Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 00 h 15

PLAN | Roger Nifle | Références | Statistiques | Presse | Recherche | - ACCUEIL - | Institut Cohérences | UDPH | Cercles UDPH | Légal
Création de l’Institut Cohérences, laboratoire d’innovations avancées avec le projet EVA-LIA découvrez-le
Toutes les rubriques
ACTUALITES
0 De l’homme
  • 1 Existence humaine
  • 2 L’être de Sens
  • 3 Relations humaines
  • 4 Communautés humaines
  • 5 Réalités humaines
  • 6 Processus humains
  • 7 Evolution humaine
  • 8 Affaires humaines
  • 9 Ethique
  • 1 Crises et mutation
  • 1 Stades d’évolution
  • 2 La mutation
  • 3 Crise des représentations
  • 4 Crises de Sens
  • 5 L’âge du Sens
  • 6 Internet et le virtuel
  • 2 Ingénierie humaine
  • 1 L’action humaine
  • 2 L’intelligence symbolique
  • 3 Techniques et méthodes
  • 4 Stratégies et processus
  • 5 Maîtrise et discipline du coeur
  • 3 Territoires
  • 1 L’identité
  • 2 Le développement
  • 3 Prospective et projets
  • 4 Tourisme des valeurs
  • 5 Prévention des risques
  • 6 Politiques publiques
  • 4 Entreprises et projets
  • 1 Prospective et mutation
  • 2 Sens et management
  • 3 Qualité et valeurs
  • 4 Marketing des valeurs
  • 5 Evaluation et gestion
  • 6 Structures de concourance
  • 7 Processus humains
  • 8 Projets
  • 5 Société
  • 1 Le politique
  • 2 L’économie
  • 3 L’intégration
  • 4 La santé
  • 5 L’Europe
  • 6 L’Afrique
  • 6 Développement humain
  • 1 Vocations humaines
  • 2 L’éducation
  • 3 Relations d’aide
  • 4 Projets personnels
  • 7 Fondamental
  • 1 Anthropologie
  • 2 Epistémologie
  • 3 Praxéologie
  • 4 Spiritualité humaine
  • 5 Au coeur du sujet
  • 6 Philosophie
  • 8 Recherche et développements
  • 1 Cités macropédagogiques
  • 2 Intelligence collective
  • 3 Espaces virtuels d’activité
  • 9 Etudes thématiques
  • 1 Méthodologie
  • 2 Etudes
  • LECTEURS
    Site réalisé avec BioSPIP

    Retour à la page d'accueil  0 De l’homme  3 Relations humaines

    Les jeux d’identités 4
    Exemples d’applications 2

    Première publication : 1980, mise en ligne : vendredi 23 juillet 2004, Roger Nifle


    Différentes applications des jeux d’identités dans divers domaines

    II - EXEMPLES D’APPLICATION DES JEUX D’IDENTITES

    Nous allons envisager une série de problèmes traités en étude systématique. Pour chacun d’eux on va observer quels visages ils prennent selon les champs avec les rapports interpersonnels, les circonstances et le rôle des éléments, les processus de fonctionnement. Selon le cas, ils seront plus ou moins approfondis. Il ne s’agit pas en principe de traiter ces problèmes à fond ici, mais de montrer sur des exemples divers ce que l’on peut assez rapidement obtenir. Ces résultats peuvent être utilisés pour des formations, des travaux de réflexions, d’études, d’interventions. Toutes les questions que l’on souhaite peuvent être traitées de la même manière. L’exercice en est enrichissant. On peut essayer aussi bien un mot, un concept pour en dégager les Sens  : qu’un événement , une situation, un problème quelconque, y compris pour mieux se connaître soi-même.

    Nous allons étudier successivement les problèmes suivants :

    - Les relations médecin-malade.
    - Les relations parent-enfant.
    - Les relations de couples.
    - Les relations commerciales, la vente.
    - Autres exemples d’applications.
    - L’autorité.
    - Le rapport au travail.
    - L’entreprise.
    - L’argent.

    a) Les relations médecins-malades



    On va envisager cette relation selon les divers jeux d’identité avec le fait central que constitue la maladie. Selon les cas, on pourra voir le principe du traitement et le rôle des éléments tels que les médicaments par exemple. Avec ce premier exemple, va être mise en évidence la différence considérable qu’il peut y avoir entre les champs. On s’apercevra évidemment que ce qui se passe vraiment recouvre plusieurs Sens selon les cas. Il apparaîtra aussi des logiques étonnantes en particulier dans le champ de la dégradation où ce que l’on dit est bien loin de ce qui est, où aussi, on en est en général peu conscient. Nous allons envisager successivement les différents champs avec pour chacun d’eux quelques unes au moins des quatre possibilités, les deux complémentaires et les deux symétriques.

    - La conquête - C’est le champ de l’objectif et du scientifique. Celui où l’identité sociale et la cause sont importantes. L’homme est surtout vu ici comme un corps qui produit l’intelligence. La maladie est un signe, une information ou un ensemble de données qu’il faudra traiter scientifiquement pour résoudre le problème.

    Dans le cas du médecin-vedette, c’est le spécialiste identifié par le malade à sa cause : la spécialité avec sa maladie. Le malade militant a les symptômes les plus conformes possibles à la cause. C’est un beau cas, un cas intéressant. Plus il suscite l’intérêt du médecin, plus le malade en est gratifié et en contrepartie il va militer en collaborant efficacement au traitement avec "l’équipe soignante". Le médecin reconnu sur la place ou dans son milieu traite "la maladie" et reconnaît le malade en conséquence. S’il l’oublie l’autre pourrait cesser de militer. Le malade est fier d’être un cas et en parle à d’autres militants et on compare. Cela donne identité et classifications. On utilise les meilleures techniques, les dernièrs médicaments, les plus rares, les plus efficaces. Ceux-ci servent à mesurer l’importance du cas-cause ; ils en deviennent critère. S’il y en a une belle panoplie, c’est un bon médecin et un beau cas. L’administration sinon la gestion de la prise de médicaments est une activité militante-rationnelle. Elle est par elle même thérapeutique.

    La relation inverse est possible avec les cas célèbres ou exceptionnels. Le malade identifié à la cause-maladie trouve des médecins militants qui vont mettre un point d’honneur à vaincre l’obstacle. Ils vont se consacrer à cette tâche, se dévouer même. Les médicaments sont leurs outils et leurs armes. Tout à l’heure la cause était la spécialité, elle est maintenant la maladie. La science devient instrument pour "militer". Le malade montre son cas, en parle pour le proposer en exemple et comme enjeu. C’est le malade vedette qui quelquefois aussi en sait plus sur sa maladie que ses médecins. Une bonne stratégie, beaucoup de courage et d’efficacité et le malade-maladie est conquis.

    Nous passerons rapidement sur le couple militant-militant où la maladie est la cause commune avec chacun son rôle spécifique dans le traitement, celui de malade, et celui de médecin. Le chef-vedette-modèle peut être un professeur auquel on se réfère de temps en temps. C’est le cas en particulier où la cause, c’est le traitement, la maladie en étant certes un aspect indispensable. Les partenaires médecins-malades essaient d’appliquer au mieux la technique qui les intéresse beaucoup. Là aussi ils collaborent ensemble au traitement, chacun avec son rôle, et les symptômes comme mesures.

    Dans ce champ le but est toujours de réussir. On est aussi dans l’univers de la médecine expansionniste, avec les progrès de la science et la médicalisation de plus en plus poussée qui produit des militants-malades.

    - La dégradation -
    La maladie n’est plus le cas, c’est le mal. Le mal c’est la destruction des réalités physiques ; atteintes au corps, et la destruction des Sens : angoisse, souffrance... mais aussi culpabilités, perversions etc...

    Le malade peut être très souvent dominateur. Il se dit et se montre victime et le médecin est en fait la victime. Son malade ne cesse de l’inquiéter, de le mettre en échec, de le culpabiliser, sans compter ses angoisses personnelles que cela peut réveiller. Le médecin victime va se trouver appelé la nuit ou le week-end par ce malade. Il n’ose pas ne pas y aller de peur que ça soit sérieux et d’ailleurs, le jour où il n’y va pas arrivent les problèmes et donc la culpabilité. La maladie est l’instrument de pression, ça guérit mal, ça dure. Les médicaments et les traitements semblent toujours ne pas marcher, ils sont mis en échec. Et puis cela s’arrête comme par enchantement : échec supplémentaire pour le médecin qui y lit la preuve de son incapacité.

