Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 21 h 34

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    Les jeux d’identités 3
    Exemples d’applications 1

    Première publication : 1980, mise en ligne : vendredi 23 juillet 2004, Roger Nifle


    Mise en pratique de l’outil d’analyse des relations dans différents domaines. utilisations d’une carte de cohérences.

    EXEMPLES D’APPLICATIONS



    1 - PRINCIPES D’UTILISATION DES JEUX D’IDENTITES DE LA
    CARTE GENERALE DES COHERENCES


    La carte générale des cohérences est un outil d’analyse de Sens applicable à toutes sortes de situations. Elle peut être utilisée pour des problèmes très vastes, culturels, sociologiques ; ou plus restreints ; événements quotidiens ; pour des problèmes professionnels ou plus intimes. Son utilisation peut être aussi très méthodique ou très rapide.

    La multiplicité de ses utilisations rendra pour l’utilisateur cet outil toujours plus riche et toujours plus juste jusqu’à devenir un "langage", c’est-à-dire non pas un vocabulaire de plus, mais un miroir qui renvoie, éclairé, ce que l’on y projette. La pratique conduit à la maîtrise.

    On envisagera successivement les quatre types d’usages que l’on peut en faire :

    - Analyse du Sens, c’est-à-dire comprendre et sentir.
    - Choix de Sens ou d’orientation, et conceptions assorties.
    - Actions, communications et interventions.
    - Régulations, pilotages, ajustements.

    a) Analyses



    On peut envisager deux méthodes pour analyser un problème, un événement, un cas. Soit on en cherche directement le Sens, soit on cherche d’abord les différentes interprétations possibles dans les quatre champs pour distinguer les différents aspects du problème. C’est une véritable étude qui peut être aussi, très rapidement menée ou largement approfondie. On distinguera l’analyse directe et l’étude systématique d’un problème.

    Il faut souligner cependant que cette utilisation de la carte n’est que l’un des outils de la méthode des cohérences.

    C’est le plus général et le plus maniable. Il faut savoir que chaque problème, chaque situation a sa propre cohérence dont la carte peut être élaborée par d’autres méthodes.

    - Analyse directe - Elle consiste à positionner dans l’un des champs le problème, tel qu’on le ressent. Pour ce faire, on s’aide des isomorphismes et des différentes dimensions du problème. Ses différents éléments peuvent quelquefois se montrer très vite comme isomorphes entre eux, c’est-à-dire faisant apparaître un Sens commun que l’on peut replacer dans l’un des champs. Ce positionnement peut être fait comme hypothèse et s’il est juste, il permettra de repérer d’autres éléments isomorphes. Cette confrontation à la carte générale est élucidatrice. On y voit de plus en plus clair.

    Ce positionnement sur la carte peut s’opérer simultanément par les isomorphies entre les éléments de la question analysée et les multiples images isomorphes qui constituent la connaissance de la carte générale. C’est d’ailleurs pour cela notamment que l’enrichissement de cette connaissance facilite l’analyse. C’est vrai pour l’affinement de sa propre sensibilité et lucidité personnelle, sur soi-même aussi. Chaque nouvelle analyse enrichit d’ailleurs ces collections d’éléments isomorphes et la puissance de l’outil pour son utilisateur.

    L’analyse directe peut se faire aussi en envisageant séparément les trois dimensions que l’on a données aux situations de communication. En analysant les jeux d’identités, on va comprendre la situation et les processus en oeuvre. On peut aussi analyser le Sens de l’une ou l’autre des dimensions pour comprendre le reste. Ce processus de passage de l’une à l’autre dimension contribue à connaître de plus en plus justement la question analysée ainsi que tous ses aspects, leurs Sens et leurs réalités aussi qui n’apparaissaient pas forcément au premier abord. Ainsi ce type d’analyse met en évidence peu à peu les éléments les plus significatifs que seule l’analyse des Sens permet de déterminer. Le regard sur les choses change au fur et à mesure de l’analyse, il devient plus précis sur les réalités et plus juste sur leurs significations. On en tire un triple bénéfice de connaissance : de la question étudiée, de l’outil et de soi. L’analyse directe est particulièrement pertinente pour les situations réelles alors que l’étude systématique s’accomode mieux des situations générales.

