déréalisée.

    2) LE SECTEUR DE LA REGRESSION


    Il est centré sur l’axe BAS. La tendance est d’amenuisement, à rendre petit, à abaisser. C’est une tendance à l’élimination des réalités par un mouvement inverse de celui de leur construction. La REGRESSION est plutôt repli, repos, mise en sommeil des fonctions vitales du côté de l’involution. Elles est souffrance avec perte de conscience dans la dégradation. La REGRESSION conduit au sommeil comme à la mort, quand on dit de quelqu’un qu’il s’éteint. C’est aussi une tendance à vivre "petitement" par recherche de sécurité, soit dans le confort, soit par empêchement, par évitement des problèmes, des contraintes, des réalités.

    Cette REGRESSION correspond ainsi à une tendance à l’enfermement dans un cocon protecteur sécurisant comme dans l’absence de relation , dans un mutisme. Quand disparaissent les réalités et le Sens, tout se passe comme si la communication disparaissait. On tend vers un fonctionnement végétatif. La non-vie devient une manière de vivre sans risques, sans craintes, en sécurité. C’est le refuge de bien des personnes, un retrait du monde, des autres et d’eux-mêmes qui se traduit par les "petites habitudes" qui tendent toujours à se réduire. Elle se manifeste par une limitation des centres d’intérêt, des communications, des jugements, l’absence de projets et d’ambitions et le désintérêt pour toute chose qui n’est pas soi ou le peu qui en est conscient.

    Dans cette direction du BAS, se trouve aussi bien un grand nombre de personnes des "classes silencieuses" que ceux qui ne disent jamais rien au BAS de l’échelle dans les entreprises. Ils apparaissent sans problèmes. D’autres trouvent refuge dans la folie ou la dépression, ou encore dans quelque manie exclusive.

    Dans ce champ peuvent toujours se repérer deux types d’identités en position haute et basse dont la communication n’est pas d’une extrême richesse mais a tout de même ces Sens là. Nous les nommerons successivement le GARDIEN et le MORT.

    Vers l’axe ETRE, le GARDIEN porte en lui-même cette absence des réalités et cette pureté de Sens avec des mobiles de sécurisation. Il garde pour protéger, veiller au repos, dans l’involution et il garde pour surveiller, empêcher dans la dégradation. C’est un peu l’équivalent d’un SURMOI totalitaire en psychanalyse.

    Le gardien ne cesse de mettre en garde, d’éviter que des choses supposées dangereuses arrivent. De cette manière il enferme et fait régresser. Son enveloppement, véritable encerclement, peut être rassurant ou étouffant. En tout cas il rend l’autre irresponsable, dépendant, MORT à sa propre vie. C’est le cas des parents trop protecteurs qui à force de prise en charge empêchent la croissance de leur enfant qui devient MORT dans un fonctionnement végétatif. C’est le cas aussi de ces envahissements de GARDIENS qui se "mettent à la place" et la prennent, en particulier envahissement affectif, égoïsme exacerbé, ignorance de l’autre. L’apparente sécurité du GARDIEN, son absence ou sa surabondance d’intérêt pour l’autre font tendre vers lui en "faisant le MORT". Le GARDIEN promet la sécurité, le bien-être si on se confie à lui. Ce faisant il ne cesse de rabaisser l’autre à son niveau, bas, l’autre est rabaissé, fait le MORT pour obtenir ce confort et cette sécurité. C’est là le poids considérable des recherches et des promesses de sécurité comme s’opposant à la vie en la rendant dépendante. Cela rend inquiétant le développement d’assurances en tout genre, de sécurités et systèmes de protection, de gardiens, d’enfermements, de promesses de prise en charge.

    La peur de la vie des uns ou sa faiblesse, les mène à protéger les autres à s’en faire GARDIEN et ce faisant les étouffent. La peur des autres les conduit à se laisser prendre par ce mirage de sécurité et régressent à leur tour pour rentrer dans le giron protecteur où en fait il n’y a pas de place. Le MORT ne s’appartient plus et le GARDIEN le "possède" sans en tirer d’autre profit d’ailleurs que pour sa propre sécurisation. C’est une sorte de dévoration qui ne nourrit pas.

    Les tendances du secteur de la REGRESSION peuvent être réactivées dans des périodes difficiles, lors de maladies, d’accidents, de deuils, mais aussi devant de trop lourdes responsabilités qu’on ne peut assumer ou accompagnant des vieillissements

    Entre le MATERNANT et le DOMINATEUR le GARDIEN en prend des figures proches.
    Il peut apparaître comme très chaleureux, protecteur, enveloppant, entourant d’attention et en fait il propose une sécurité infantilisante, il demande à l’autre de se laisser totalement prendre en charge en s’annulant, en faisant le MORT. Plus dominateur il ne cessera de mettre en garde, de critiquer ce que fait l’autre, ses initiatives, ses réalités. Cela conduit à une mise en doute systématique de soi qui, pour le MORT, fait perdre réalité et même Sens. C’est la culpabilisation incessante sous prétexte souvent de protection "bienveillante" qui réactive chez le MORT cette insécurité qui l’habite et le fait s’annuler progressivement en se soumettant à la nullité de l’autre. Entre l’ENFANT et la VICTIME, le MORT régresse et tend à apparaître inexistant.