    Le cas inverse est très fréquent, le malade est victime et la maladie dont il souffre est prétexte à souffrances supplémentaires. Le malade est placé dans un milieu deshumanisé, traité comme un numéro, pire comme un simple organe plus ou moins dégradé "c’est le foie du 17", "le rein du 22". Le malade perd aussi droit à la parole, à savoir, à juger. Il est là pour faire ce qu’on lui impose, sans discuter sinon tant pis pour lui, on le culpabilise le cas échéant pour avoir transgresser une pseudo règle impérative. Le traitement est le chemin de croix du malade, c’est plutôt un mauvais traitement avec toute la panoplie des petites cruautés. Le médicament est mauvais, mais il faut bien traiter le mal par le mal. Tout consiste d’ailleurs à extirper le mal et on sait bien que dans ces cas là il ne faut pas hésiter, ni faire de sensiblerie. Le médecin opère et le "patient" subit. Lorsqu’il en a assez il meurt ou décide de guérir.

    Dans tous ces cas la médecine est une chose plutôt obscure sinon occulte. On utilise éventuellement quelques potions ou pratiques étrangères qui ont l’avantage de faire appel à des forces ou pouvoirs cachés. C’est vrai aussi bien pour les pratiques médicales et les médicaments que pour les "sorts".

    Dans les relations symétriques dominateur-dominateur on trouve le médecin et le malade qui se plaignent mutuellement l’un de l’autre. Le médecin trouve son malade peu coopératif, difficile, l’autre le trouve peu sûr, trop indifférent, peu efficace. Ils se détruisent l’un l’autre au profit de la maladie de l’un et de l’épuisement ou l’anxiété de l’autre.

    La relation victime-victime est celle où par exemple l’un et l’autre affirment que ça va bien pour se sécuriser mutuellement. Ils se lient d’amitié et le mal progresse pendant qu’ils se le cachent. Ils se font victimes pour se sécuriser.

    Dans ce champ, bien sûr privilégié pour la maladie, on peut repérer que les discours ou les pratiques n’ont guère changé depuis des siècles. On enferme ou exclue, on purifie et on tue le mal, on extirpe les humeurs délétères et ce , avec des méthodes modernes. L’obscurantisme domine toujours.

    - L’involution - On passe là du mal aux "ennuis de santé", ou aux "affections". Ils demandent du repos, du calme et une convalescence. C’est l’occasion de se faire dorloter, de se faire soigner et être entouré de soins attentifs. Le médecin maternant sécurise, protège des risques et des complications. Pour cela il donne des conseils, une ordonnance avec des médicaments qui reconstituent : fortifiants, vitamines, sirops, réparateurs, tranquillisants... De toute façon ça n’est pas grave, mais il faut prendre des précautions. Le médecin est prévenant et il ne manque pas de venir faire un tour pour s’assurer que tout va bien. Le malade, un peu faible tout de même, se déplace de son lit à un fauteuil et fait de petites promenades. Il en profite pour se débarrasser des soucis habituels et demande éventuellement quelques menus services au médecin. A force de soins et de prévenance le malade se porte mieux. Sa maladie ne se manifeste plus. Le traitement est un traitement de faveur. On fait volontiers appel à la nature en laquelle on a confiance et qui reprend le dessus.

    Le cas inverse se produit où le malade est maternant d’un médecin enfant. Le premier le sécurise, lui donne une maladie "facile", "bénigne" sur laquelle il peut exercer sa compétence. Le traitement est un jeu et le médicament bien traditionnel. On trouvera dans ce cas en particulier de jeunes médecins ainsi aidés par leurs patients ou patientes expérimentés.

    Maternant-Maternant est une relation fréquente entre vieux habitués. Les petits ennuis de santé sont l’occasion des rencontres amicales où ils sont traités soigneusement d’un commun accord, tout en conversant agréablement dans une reconnaissance mutuelle de ses qualités. La réalité de la maladie dans ce champ est toujours diffuse.

    - L’accomplissement- La relation médecin-malade est principalement du type maître-pratiquant. Le médecin considère en face de lui un être humain complet dont la maladie peut être une expression physique d’une difficulté personnelle. La maladie est le symptôme apparent de problèmes de Sens et le malade cherche à sortir de ces difficultés. Pour cela le médecin maître de son "art" propose au malade un traitement  : rituel, verbal, médicamenteux destiné à activer les cohérences en cause et pour donner conSensus et permettre l’élucidation et en conséquence la disparition des symptômes. S’il s’agit de séparation, le travail consiste à activer les cohérences "réparatrices" naturelles ou aussi bien élucider celles qui s’y opposeraient.

    Lorsque sont dénoués les Sens des difficultés manifestées dans la maladie celle-ci disparaît.

    On pourrait y voir négation des connaissances médicales modernes, ce n’en est qu’une relativisation. Elles décrivent le plus souvent ce qui est descriptible dans les schémas de pensée culturellement dominants. Cela est vrai aussi bien de ce que l’on appelle médecines parallèles, dans d’autres cultures qui fonctionnent exactement sur ce mode. Que l’on parle de "sorts jetés", "d’esprits", de "microbes" on peut distinguer la forme culturelle explicative (et quelquefois les symptômes "culturels" qui vont avec) des cohérences qu’elle exprime. La constance est la relation efficace du maître-médecin dont la maîtrise repose sur "le Sens" qu’il a de l’autre dans sa maladie et la "connaissance" de lui même dans sa maîtrise.

    Les chamans et beaucoup de guérisseurs sorciers, etc... dont les instances internationales reconnaissent la relative efficacité sont bien souvent d’anciens malades, "mentaux" fréquemment, et qui ont maîtrisé, pour leur propre accomplissement, les réalités et les Sens de ces "maladies".

    C’est d’ailleurs indispensable pour pouvoir "donner conSensus" au malade, c’est-à-dire l’accompagner personnellement dans et même au-delà de ses difficultés. C’est vrai aussi pour exercer avec justesse l’art médical quelqu’en soient les pratiques et les instruments. Le médecin maître est autre chose qu’un technicien, un expert, un protecteur ou un "arracheur de dents". Le malade PRATIQUANT suit la discipline qui lui est proposée dans la mesure de son désir de résolution. Les élucidations en sont le produit avec disparition de la maladie. La maladie est expression d’un être dans son corps, son âme et dans sa situation personnelle. Elle est à envisager selon le processus de communication dans ses circonstances, son évolution, et la personnalité propre du malade. Comme toute maîtrise celle du médecin ne peut être ici que le fruit d’une véritable vocation personnelle.

    b) Les relations parent-enfant



    Là non plus on ne traitera pas le sujet à fond. L’utilisation des jeux d’identités nous permet d’esquisser différentes relations bien significatives parmi lesquelles peuvent s’opérer des choix. On s’attachera particulièrement à ce que représente l’enfant pour les parents. C’est le Sens qu’ils donnent à son éducation et ce qu’ils tendent à en faire plus ou moins consciemment. Se retrouvent toutes sortes d’attitudes et de "principes" qui ne sont jamais neutre du point de vue du Sens et des pratiques. On n’examinera que certains aspects de ces relations avec quelques exemples selon les quatre champs. Les parents sont considérés comme de même tendances, ce qui est souvent le cas. Le rôle et la place de l’enfant dans la relation de couple sera envisagée par la suite.

    - La conquête - La cause c’est, par exemple, l’éducation. Bien entendu l’exemple, le modèle à imiter c’est l’éducateur et en l’occurence les parents. Ceux-ci disent ce qu’il faut faire et ne pas faire pour devenir un bon... Si la cause est plus moderne, on s’attachera à suivre les principes correspondants. Il s’agit d’être reconnu comme bon parent en fonction de son comportement. L’enfant-militant est là pour suivre les principes des parents qu’ils soient libéraux ou plus dirigistes. Un militantisme est la condition pour être reconnu par eux et il a bien à répondre à leurs attentes en s’adaptant. L’éducation est adaptation et aussi un enjeu pour l’enfant. Les critères de la cause sont les formes de comportements, l’identité sociale et la réussite de l’enfant qui constituent la panoplie de l’existence de l’identité et de la fierté des parents dont l’enfant reste un appendice dépendant, une production réussie.

    Quelque fois la relation est inverse et la cause c’est l’idéal de réussite dont les parents rêvent, l’enfant devient la vedette, un "modèle" et les parents militent activement pour cela.
    Ils se consacrent efficacement et avec dévouement à sa promotion. L’enfant est perpétuellement gratifié lorsqu’il se conforme aux critères d’élection de la cause. Plus il s’y identifie, l’épouse donc, et plus il reconnaît de ce fait ses parents. Tout cela dans l’univers des réalités se fonde autant que possible sur des critères objectifs, des relations formelles, morales (quelques que soient ces morales). L’enfant comme les parents sont objets, objets du système culturel auquel ils appartiennent et qu’ils représentent de manière stéréotypée. Selon les milieux ils suivent les modes ou les traditions. Ils sont très déterminés par l’environnement et les changements ne sont le plus souvent qu’apparents.