    L’étude systématique - Elle consiste à poser le problème, systématiquement dans les quatre champs. On utilise de ce fait l’isotopisme qui fait que les mêmes éléments peuvent avoir plusieurs Sens différents et être mis en jeu dans des cohérences différentes. Une même réalité peut ainsi être fondée sur des cohérences différentes, isologues. C’est surtout vrai pour les questions générales ou généralisées alors que les cas précis tendent plus favorablement vers un champ particulier.

    S’il s’agit d’un cas précis à étudier, l’étude passe par sa généralisation. Elle consiste à présenter le problème dans chacun des champs et à représenter les différentes modalités qu’il peut y prendre. On en décrira les circonstances possibles, les jeux d’identités correspondants, les processus, avec tous les éléments de compréhension logique qui vont avec. Les explications ne sont pas les mêmes dans le champ de la dégradation ou de la conquête. Chaque élément du problème est envisagé dans chacun de ces champs où son rôle particulier est décrit en relation avec les autres.

    Une méthode pour procéder à cette étude consiste à effectuer un inventaire des réalités, une liste d’éléments qui sont envisagés successivement dans chacun des quatre champs.
    Se construit alors dans chaque champ un scénario qui peut être caricatural d’ailleurs , si on exagère volontiers les Sens et qu’on les surdéterminent bien. Chacune des quatre représentations constitue une interprétation possible du problème.

    La confrontation d’un cas précis à ces représentations permet d’en avoir très vite le Sens particulier. En fait on s’est ainsi construit une grille d’analyse spécifique pour le problème considéré, on pourrait même dire une théorie de sa problèmatique.

    Les exemples d’applications que nous aborderons, consisterons en études systématiques de divers problèmes. Cette démarche présente un très gros intérêt pédagogique de la méthode des cohérences.

    L’un des intérêts de cette étude systématique est la mise en évidence de la pluralité des Sens que peut avoir un fait ou un problème. Cela sort des vues manichéennes et des logiques binaires de la culture dominante. Cela ouvre de ce fait sur une nouveauté : la possibilité des choix de Sens.

    A titre anecdotique, on peut rappeler qu’au moyen âge encore, avant ou pendant les émergences d’une dominance de la culture de la conquête, l’interprétation d’un texte était faite dans les "quatre Sens" (qui n’étaient pas tout à fait cependant ceux de la carte de cohérence).

    b) Choix et conceptions



    Compte tenu d’une analyse directe ou d’une étude systématique, on peut être amenée à faire des choix de Sens, d’orientation et concevoir ou prévoir où ils conduisent. Les questions de choix, de décision sont souvent des questions de Sens. Pour les faciliter on peut prévoir dans leurs différentes dimensions les conséquences des choix possibles. Les choix portent aussi sur des problèmes et des situations existantes. De ce fait le Sens de ces situations peut faciliter ou au contraire s’opposer aux choix que l’on souhaite.

    En tout cas quelque soit le cas, on a toujours intérêt à confronter le Sens de la situation actuelle au Sens de ses choix pour en déduire au moins le type d’obstacles que l’on va rencontrer et les stratégies et moyens qu’il va falloir employer.

    Les décisions qui vont dans le Sens actuel des situations où elles s’appliquent, ne font qu’en renforcer ou surdéterminer le Sens. Les autres demandent de s’appuyer sur les éléments qui vont avec et de faire évoluer ou disparaître les éléments des réalités de Sens différents. Par exemple, une décision de Sens peut d’abord correspondre au choix personnel et là où il faut agir il y a des personnes de tendances différentes. On pourra repérer les conditions. On peut repérer aussi les types de relations et de communications que l’on peut instaurer ou non avec les autres selon ce que l’on cherche comme conSensus.