    3) LE SECTEUR DE LA GENERATION

    De Sens inverse de celui de la SEDUCTION, ce secteur s’attache au Sens plutôt qu’aux formes. La GENERATION est aussi générosité. Elle consiste à faire être, à donner Sens. Vers l’involution c’est plutôt le domaine des sentiments, affectif sans aucune affection. Cela se traduit par le don gratuit, l’apport de Sens sans beaucoup de réalités. Vers l’accomplissement, la présence prend aussi réalités et la générosité devient édificatrice, elle devient génération. Les Sens de ce secteur sont de l’ordre du faire être plutôt que d’avoir.

    Dans la relation complémentaire entre MAITRE et MATERNANT se place le GENEREUX, celui qui donne de lui-même, et qui ne fait pas semblant. C’est ce qu’on appelle aimer qui se manifeste par les attentions, les prévenances, le soutien, les dons de l’involution ou plutôt la disponibilité, l’écoute, l’attention de la maîtrise. Vers l’accomplissement, la générosité n’est pas de prise en charge mais de respect de l’autre. Ce respect consiste à donner existence et reconnaître la responsabilité et la liberté de l’autre. C’est cette expérience pour l’autre qui est génératrice de son édification personnelle. Le GENEREUX se met ainsi au service de l’autre dans sa démarche. Cela implique de se posséder suffisamment pour donner de soi.

    La position basse complémentaire est celle de RECEPTIF. Entre ENFANT et PRATIQUANT on passe d’une relative passivité, d’une relative inconscience, à une volonté plus claire.

    Recevoir, vécu comme sensuel ou affectif dans ce secteur et comme abondance gratuite donne le sentiment du plaisir d’exister sans menace et sans effort. Vers le haut du secteur, dans le champ de l’accomplissement, cela s’accompagne d’une conscience d’un cheminement personnel dans la relation à l’autre.

    Le RECEPTIF peut se contenter de recevoir et d’en tirer plaisir, il peut aussi en tirer profit pour mieux se connaître, pour apprendre de l’autre.

    La relation GENEREUX-RECEPTIF est tout ce qu’il y a de moins démonstratif. Elle tend surtout à être juste plutôt qu’à être rigoureuse. Elle est de ce fait très permissive du moment qu’elle est ressentie comme juste.

    Le secteur de la GENERATION se traduit par une relation qui recherche l’authenticité plus que toute manifestation extérieure. Cela se passe ou non de concrétisations matérielles, contractuelles, institutionnelles. Le don de soi et recevoir en soi sont privilégiés en terme de Sens. L’intimité s’oppose à la distanciation du secteur opposé de la SEDUCTION.

    4) LE SECTEUR DE l’ELEVATION

    Ce terme d’ELEVATION recouvre une grande multiplicité de réalités. Construction, édification, réalisation, conquête, c’est le domaine aussi de la clarté, de la parole, de la science, savoir ou connaissance. Vers l’ETRE, on se trouve entre MAITRE et CHEF-MODELE et là se place le GUIDE. Il est à la fois créateur original et directeur orientateur et ordonnateur. Son autorité est plutôt de Sens, de forme par les signes qu’il en montre en se présentant comme modèle. Le guide, c’est celui à qui on peut se référer pour donner des repères ou celui auprès de qui on se trouve soi-même. Le guide montre la voie pour prendre conscience dans une pratique ou pour réaliser dans une technique. C’est ce que peut être une fonction de direction qui donne Sens et qui donne aussi formes et objectifs à une entreprise, à une réalisation. Le guide est aussi le phare toujours repère de la cause ou celui auprès de qui s’éclaire le Sens. Il peut être de ce fait concepteur, initiateur d’une oeuvre, créateur dans ce Sens. C’est celui qui parle sa parole, donne le Sens ou décrit en distinguant les choses. Il apporte toujours un éclairage. La tendance du GUIDE à édifier est à prendre dans le Sens des réalités dans la construction, mais aussi celui du Sens pour l’épanouissement de l’autre.

    Vers le NON ETRE La tendance d’identité complémentaire trouve dans le GUIDE l’essence de son fonctionnement. Elle y trouve personnalité et identité et donc sa réalisation. PRATIQUANT ou MILITANT, Il est REALISATEUR.

    Le guide est pour lui porteur d’un projet, modèle ou connaissance, dont le REALISATEUR est le praticien en pratiquant ce qui peut s’approcher d’une discipline ou en imitant les modèles que peuvent être des techniques. Il exerce des actions où il réalise. Il se réalise comme il réalise. C’est par exemple le Sens d’un chef d’oeuvre dans le compagnonnage.

    Dans la relation au GUIDE, le REALISATEUR met en oeuvre ce qui a été initié en fonction de ce que l’autre en dit ou en montre. Concepteur ou architecte, le GUIDE dirige les travaux du REALISATEUR dans la voie de l’efficience et de l’édification. La réalisation est aussi réalisation de soi. Le REALISATEUR en prend conscience vers l’accomplissement en se faisant PRATIQUANT, il en prend les signes de son identité, de sa compétence vers la conquête en se faisant MILITANT. Ce dernier tire fierté et honneur de son activité, le pratiquant en tire joie et personnalité. Tout cela se rejoint sur l’axe en étant toujours très proche dans le secteur de l’ELEVATION.

    La construction, la réalisation, l’édification peuvent dans leurs réalités être aussi bien matérielles, qu’institutionnelles ou intellectuelles. Elles peuvent être modestes dans la vie quotidienne comme toute réalisation nouvelle ou plus grandiose dans une souveraineté à l’échelle d’un royaume, d’une grande entreprise, d’une grande oeuvre.

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