    Les relations vedette-vedette surtout à l’adolescence ou même avant entraînent les rivalités que l’on connaît et qui font tout basculer dans la dégradation et émerger des sentiments d’échec et d’ingratitude. Si l’enfant de militant de la cause familiale se fait vedette de sa propre cause, voisine de la précédente, ça ne va plus. Au fond l’enfant objet n’est pas autorisé à n’être pas conforme. Tous ne s’y résignent pas, mais peu en réchappent et ils reproduisent les mêmes modèles...

    Une autre relation commune est celle de militant-militant dans les complicités père-fils par exemple. L’autre parent est d’ailleurs souvent la vedette, portant la cause. Les parents se font enfants, militants pour la même cause (critères, images, stéréotypes sociaux). Quelques fois, ce sont les enfants vedettes qui se font parents-militants pour une cause commune, la famille, un groupe, une idéologie...

    Dans tout ce champ règne la compétition, le spectaculaire, la conformité y compris dans la mode et le modernisme. Il arrive aussi que l’enfant ne soit qu’un des critères d’une cause parentale dans leur réalisation. Il est donc simple objet instrumental. On ne parle pas de relation avec un objet mais d’usage.

    - La dégradation - Tout ce qui précède peut y mener mais reste très différent en général. Dans une relation parent-dominateur enfant-victime, il s’agit pour les parents de corriger l’enfant et ses erreurs. Il est considéré comme un être incomplet, brut peu sensé, maladroit. Il s’agit de redresser tout ça et de le discipliner. D’un "sauvage" il faut faire un civilisé et pour cela lui apprendre à se taire, à ne pas remuer, à "prendre conscience" de ses insuffisances et de la nécessité d’y remédier. Ces parents se plaignent toujours de l’ingratitude de leurs enfants, pour "tout ce qu’ils font pour eux". Ils les culpabilisent sans cesse. C’est de leur faute si... Le chantage affectif ou la menace sont des instruments efficaces pour maintenir la relation. L’enfant apprend très vite son rôle de victime et à subir. Il se sent fautif (plus ou moins consciemment), coupable, et en particulier de ses sentiments agressifs, de ses désirs aussi. Lorsqu’il les manifeste, il ne manque pas d’être "justement châtié". On lui a bien sûr expliqué l’adage "qui aime bien châtie bien". Comment peut-il être aussi mauvais pour ne pas aimer ceux qui l’aiment autant. Il est inutile de décrire la multitude des pratiques plus ou moins subtiles qui ont fait bien des romans. L’importance est de rappeler que tout cela se passe dans la souffrance des parents aussi et dans la plus grande inconscience.

    La relation inverse est aussi fréquente. L’enfant est dominateur de ses parents. C’est lui cette fois qui se plaint, critique, est souvent malade en tout cas, culpabilise et même menace ses parents. La culpabilité des parents est bien facile à manipuler pour des enfants. Depuis celui qui ne veut manger que sous condition jusqu’à celui qui a des mauvaises notes pour punir ses parents qui voudraient tant avoir un enfant premier en classe. Beaucoup d’enfants déjouant ainsi sans cesse les ambitions de leurs parents qui eux aussi ne cessent d’essayer de les satisfaire et de les aider. Ces relations durent quelque-fois toute la vie...

    Dominateurs-dominateurs, ou victimes-victimes sont des alliances classiques aussi, en particulier dans des situations difficiles de misère physique, économique, mais aussi bien intellectuelle, spirituelle, mentale. La souffrance des uns amène celle des autres, que ce soit sous des apparences de soumission ou de révolte. En tout cas l’autre, parent ou enfant, peut être de trop, ou ne pas donner ce que l’on en attend.

    - Involution - C’est un autre monde où l’enfant ENFANT est "privilégié", protégé, nourri, sécurisé. Il est dans une relation de dépendance affective, physique très grande des parents maternants.

    Elevé "dans du coton" il est considéré comme un être faible, une personne miniature auquel d’ailleurs on fait jouer quelquefois "au grand". Il sais bien qu’il a intérêt, pour plaire à ses parents, à bêtifier et ne pas confondre ses jeux avec la réalité. Il doit manifester sa dépendance et en tire bien des profits d’enfant gâté. C’est un enfant qui ne prend pas de risques à sortir du domaine familial, où il a tout pour lui. Ces parents sont pleins d’attentions pour lui et veillent bien à lui éviter les désagréments de la vie. C’est ce en quoi consiste l’éducation. Eviter le contact avec les choses dangereuses ou mauvaises, on maintient ainsi l’ignorance et les croyances au "père noël". Distribuer nourriture, douceurs, bon conseils, affection, le tout gratuitement. Les bons parents maternants cherchent ainsi à se faire aimer, et dans cette relation, réussissent à obtenir en échange un enfant "infantile" à souhait en particulier dans ses imitations d’adultes.

    L’inverse Enfant-MATERNANT et parent-ENFANT est aussi très classique. Les parents "font l’enfant" et se font protéger par l’enfant-MATERNANT qui est aux petits soins pour eux. L’enfant est "très sage et très avancé pour son âge", il rit gentiment aux jeux des parents et ainsi les gratifie. "On voit bien qu’il comprend tout". L’enfant est toujours attentif à rendre service et à prévenir les désirs de ses parents qui ont d’ailleurs de plus en plus d’attentes de bons soins. Ils songent d’ailleurs très vite à prendre leur retraite avec de tels "bons enfants". Les relations symétriques sont bien fréquentes dans ce champ, soit dans la relation ENFANT-ENFANT où on joue ensemble à parent-enfant, mais pas vraiment "pour de vrai". C’est possible dans l’imaginaire protégé des réalités. C’est aussi plein de plaisirs et de jouissances. Les relations MATERNANT-MATERNANT font des situations où bon parent, bon enfant vont ensemble dans le partage des "responsabilités" familiales. On s’en gratifie en restant tous ensemble. Il est bien difficile de sortir du milieu familial à moins d’en reconstruire un bien vite, équivalent.

    - Accomplissement - La relation est principalement d’un seul type dans le rôle parental tant que l’enfant n’est pas devenu adulte. Dans la relation les parents occupent la position MAITRE, les enfants la position PRATIQUANT.

    La maîtrise des parents vient de la connaissance d’eux-mêmes notamment dans l’élucidation de leur propre croissance. De ce fait il peuvent accompagner l’enfant PRATIQUANT dans son développement. Les parents sont serviteurs, disponibles mais la disponibilité n’est que leur fonctionnement normal. Ils donnent Sens à leurs enfants, ce qui est leur véritable rôle. Ce don du Sens dans la nourriture comme dans tous les domaines n’implique pas automatiquement prise de Sens par l’enfant. C’est la question du respect de l’autre. L’enfant PRATIQUANT fréquente (en général) ses parents MAITRES et leur univers de vie. Il en fait ainsi l’expérience dans laquelle ses parents peuvent ne plus être dans leur champ de maîtrise, ce qui peut justifier d’autres MAITRES.

    Les parents servent à l’enfant à s’expérimenter dans la vie. C’est pour cela que le modèle familial a tant d’importance et peut poser des problèmes de dépendance lorsqu’il n’est pas bien conscient de ces liens.

    Le rôle des parents MAITRES est à la fois de proposer un environnement et des pratiques de vie à l’enfant. Celui-ci pratique tout cela et les expériences qu’il en fait sont "consenties" par ses parents. C’est comme cela que le monde devient réalité, qu’il devient un individu distinct dans ces réalités mais aussi dans la conscience de son Sens, la connaissance de lui-même. C’est comme cela aussi qu’il peut établir des relations à autrui considéré comme différent , distinct et comme sujet. Le terme "adulte" peut caractériser le passage à sa propre maîtrise où cesse la relation complémentaire et le rôle des parents. Ne cesse pas pour autant leur maîtrise qui n’a jamais été que d’eux-mêmes et non celle des autres fussent-ils leurs enfants.

    D’autres relations PRATIQUANT-PRATIQUANT sont possibles mais cette fois dans des disciplines communes où les parents cessent de l’être pour devenir condisciples.

    Les relations MAITRE-MAITRE ne peuvent être qu’entre adultes et, s’il s’agit d’une filiation dans une maîtrise, telle qu’elle exclue l’activation de la relation complémentaire.

    Dans ce champ le rôle de parent s’assume pleinement dans l’autonomie des uns et des autres, ce qui va ici ensemble.

    c) Les relations de couples : jeux d’identités sexuelles

    La relation au partenaire, conjoint notamment repose dans sa dominance sur un jeu d’identités que l’on peut situer dans l’un ou l’autre champ. Selon le cas cela donne des perspectives toutes différentes de la relation sous des apparences quelques fois proches. Sont en question les rôles exercés hommes-femmes et les relations sexuelles. La présence de l’enfant peut être envisagée cette fois d’une autre manière selon son rôle dans la relation de couple.