    En ce qui concerne les choix de Sens, il faut préciser qu’ils sont une question d’orientation personnelle selon ses propres valeurs. Cependant le champ de l’accomplissement est celui où la lucidité permet des choix clairs et plus justes par rapport à ses propres finalités et les possibilités des situations.

    La conception de solutions, de stratégies, de créations... est d’autant plus facile que leur Sens est clair. Les éléments à concevoir sont toujours isomorphes des Sens choisis et font une unité et une densité très grandes de ce qui peut être conçu. La conception peut servir aussi à d’autres choix de réalités ou à réajuster les choix de Sens.

    c) Actions - communications - interventions



    En relation avec ce qui précède elles peuvent être décidées et conçues après les analyses ad hoc.

    La plupart des actions se ramènent à des communications. Les trois dimensions personnelles, fonctionnelles, situationnelles portent le Sens des communications. C’est par elles et sur elles que l’on peut intervenir. Les actions et communications seront souvent des "mises en scène" des Sens choisis. Agir consiste à prendre et faire prendre les identités correspondant aux jeux relationnels convenables. Cela consiste aussi à préparer, rassembler, utiliser, produire tous les éléments isomorphes convenant à la situation, et la constituant. Cela consiste enfin à engager et conduire des processus, méthodes, procédures qui eux aussi sont homologues. Selon le cas et les possibilités personnelles, on peut insister sur telle ou telle dimension.

    Les objectifs de toutes actions peuvent être formulés aussi dans ces trois dimensions : personnelles, situationnelles, fonctionnelles. Leur formulation est une expression du Sens que l’on a choisi. La carte générale des champs et des jeux d’identités permet de les situer et en particulier de les distinguer des autres possibilités de Sens. Un choix de Sens de l’involution par exemple ne peut être communiqué selon des relations de type conquête. On ne mobilisera jamais pour des objectifs de l’involution ou si on le fait ce sera pour ses images et non les faits. Plus on réussirait à mobiliser des gens par exemple et moins l’objectif aurait quelque chance d’être atteint. Il en est de même pour des objectifs de conquête ou d’accomplissement que l’on voit quelquefois passer par des actions ou relations dans la dégradation. Dans ce cas, soit on échoue, soit on s’est leurré sur les objectifs. Cela dit, le champ où ça se résout est en bas et à droite de la carte.

    Ainsi l’action est toujours exemplaire parce qu’elle est aussi communication de Sens. On ne peut pas se contenter de résultats ou d’objectifs formels. La manière de les atteindre est la dynamique qu’ils entraînent mais c’est aussi ce qui les amène. Le Sens de l’action n’est jamais neutre. C’est toujours une question de lucidité, et de choix.

    d) Régulation, pilotage, ajustements



    A tout moment et selon les événements on peut s’interroger sur le Sens de ce qui se produit ou de ce qui doit être fait. La justesse d’une action dans le temps est obtenue par la surdétermination de tout ce qui va dans le même Sens. Si l’action est "R", réponse d’un tiers ou d’un ensemble à "S" ensemble des éléments quotidiens, on a intérêt à ce que ces derniers ne soient pas dispersés. Les réponses R sont aussi faites d’éléments de Sens multiples. On a intérêt à en lire le Sens pour réagir (sur S/opportunément). On retrouve ainsi pour la régulation et le pilotage de l’action ou la communication les mêmes principes que pour la conduite des situations interpersonnelles. Les jeux d’identités interviennent alors comme outil de manière très voisine. Pour la conduite d’un entretien on peut, en plus de tout ce que l’on a dit au 1er chapitre, ajouter maintenant le repérage du type d’identité en action. La conduite d’un entretien, comme d’une action, consiste à régler les types d’identités des personnes intéressées en réglant le sien sur une position complémentaire ou symétrique. Ainsi si l’on veut des pratiquants pour un enseignement par exemple, il faut ajuster sa propre position de maître.

    L’ajustement se fait d’instant en instant pour piloter la situation en étant soi-même le plus juste et en lisant et réagissant justement au fonctionnement des personnes et aux événements. L’utilisation de la carte de cohérence aide à se repérer en tant que de besoin.

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