    - Conquête- Ce terme fait penser à l’idée de conquête féminine ou masculine et à l’image du séducteur ou de la séductrice. Il faut préciser d’emblée qu’elles correspondent plutôt au champ centré sur l’axe "extériorisation", décrit dans un prochain chapitre. Envisageons les différents jeux d’identités :

    En relation complémentaire il y a relation d’admiration du "militant" pour la "vedette". "La femme "vedette" l’est par son identification à une cause qui est souvent "La FEMME". C’est en fait son identification au modèle féminin idéal qui la fait vedette selon les critères particuliers de chaque relation. Malgré tout, la conformité aux canons culturels de la mode et de la beauté (esthétique) est un atout particulier pour "conquérir" des militants masculins à cette cause qu’elle représente. Ces critères ne sont d’ailleurs pas uniquement esthétiques, ils sont aussi d’attitudes, de comportements, d’expressions. Dans ce champ, phallique, priment cependant les critères esthétiques pour une femme et quelques fois des comportements considérés dans notre culture comme plutôt masculin. L’homme, militant, se consacre à sa partenaire en contribuant autant que possible à son élection. Il fait partie de ses admirateurs. L’inverse, homme vedette, femme militante est aussi classique avec comme cause celle de "l’homme viril" ou "l’homme moderne" avec la panoplie de ses attributs culturels. Dans ces relations le couple est nettement dissymétrique et on en trouve des illustrations dans toute la mythologie occidentale, aussi bien contemporaine, du partenaire dévoué à la "cause" que représente l’autre.

    Les jeux d’identification font des relations sexuelles quelques chose d’ambivalent. On insiste volontiers dans ce champ sur le caractère bisexuel des individus. En effet, on est dans ce qu’on pourrait appeler une "sexualité formelle" ou la chose prime sur le Sens, plus par ses signes que par son vécu. Une des figures particulièrement significative en est le donjuanisme. Derrière chaque femme, Don Juan cherche la femme idéale. Chacune en particulier est un signe de celle là, un élément de la cause ou la femme idéale est LA FEMME en général. Celle qu’il a conquis s’en fait militante en contribuant à cette cause. Ce faisant elle est objet dans une relation d’objets.

    Dans cette relation complémentaire, l’enfant est un signe pour la "vedette" de son image. C’est un représentant de lui-même et presque ainsi son double. Ce qui en fera un rival. Il deviendra instrument de représentation de soi sans qu’il ait beaucoup loisir d’exprimer sa propre personnalité. Pour le militant l’enfant est signe de reconnaissance par l’autre. Il en fera ce que l’autre en attend et l’enfant deviendra l’objet de son militantisme. Il faudra qu’il devienne "comme son père ou comme sa mère", selon celui qui tient la vedette. Tant pis pour son propre sexe.

    Les relations militants-militants se conçoivent sur une cause commune. Cela peut être "le couple", "la famille" ou tout autre cause idéologique ou professionnelle. C’est une relation d’association fondée uniquement sur la conformité de chacun à son rôle dans la cause. Lorsque celle-ci est le "couple" la relation tendra en tout point à se conformer à la représentation que les partenaires se font du bon couple. Là aussi on peut parler de sexualité formelle dans la mesure où le rapport à l’autre n’est fondé que sur son rôle dans la cause commune. Si cette dernière limite les relations sexuelles , il n’y en aura peu ; si elle en fait un critère de modernité, les partenaires vont se jeter sur tous les modèles et techniques de la sexualité. L’enfant dans ce couple d’associé ne peut être qu’un produit selon les critères de la cause. Il devra être éduqué comme tel ce qui peut en faire éventuellement la vedette du couple. Cela dépend uniquement de cette cause et de la présence éventuelle de l’enfant. Si celle-ci, dans le modèle bourgeois, par exemple limite le nombre d’enfant à 1 ou 2 (peu importe le chiffre) c’est ce que l’on tendra à produire en conformité aux règles du militantisme.

    Le couple idéal, l’homme idéal, la femme idéale sont les trois "causes" les plus fréquentes dans ce champ et fondent selon les canons culturels ses relations caractéristiques. De ce fait, c’est celui où, même derrière les modernismes progressistes, persiste le plus grand conservatisme. C’est aussi celui, où les "causes idéales" définissent les règles de fonctionnement qui font les morales et le droit. Le jeu relationnel est essentiellement un jeu d’images, images de soi et de la cause de l’autre. C’est en fait un jeu de relations a-sexuées derrière des jeux de rôles conformes aux images culturelles de l’un et l’autre sexe.

    Dégradation - Dans ce champ se retrouvent beaucoup de relations de couple. On peut y repérer les cas spectaculaires de partenaires qui se déchirent à grand renfort de cris et de vociférations, on peut aussi y rencontrer les relations destructrices qui se dissimulent sous des apparences bien calmes. Y dominent en outre le large champ de l’amour passion et des relations que la littérature donne comme modèles. Possession, violence, dévoration, ponctuent les relations de couple. Le dernier terme peut étonner mais il a sa place ici comme processus de capture.

    Dans les jeux d’identités il est intéressant de souligner quelques représentations classiques des différents personnages.

    Comme dominateurs figurent le macho, tyran domestique dénoncé par tous les discours féministes, figurant aussi des hommes-victimes, les précédents où d’autres qui se présentent sous des visages misérables, malades, de malchanceux qui culpabilisent et dévorent leurs partenaires femmes. Les femmes fatales, vamps ou autres sirènes rejoignent comme dominatrice les mégères mais aussi celles qui arborent leurs insuffisances, incapacités, faiblesses, pour mieux prendre au piège l’homme victime de ses propres culpabilités.

    Ces rapports dominateurs-victimes prennent donc des visages bien différents où se manifestent aussi bien des signes hypersexuels que peu sexués. Ils vont avec frigidités et impuissances dans leurs expressions directes ou inversées. Les relations sado-masochistes en sont des caricatures, mais sont aussi fréquentes celles ou les visages de victimes cachent la position inverse.

    Dans les relations complémentaires hétérosexuelles de ce champ, l’enfant détient le rôle privilégié d’être l’instrument de l’agression ou de la culpabilisation de la victime. Il devient lui-même dominateur ou victime selon le cas, mais le résultat est le même. Elevé comme instrument de chantage affectif il ne peut pas en sortir indemne. Pour le couple il représentait dès sa naissance l’enfant non désiré que la victime assume ou celui désiré dont il lui sera fait reproche. C’est le cas par exemple de l’enfant dont le dominateur ou la dominatrice se plaint en le désignant comme celui de l’autre . C’est un jeu dont on peut sourire par sa banalité mais bien réel dans son Sens.

    Dans la relation complémentaire, la femme victime ou l’homme victime, peuvent apparaître comme provocateurs. Ce sera souvent eux que la rumeur publique désignera comme responsables de l’échec ou des difficultés d’un couple et les "bonnes âmes" s’allieront volontiers au véritable dominateur. Les silences réprobateurs, douleurs muettes, pudeurs froissées désignent plus facilement le coupable que ses réactions revendicatrices ou provocantes.

    Les relations symétriques, dans ce champ, sont elles aussi fréquentes. Dans la relation dominateur-dominateur, l’un et l’autre se plaint ou accuse. Il est de ces couples qui n’en finissent pas de s’agresser, de façon démonstrative ou subtile et dont la stabilité étonne toujours l’entourage. Madame trouve qu’il ne l’aide pas beaucoup, qu’elle a trop de travail, lui qu’il a trop de soucis, qu’il est fatigué et que ces plaintes l’épuisent. Chacun d’entre eux ne va jamais plus loin qu’il ne faut pour que l’autre puisse continuer le même jeu. Ils s’expriment en fait mutuellement dans un harcèlement autodestructeur. L’enfant est considéré par les deux comme "la tuile" ou une lourde charge, ou encore comme ne donnant pas beaucoup de satisfactions. Il paiera par une position de victime le prix de la relation de ses parents. Dans les périodes où tout le monde a tendance à se plaindre, cela produit beaucoup d’enfants-victimes.

    L’autre relation symétrique victime-victime est celle de ces couples "méritants" qui font toujours bonne figure. Ils se disent mutuellement se sentir bien, autonome, sans problèmes que mineurs, alors qu’ils souffrent de solitude, de frustration, d’insatisfaction. Ils ne peuvent ainsi demander l’aide qu’ils voudraient de l’autre qu’ils n’osent solliciter dans la faiblesse qu’ils devinent sous les attitudes maîtrisées. Cela s’enferme dans les silences et la solitude dissimulées sous des apparences plutôt satisfaisantes. L’enfant y sera considéré comme bien venu alors que chacun le vit comme une charge sinon un concurrent. De ce fait il fera l’objet d’attentions extrêmes de part et d’autres à la mesure de la culpabilité inconsciente qu’éprouve l’un et l’autre pour leur véritable sentiment. Cela fera un enfant tyran, couvé par ses parents, qui saura très vite jouer sur les cordes sensibles, sur ce qui met en échec le "tout va bien" des parents entre eux et pour lui. Il expérimentera la position complémentaire de celle de ses parents en tant que dominateur. Ces parents "exemplaires" que le sort accable et qui souvent tiennent le coup, font aussi partie de la littérature. C’est aussi le cas de tous ces amants contre qui le sort s’acharne sous les visages de la société, de la malchance, de la loi. Ils se disent forts et contribuent mutuellement à leur roman qui sert d’idéal ou de repoussoir. Si les chants désespérés sont les plus beaux, s’explique le succès particulier des oeuvres qui décrivent ces relations et dévoilent les souffrances qui les accompagnent.

    La passion mutuelle jamais satisfaite, exigeante ou idéale, silencieuse ou bruyante, correspond bien aux deux relations symétriques selon que chacun dans le couple affiche ou cache sa douleur. Les passions non partagées participent elles de relations complémentaires où l’amoureux est dominateur ou victime selon qu’il se plaint ou accuse ou demande et cache sa peine.

    Involution - Les situations de ce champ protégées, en sécurité, confortables, de plaisir ou de rêve favorisent des jeux d’identité de PARENTS et ENFANTS. Le couple reproduit le milieu familial de l’enfance, la chaleur maternelle, l’inconscience et l’insouciance des premières années. De ce fait, bien souvent, la relation de couple, la famille, reconstituent ce climat.

    La femme se fait volontiers mère de famille et son partenaire enfant. Des hommes ENFANTS pris en charge par leur femme MATERNANTE qui en assure le confort, la nourriture, les plaisirs ; cela correspond au modèle le plus banal du fonctionnement du couple conjugal. Le mari "bricole" ce qui rend désuet son rôle, ou encore joue de maladresse dans des tâches ménagère où "il ne sait pas se débrouiller seul". Il est inutile de plaindre l’un ou l’autre dans cette relation où ils trouvent chacun la présence sécurisante de l’autre, ce qu’ils attendent.

    L’inverse avec l’homme MATERNANT et la femme ENFANT correspond à ce que cette dernière association des termes laisse prévoir. L’homme est un père bien maternant pour sa partenaire "petite fille" qui se joue comme immature. L’homme la prend en charge, la protège, en est le nourricier, c’est lui aussi qui lui apprend les choses de la vie, où il la conduit par la main en lui passant ses fantaisies. Voilà encore une relation courante.

    Dans les deux cas de ces relations complémentaires, l’enfant est le compagnon de l’ENFANT. On voit le père de famille et ses enfants maternés par son épouse ou encore la mère de famille et ses enfants protégés, guidés par son conjoint MATERNANT. Cette relation complémentaire favorise l’installation dans des situations confortables et l’importance primordiale de la "maison", des amis, des petites habitudes tranquilles. Beaucoup de couples s’installent dans de telles relations extérieures du champ de la conquête. Les deux sont en contradiction et seule la "retraite" peut en venir à bout.

    L’enfant dans ce champ "fait partie" du couple. L’ensemble familial est communautaire, il ne se sépare pas. De ce fait l’enfant se fera ENFANT comme son parent ENFANT, et on assistera, ce qui peut être étonnant, au fait que l’enfant imite son parent justement dans ce qu’il a d’infantile. C’est ainsi qu’il peut obtenir l’affection et tous les plaisirs venant de son parent MATERNANT. Ce n’est pas pour favoriser un développement harmonieux et surtout pour l’autonomisation qui lui serait nécessaire. Cela fera quelqu’un de très sympathique mais très dépendant affectivement ou même pour assumer on existence propre. La reproduction du modèle parental en sera une voie de solution.

    Les relations MATERNANT-MATERNANT sont possibles entre hommes et femmes. C’est par exemple le cas lorsque l’un et l’autre se placent dans des situations ou quelqu’un joue le rôle ENFANT. C’est le cas dans beaucoup d’institutions, familles, associations, écoles, assistanats divers. L’un et l’autre dans leur relation propre, peuvent alors se reconnaître comme Maternants par leurs mérites, leur sympathie mutuelle. C’est le cas en particulier de relations d’amitié homme-femme dont le couple peut être alors très stable dans une relative indifférenciation sexuelle. L’enfant qui viendrait dans un couple de ce type, éventuellement adopté d’ailleurs, ferait le "ciment" du couple. C’est par son rôle ENFANT et commun qu’il assure cette fonction en devenant le centre d’attention principal sur lequel chacun exerce sa générosité, sa protection, son affection. Les velléités d’indépendance de l’enfant risquent cependant de briser ce ciment. Il apprendra encore son rôle d’ENFANT comme nécessaire à l’obtention des bienfaits parentaux.

    Le dernier type de relation ENFANT-ENFANT se conçoit plus pour des couples dont l’engagement mutuel est faible au delà de ses aspects confortables, ludiques, sensuels. Ces couples, où les sexes sont peu différenciés dans leur rôle véritable se retrouvent sous la protection d’une instance maternante, les parents de l’un ou l’autre, ou encore une personne ou une institution qui les prend en charge. C’est alors une mise en commun des satisfactions et des éléments de confort et de sécurité pour faire obstacle à la solitude. L’enfant n’a guère de place dans ce couple sinon comme partenaire de jeu, de plaisir. On l’élèvera de façon très naturelle, mais il servira en même temps de jouet. C’est l’enfant-poupée de sa mère et de son père au nom de l’attention et l’affection "naturelle" qui doivent leur être portés. Plus tard l’enfant peut devenir MATERNANT en se reconnaissant source de plaisir et de sécurisation pour ses parents ENFANTS, il apparaîtra d’une maturité précoce. C’est ce qu’on attend véritablement de lui comme adulte miniature.

    Dans tout ce champ dominent dans les jeux d’identités les images classiques de bonne mère, du bon père, d’enfant faible, sans possibilités propres ou au contraire d’adulte miniature et aussi d’homme-garçon de femme-fille, l’un et l’autre ENFANT. Au delà de ces apparentes spécifications sexuelles réside une grande indifférenciation. La relation fusionnelle qui est en jeu évite ces distinctions et que la position soit haute ou basse, elle est tout aussi immature. Elle apporte cependant en contre partie beaucoup de plaisir et de sécurité ce qui en fait une des tendances majeures de la bonne image de couple Homme-Femme, compte tenu de ses variantes et de l’évitement qu’elle permet. Tant que n’intervient pas la "dure réalité" tout reste serein et sans problèmes en toutes circonstances.

    Accomplissement - Entre la relation confortable indifférenciée de l’involution et la relation plus dynamique a-sexuée de la conquête, le champ de la dégradation donnait notamment une dramatisation de la relation sexuée dans l’amour passion ou les violences et souffrances sexuelles. Le champ de l’accomplissement de la personnalité, est celui de l’accomplissement véritable de la relation sexuée homme-femme.

    Il est à la fois essentiel pour cette relation et en même temps peu envisagé dans notre contexte culturel. L’examen dans leurs principes comme dans leur quotidienneté de ce que peuvent être ces relations dans les différents jeux d’identités mérite attention.

    Après l’indifférenciation fusionnelle, les confusions ou oppositions puis les distinctions formelles des trois autres champs, il faut envisager ce que sont dans leur spécificité les tendances sexuées dans ce dernier champ. (observation : la théorie du cohéenciel a beaucoup apporté à cette question)

    Le Sens de l’accomplissement, de conscience du Sens des réalités suppose une tendance à l’élucidation des distinctions. Ce que nous avons posé comme domaine d’intérêt, c’est celui du couple et donc uniquement ce qui correspond à la relation spécifiquement sexuée, et non à ce qui en est tout à fait indépendant comme le fait de pratiquer la même discipline, d’avoir la même maîtrise où le même art ou de mener une oeuvre sociale ou matérielle commune. Ce n’est pas qu’alors les sexes s’effacent mais qu’ils ne spécifient plus la relation. Un homme comme une femme peuvent avoir alors des qualités dites culturellement féminines ou masculines.

    La relation étant d’accomplissement, il est important de voir en quoi elle l’est. Dans ce champ la relation à l’autre est de conSensus tendant à s’élucider comme prise de conscience de son propre Sens. De ce fait le partenaire sexuel vient pour donner conSensus sur une réalité commune où il est irremplaçable. Cette réalité se manifeste dans l’acte sexuel et dans sa fécondité. Ce dont il peut être pris conscience dans ce conSensus, c’est de sa propre réalité, sexuée, c’est-à-dire distincte, différente, et de son Sens particulier, virilité ou féminité. C’est-à-dire malgré cette différence, de la plénitude de sa personne. On peut être séparé de l’autre, distinct et entier quand même sans avoir besoin de fusion, d’identité, ou d’opposition conflictuelle dans les autres champs. De ce fait chacun est pour l’autre l’espace qu’il n’est pas mais en plus l’espace du conSensus sur sa propre existence, complète par la jouissance, jouissance d’être et son fruit l’enfant.

    La tendance spécifiquement féminine est de se manifester comme matrice, espace, qui donne réalité, à la virilité masculine et corps à l’enfant. Celle spécifiquement masculine est de se manifester comme fécondante donnant Sens à la féminité et vie à ce qui prendra corps comme embryon. De ce fait et dans cette relation la femme peut être plus spécifiquement attentive au corps, à l’espace, aux réalités matérielles, l’homme plus spécifiquement, à l’esprit et aux réalités spirituelles.

    Examinons maintenant plus particulièrement les différents jeux d’identité :

    La relation PRATIQUANT-PRATIQUANT est celle d’une communion, d’un exercice commun de la sexualité, de ce fait d’un apprentissage et d’une émulation fondée sur l’attirance des sexes mais aussi la réactivant facilitant ainsi son élucidation. Ces pratiques entre partenaires sexuels se placent sur l’axe NON-ETRE où c’est dans l’autre que se cherche son propre Sens.

    L’enfant né d’une relation de PRATIQUANTS peut apparaître comme un fruit accidentel dans la mesure ou ce n’est pas en MAITRISE qu’il a été conçu. Cependant il prend Sens dans le conSensus qui en a été l’origine même s’il n’était pas conscient. Il a ainsi toutes les chances d’être aimé pour ce qu’il est comme fruit que par ce qu’il représente comme manque. Cette relation PRATIQUANT-PRATIQUANT est probablement celle qui justifie le plus la stabilité de la constitution d’un couple s’instituant comme conjugal, et dont le Sens est la pratique commune.

    Les relations Maîtres-pratiquant maintenant. Il faudrait que le domaine de la maîtrise de l’un et de la pratique de l’autre soit justement la sexualité (ou relation sexuée). Le maître en ferait profession, l’autre exercice. Ce que l’on sait néanmoins, c’est que chaque fois qu’il y a une relation maître-pratiquant il ne peut être question de production autre que celle du pratiquant lui-même par sa pratique. Ce ne peut donc être une relation génératrice d’enfant en elle-même, dans ce champ bien sûr.

    La relation Maître-Maître est celle de partenaires ayant la maîtrise de leur personnalité sexuelle. Ils n’ont pas de ce fait besoin de l’exercer mais cet exercice peut se faire visant la production de l’enfant. La relation ne se déroule plus comme pratique conjointe mais comme productrice de conception commune. La relation sexuelle ne se conçoit plus alors que comme génératrice. Ce faisant elle contribue néanmoins dans son accomplissement, c’est-à-dire la génération, à l’extension du champ de maîtrise de chacun. Ainsi, paradoxalement peut être, c’est lorsque la relation de couple sexuée devient de maîtrise qu’elle se réduit dans son fonctionnement à cette génération. C’est ce qui est peu compréhensible lorsqu’on n’est pas soi-même maître. C’est d’ailleurs vrai de toutes autres maîtrises que l’on n’a pas. Cependant cette maîtrise est certainement une des plus profondes et des plus achevées qui puisse être avec en même temps son caractère exceptionnel. L’’enfant qui peut en être issu est placé dans une situation où il est complètement distinct du couple tout en en étant le fruit. C’est ce que les différentes voies de l’accomplissement personnel tendent sans doute à reconstituer pour soi-même.

    d) Les relations commerciales - la vente



    Le domaine est tout autre que ceux plus impliquants des relations de couple ou parent-enfant. On l’examinera au travers des différents types de relations et du rôle particulier des éléments que sont le prix, le produit et le contrat.

    La conquête - C’est l’un des champs porteur de beaucoup de stéréotypes et de pratiques commerciales. Le dynamisme, certaine agressivité, mais surtout les caractères spectaculaires et objectivistes dominent. Il faut montrer, valoriser, mesurer, conquérir, les clients, le marché ou ... le produit. La monnaie est la mesure du prix, terme du contrat avec le produit.

    Dans ce champ la référence centrale est la cause, le contrat une expression, le produit un critère, le prix une mesure. Autour de cela se jouent les relations. Il s’agit de savoir qui est l’autre et quelle est la cause.

    Si l’acheteur est "chef vedette" le produit pour lui se définit comme signe de son identité (identité à la cause). De ce fait le produit n’existe que selon les signes qu’il donne, qui doivent être les meilleurs selon les critères de la cause. Celui qui est le meilleur, le premier, c’est le client et c’est pour cela que le produit est présenté comme le meilleur selon les critères du client.

    Le vendeur milite pour la cause, c’est-à-dire qu’il la défend, argumente, s’accroche, se dévoue presque pour le produit. S’il le fait selon les bons critères, ceux du client, le produit aura du prix pour lui, le contrat sera le signe de l’accord formel, accord sur la relation dont il est la sanction.

    Il faut souligner que le produit n’intervient là que comme support des représentations de la cause et non en tant que tel. Inutile de parler de son utilisation si cela fait partie des bons critères pour le client. Celui-ci "reconnaît" le vendeur militant par le contrat. Le problème pour ce dernier est de ne pas confondre la cause du client avec n’importe quelle autre, la sienne ou celle de l’entreprise qu’il représente. Cette situation est incompatible avec les fonctions de représentant.

    Ces dernières au contraire interviennent lorsque le client est militant d’une cause que le produit représente. Le vendeur peut être vedette et s’identifie alors à la cause, le produit en étant une expression ou un instrument, un moyen d’appartenance. Il peut alors représenter la cause en la décrivant comme belle grande et gratifiante. Acheter le produit pour le client militant c’est adhérer à la cause. Le prix est ce qu’il est disposé à payer pour adhérer et être reconnu. Le vendeur y consent en lui présentant le produit et ses valeurs. Le client est acheteur et se consacre activement à l’établissement du contrat et l’acquisition du produit qui est cette fois signe d’appartenance. Le vendeur comme vedette ne doit pas se présenter comme solliciteur, mais comme présentateur dominant son sujet. Il fait acheter mais ne vend pas, n’argumente pas mais présente. Les critères de la cause doivent cependant toujours être ceux qui correspondent au client du produit et donc de celle de la relation établie.

    Les relations militants-militants consistent pour le vendeur et le client à militer dans leur rôle spécifique pour une cause commune que le produit représente, le vendre pour l’un, l’acheter pour l’autre, constituent le moyen d’être reconnu dans leur identité. La cause commune peut être l’entreprise, de l’un ou de l’autre, ou une idéologie, une activité, une entité quelconque. Le produit se définit encore comme le représentant de cette cause mais plus favorablement comme outil pour y accéder.

    Dans tous les cas la vedette "possède" la cause et le client vedette achète pour posséder ; le militant au contraire tend à y accéder et le produit en est un moyen, le prix en est dans les deux cas la mesure ; le contrat, la sanction. Dans tous les cas, le produit se présente selon les critères de la cause et ne se définit pas en lui-même, la cause dépend toujours du client. L’art du vendeur consiste à conduire la communication de manière à déplacer le client dans son identité favorite sur la bonne cause et d’y situer le produit par des images et des éléments de valeurs et de mesure. C’est toujours "objectivement" un bon produit.

    La dégradation - On y trouvera la vente "coup de poing" ou au contraire vécue comme prostitution. La relation commerciale est considérée comme mauvaise, perverse. En tout cas, elle est mal vécue.


    Le client peut être dominateur et le vendeur demandeur se faire victime. Le premier tendra à se plaindre de la mauvaise qualité du produit et le vendeur victime n’arrivera jamais à être convaincant. C’est pour cela qu’il vendra, parce que le client veut et aura le dernier mot. Si le vendeur se veut le plus fort il sera encore plus victime par l’échec de la transaction. S’il se soumet, il vendra, avec quelques difficultés toujours, mais sera payé de l’identité qu’il permet à son client. Le produit représente l’instrument de domination du client, c’est donc pour ses insuffisances possibles qu’il sera acheté, comme moyen de pression, de menace, de culpabilisation. C’est souvent le moins cher qui est alors acheté.

    L’inverse est le cas du client victime (c’est fréquent aussi) avec le vendeur dominateur. Celui-ci tend à dévaloriser son client, le culpabiliser en insistant sur ses insuffisances. Le produit représente ses manques. C’est le cas où il en éprouve fortement le besoin. Le vendeur présente le produit comme une tentation afin de combler le manque ou d’éviter l’angoisse ou le malaise (ne serait ce que par son attitude). Le client achète, cher, pour se débarrasser de son malaise (besoin, culpabilité, etc...) et reste ainsi victime. Il se fait bien souvent avoir, ce qui fait le plaisir de bien des vendeurs.

    La relation dominateur-dominateur correspond à une relation de critique mutuelle dont le produit, le contrat, le prix sont l’enjeu. Le produit représente cependant pour le client un instrument de pouvoir sur quelque victime de son entourage. Le vendeur dans cette relation présentera son produit par les inconvénients qu’il y aurait à ce qu’il le vende à son client qui énonce les inconvénients qu’il aurait à le lui acheter. C’est comme cela que la vente se conclue comme un pacte dont quelque tiers sera victime, peut être les entreprises qui les emploient, quelque collaborateur ou personne proche.

    Les relations victimes-victimes correspondent de manière favorite à la commercialisation de mauvais produits. L’un comme l’autre, du vendeur et de son client, les déclare bons, pas chers, avantageux... les deux se font victimes de leurs mensonges bienveillants. Le client mal servi, le vendeur mal payé ou victime de difficultés diverses. Il peut y avoir quelque part quelques dominateurs qui les exploitent l’un et l’autre.

    Le produit est toujours instrument de domination, de maîtrise au Sens de contrainte. Il est aussi fonctionnellement imparfait (d’autant plus que le contraire est dit). Le prix est, soit très élevé, soit très faible. Le contrat est en général peu clair, mal formalisé, source de contestation.

    L’important pour le vendeur pour conduire sa relation s’il n’en a pas le choix, est d’être clair sur ce qui se passe au-delà de toutes les dissimulations de ce champ.

    L’involution - Les deux premiers correspondent à l’essentiel des représentations habituelles de la vente qui y sont déjà bien différenciées. Dans le champ de l’involution on peut situer d’autres pratiques qui existent aussi. Elles se fondent plus sur le plaisir, le confort, la sécurité, que le produit représente et déterminées par la relation. La sympathie l’amitié même, mais aussi la bonne table, font partie de la vente. Les sentiments, les attentions, les cadeaux comptent beaucoup plus quelquefois que les réalités. De ce fait les concrétisations se font attendre, les contrats sont très informels, le prix n’est pas la mesure du produit mais une sorte de paiement du vendeur pour sa relation.

    Le vendeur peut être maternant et le client enfant. Le vendeur invite son client, le soigne bien, l’aide, lui porte conseil et lui évite les difficultés. Ce peut être le vendeur conseil. Le client considère cela comme normal et le reçoit avec plaisir. Acheter n’est malheureusement pas une décision mais ne peut être qu’une demande de satisfaction sans prix en échange. De ce fait c’est au vendeur de s’en occuper en évacuant au maximum les servitudes ou les problèmes d’intendance. A cette condition le client acceptera comme un jouet, une nourriture, une sécurité, le produit qui lui est ainsi confié. La relation inverse se déroule aussi avec un client maternant et un vendeur enfant. Si celui-ci lui demande de bien vouloir lui acheter pour lui faire plaisir, lui éviter des ennuis, l’autre le fera avec force conseils pour lui rendre service. Il ne faut pas non plus trop insister et passer pour victime ce qui changerait de champ et de position. Le client Maternant invite le vendeur, le reçoit bien, l’aide à faire son travail. Le vendeur remercie. Le MATERNANT qui a déjà pris le produit risque d’oublier en plus de le payer. C’est l’inconvénient de cette relation bien facile mais qui ne se concrétise pas aussi facilement.

    Les relations MATERNANT-MATERNANT consistent à se pencher avec attention sur le sujet qui peut être le produit ou tout autre chose. C’est à titre de bonne résolution mutuelle qu’une vente peut être envisagée. On peut parler de la pluie et du beau temps et, si le vendeur arrive à y placer son produit, toujours par des aspects pertinents dans ce champ, il a quelque chance de le vendre en étant payé en échange.

    La relation ENFANT-ENFANT est possible en faisant du produit l’enjeu d’une satisfaction immédiate à laquelle le vendeur participe éventuellement. Le contrat et le prix sanctionnant, la vente restant encore dans le flou. C’est toujours en présentant non pas les réalités mais les avantages de plaisir, de confort, de sécurité que le produit peut être acheté dans ce champ. Il l’est toujours pour la qualité de la relation plus que pour sa valeur intrinsèque ou son intérêt. Le prix est toujours un obstacle, comme le contrat. Il faut qu’il soit aussi placé dans la relation comme instrument de plaisir, de sécurité en évitant tout ce que cela a de formel. Un MATERNANT paiera s’il est assez riche et verra cela comme une sorte de don de sa part indépendant du produit. Un ENFANT paiera par jeu, insouciance, ou pour être tranquille, mais toujours plus pour la relation que pour le produit.

    L’accomplissement - La relation commerciale est affaire de réalité et de Sens. Banalement cela consiste à traiter comme une même affaire les réalités du produit et des Sens dans la relation. Il n’y a plus d’écart entre ce qui est dit, montré et ce qui se passe dans la relation et dans la fonction du produit. La vente est l’établissement d’un conSensus clair dont les marques sont le contrat, le produit et le prix.

    Ce conSensus que la relation sert à établir porte sur les Sens du produit pour le client, c’est-à-dire ses fonctions quelqu’elles soient, pour lui-même, à partir des Sens (connaissance, savoir-faire, etc...) qui y ont été mis. La relation consiste à élucider tout cela pour clarifier le Sens du produit pour le client et donc le service qu’il en attend. Le prix est l’expression pour lui de ce service. Il n’y a pas ici de vérité objective des prix mais justesse, c’est-à-dire correspondance à l’usage.

    La seule référence ne se fonde que sur le bénéfice qu’en retire le client par cette relation. Le vendeur ne peut que proposer et faciliter ce conSensus. Pour ce faire il doit avoir la maîtrise de son produit, c’est-à-dire le Sens pour lui de ses réalités. Il ne peut se trouver qu’en position de MAITRE avec un client PRATIQUANT. Cela éclaire la relation commerciale qui consiste par sa maîtrise à proposer une démarche élucidatrice pour que cela prenne Sens pour son client. C’est celui-ci qui prend conscience, selon ce qu’il est lui-même, de ce que lui apporte comme Sens ce produit, c’est-à-dire comme service. C’est toujours une vente de service. Le prix payé par le pratiquant est une réalité homologue au produit, c’est-à-dire de même cohérence, celle du conSensus établi par la relation.

    Le service peut être de n’importe quelle nature, n’importe quel Sens, l’important est qu’il soit élucidé. La démarche d’analyse de la valeur qui consiste notamment à mettre en parallèle des fonctions et des coûts peut servir d’exemple à la conduite d’un tel processus.

    Les relations MAITRE-MAITRE ne peuvent être des relations commerciales. Elle sont de génération, de création mais pas d’échange de service ce qui les mettrait dans le cas précédent.

    Dans les relations pratiquant-pratiquant il ne peut y avoir d’autres transactions que de troc. En effet, les partenaires ne sont pas en situation de service, ce qui serait maîtrise mais de coactivation. Un bien s’évalue contre un bien équivalent selon une estimation intuitive ou une règle d’équivalence. Les biens échangés le sont par conSensus soit sur le produit, soit sur la règle. L’élucidation n’étant pas possible, le prix ne peut être évalué par négociation. La relation est limitée à l’expression mutuelle des besoins et l’échange dans des biens équivalents. Cela ne peut être considéré comme une pratique de vente courante dans notre contexte culturel, même s’il y aurait intérêt à penser ce que le développement de tels échanges présenterait comme avantages.

    D’une manière générale les pratiques de l’accomplissement ne sont possibles que si les deux partenaires y trouvent conSensus. Là comme dans les autres champs il importe pour celui qui conduit de repérer le champ dans lequel le client place son identité favorite pour la situation. Le fait de se placer dans un champ ou dans un type d’identité qui n’est pas compatible avec celui de l’autre fait l’impossibilité de la relation et encore plus de son aboutissement commercial. Tout produit peut prendre Sens dans l’un quelconque des champs, cependant ils peuvent plus favorablement correspondre à tel ou tel champ dans un univers culturel. De ce fait les relations commerciales seront plus favorablement de l’un ou l’autre type. Le fait d’étudier la cohérence d’un produit, son Sens dominant peut permettre de choisir l’orientation correspondante d’une politique commerciale et de certains types de relations commerciales avec leurs modalités spécifiques. Le moins efficace est la confusion des Sens qui limite la relation et disperse son fonctionnement dans un ajustement qui ne s’achève pas.

    e) Autres exemples d’application



    Nous allons toujours par le même procédé traiter quelques questions où les jeux d’identités interviennent aussi.

    e-1 - L’autorité.

    L’examen de cette question va consister à en préciser le Sens dans les quatre champs en l’illustrant en termes de jeux d’identités.

    La conquête - L’autorité est synonyme d’élection , elle est fonction de critères variables selon les lieux, donc les causes. Elle peut être de savoir, de diplôme, de grade, de place. Elle ne peut être que fonction de la reconnaissance qui lui est portée. L’autorité est ainsi constituée des signes qui font l’identité sociale. C’est ce qui fait que tout ce qui est institué fait autorité, a autorité sur son domaine. La condition en est d’avoir des militants. Cette autorité de chef-vedette-modèle ne s’exerce que sur des militants, de la même cause. Elle est nulle sur tous autres sauf sur d’autres causes, d’autres militants ou dans d’autres champ mais ça n’a plus le même Sens. Les signes de l’autorité selon les critères de la cause sont ce qui la définit. Les usurpations sont faciles puisque les apparences, mêmes très élaborées comptent seules. Celui qui a la casquette, a l’autorité pour ceux qui la respecte. Des autorités ne peuvent être que hiérarchisées sur la même cause, ce qui ramène à une, sinon il y a conflit et perte d’autorité dans ce champ.

    La dégradation - On rentre dans le domaine où l’autorité a des consonances désagréables. L’autorité, c’est ce que donne le pouvoir de sanctionner, de contraindre mais aussi ce qui s’impose comme inattaquable. C’est donc toujours une menace. Sa mise en cause est un danger encore plus grand si bien que cela réclame une autorité encore plus grande, d’où la sévérité et la rigueur toujours plus grande de ceux qui on déboulonné l’autorité précédente.
    L’autorité est l’apanage du dominateur quelles que soient ses variantes et même s’il n’en a pas les signes. L’autoritarisme n’est pas fonction des titres ou places. De même cette autorité ne se manifeste pas sous forme de menaces directes. L’autorité morale par exemple joue plus quelquefois des sentiments de culpabilités que de menaces formelles. Les victimes de l’autorité soit la subissent en silence, soit la provoquent, notamment par une opposition qui , la remettant en cause, la justifie d’autant plus à ses yeux. Les revendications renforcent l’autorité de ceux à qui elles s’adressent, ne serait-ce qu’en les reconnaissant comme détenteur du pouvoir de les satisfaire ou non. Des autorités de même force entrent toujours dans des jeux Dominateur-Dominateur. Les jeux d’autorité dans ce champ sont parmi les plus difficiles à déjouer dans la mesure où leurs justifications occultent toujours leur Sens véritable. Cela constitue souvent le piège dans lequel les victimes se prennent volontiers en s’installant dans la dépendance.

    L’involution - L’autorité est celle qui distribue des bienfaits, qui prend en charge et protège (de fait et non comme piège). L’autorité est ce à quoi on se confie. Elle représente la sûreté, la puissance nourricière, le conseil, la nourriture, l’aide et le soutien...Celui qui a l’autorité est celui sur lequel on peut se reposer en confiance. Ses critères sont donc de confiance fondée sur l’expérience (supposée) sur la prévenance et en tout cas sur la prise en charge. L’autorité qui s’occupe de tout est reconnue comme telle, de ce fait aucun critère objectif ne la caractérise mais simplement le sentiment de sécurité, de sérénité, de plaisir, d’attention que les ENFANTS reconnaissent aux MATERNANTS. Entre maternants l’autorité mutuelle est sans problème, elle sert à se conforter mutuellement en s’exerçant éventuellement conjointement sur des tiers ENFANTS. Pour que l’autorité soit, les tiers doivent rester ENFANTS sinon elle se perd.

    L’accomplissement - Dans les autres champs l’autorité dépend de son exercice dans une relation complémentaire (ou symétrique quelquefois). Dans le champ d’accomplissement elle s’associe à la MAITRISE qui n’est jamais que de soi. L’autorité est sur soi et fondatrice de ce qu’elle autorise pour soi. Le MAITRE de ce fait n’exerce pas l’autorité il l’est (dans le domaine de sa maîtrise). Les autres, PRATIQUANTS, le sont parce qu’ils se placent sous l’autorité du maître-professeur, artisan, etc...Ce faisant ils pratiquent une discipline qui n’est pas une contrainte mais une expérience choisie qui "autorise" un accomplissement personnel. Le MAITRE fait autorité, l’exercice est le fait de ses pratiquants. Ceux-ci peuvent aussi exercer cette autorité auprès d’autres pratiquants en devenant maîtres dans le même domaine. A ce moment ils sont investis de l’autorité de leur propre Maître et à leur tour font autorité dans cette relation.
    L’autorité de deux maîtrises en relation ne s’exerce pas pour eux, elle conçoit et génère.

    A cette occasion on peut envisager comment ceci se pervertit dans les autres champs. Dans la conquête les apparences hiérarchisent le rapport et s’attachent à établir des critères de l’autorité, à formaliser en "cause" le domaine, à faire de la discipline une technique, du maître une vedette, du pratiquant un militant. Dans la dégradation le maître impose et régit, la discipline est une contrainte, un devoir, une pression morale ou affective. Il menace d’exclusion, de sevices ou de contraintes, le pratiquant est victime. C’est le Sens donné par quelqu’un qui voit les choses depuis le champ de la dégradation. Dans l’involution le maître est bon, généreux, aimant. Il assume et prend en charge le pratiquant qui est ENFANT, la discipline est un jeu, celui de l’apport du maître en nourritures matérielles ou spirituelles.

    Le champ de l’accomplissement n’est aucun des trois autres qui peuvent en être vu comme des réductions ou des perversions.

    e-2 - Le rapport au travail.

    C’est un sujet d’actualité dans la mesure ou bien souvent on constate qu’il évolue mais aussi qu’on ne voit pas très clairement ce qu’il pourrait être. La logique des comportements échappe lorsqu’on n’en voit pas le Sens, on s’y perd aussi lorsqu’on ne voit pas quelle direction on pourrait choisir.

    La conquête - Le travail est d’abord ce qui procure les signes d’identité conforme à la cause, selon des critères qui y sont conformes aussi. Dans un monde de la conquête où les biens matériels sont critères, leur production est travail pour obtenir leur possession comme signe d’identité. Le travail consiste à produire, selon sa spécialité dans la cause, c’est l’affaire des militants qui ainsi militent efficacement pour la cause commune. Le chef vedette est là pour représenter la cause. Son rôle est donc de motivation en se présentant comme identifié à cette cause. Il dit la cause et renforce et encadre ainsi le militantisme. Le travail est motivant puisqu’il conduit à la reconnaissance et à l’existence d’une identité. La spécialité, la performance, la compétition donnent le dynamisme, le progrès et le gain vers une meilleure identité dans la cause (le rêve d’être N° 1 toujours moteur).

    La dégradation - Le travail est instrument de torture. C’est ce que donne une certaine éthymologie du mot et ce que vivent beaucoup de travailleurs. Le travail est une souffrance, une tâche plus ou moins sale à laquelle les victimes consentent par contrainte, menace, chantage, culpabilité. C’est le moyen de la survie (quelque soit le niveau de rémunération). Le travail intellectuel et le travail manuel n’ont rien à s’envier. Il n’y a pas de victime sans dominateur, ce qui nécessite un encadrement qui donne des ordres, des consignes, qui surveille et sanctionne, qui "maîtrise", au Sens de contrainte, et nécessite des "agents" eux-même victimes de dominateurs supérieurs. Le travail est affecté de culpabilités comme condamnation (travaux forcés) et comme devoir (rédemption par le travail). Le produit n’a pas l’importance de la conquête, ici l’effort, la rigueur, la soumission, la "discipline" comptent plus.

    L’involution - Le travail est un jeu, occasion de rencontre, de sympathie. C’est aussi une habitude où la répétition est confortable. Donner du travail est bien une sorte de distribution gratuite, automatique. Mais ce que l’on appelle travail n’est ni une activité productrice, ni une contrainte, mais une sécurité, un confort, un apport. Faire de ce travail une tâche ou y introduire une notion d’efficacité est un non-Sens dans ce champ, parfaitement incompréhensible pour les ENFANTS qui consentent à faire plaisir à leur patron MATERNANT en l’aidant comme un enfant aide son père ou sa mère qui, en lui donnant un travail dans ce champ, lui donne un plaisir et réaffirme son attention et le sécurise. Ils ne faut donc pas attendre de cette vision du travail, activité ludique, de plaisir, de protection, un intérêt particulier pour les objectifs formels. La gratuité y est associée contrairement aux enjeux des champs de droite.

    L’accomplissement - Pour le MAITRE le travail est tout simplement expression de soi non en référence à quelque critère extérieur, mais fondé en soi-même.

    C’est une oeuvre commune entre maîtres qui en est le fruit. Ce qui compte n’est pas le produit exclusivement mais le processus de conception et de génération. C’est dans ce qui consiste à faire émerger son propre Sens que se produit le travail. Le résultat n’est pas un objectif mais un fruit. La création compte par son cheminement et non par la valeur du résultat formel obtenu. Celui-ci n’en peut être exclu dans la mesure où il peut servir de médiateur dans la communication d’un service proposé à un autre PRATIQUANT.

    Pour les PRATIQUANTS le travail consiste à exercer une pratique. C’est une expérience comme pour l’apprenti dont la production compte pour ce qu’elle lui a permit de d&e