Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 21 h 36

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    Les jeux d’identités 2
    La première carte générale

    Première publication : 1980, mise en ligne : vendredi 23 juillet 2004, Roger Nifle


    Les jeux d’identité suite et approfondissements

    2 - LES JEUX D’IDENTITE

    a) Principes et stabilités



    La carte générale des cohérences offre un éventail infini de Sens repérables à partir des axes et dans les champs de cohérence. On peut considérer que chaque Sens représente une tendance caractérielle. Chaque Sens peut prendre réalité dans des comportements, des attitudes, mais aussi dans des expressions et situations qui le manifestent. Une tendance de personnalité est dans un Sens avec la panoplie de ses modalités manifestables.

    Chacun possède l’ensemble des tendances que permet d’envisager la carte. Cependant ce qui fait la personnalité propre d’une personne c’est d’abord le degré relatif de chacune de ces tendances. La distribution des Sens n’est pas homogène et sur la carte on peut la repérer par un profil particulier.

    Ce profil marque une nette prédominance pour la CONQUETE. La personne peut se trouver dans tous les champs mais celui là dominera les situations où il se placera.

    Une tendance majeure dans un profil correspond à différentes choses qu’il ne faut pas oublier :

    - Elle correspond au type de situation que l’individu aura tendance à rencontrer ou à choisir. Dans le profil précédent l’intéressé choisira peut-être pour cela une profession très en vue. Il se trouvera là au bon moment, etc..

    - Elle correspond au type d’attitudes, d’expressions, de comportements de la personne, en cohérence bien sûr avec la situation.

    - Elle correspond au type de relations et de communications privilégiées (mais non exclusives bien sûr). Quelqu’un qui a une tendance dominante dans la DEGRADATION aura tendance à établir de mauvaises relations et à mal communiquer. Il y aura toujours malaises ou conflits autour de lui.

    - La tendance majeure correspond aussi au Sens particulier que donne l’intéressé au monde qui l’entoure. C’est une préactivation dominante.

    Ce dernier point est important à souligner. En effet à tout message/situation, à toute réalité, une tendance caractérielle dominante peut correspondre à une très forte préactivation. De ce fait tout Sens donné aux choses en est fortement empreint.

    Ceci conduit à des modes de pensées variés, à des idéologies, des visions du monde et des choses différentes. Dans l’étude des divers types de tendances (identités) nous étudierons notamment les différentes visions des problèmes de communication selon les champs.

    Le profil d’un individu peut varier au cours de la vie ou se réduire à quelques tendances principales. Les diverses tendances s’activent aussi selon les situations. On trouve ainsi des personnages qui fonctionnent professionnellement dans le champ de la CONQUETE et sur le plan familial dans L’INVOLUTION.

    D’autres fonctionnent presque exclusivement dans la DEGRADATION, d’autres encore selon différentes tendances dans le même champ selon les circonstances, activités professionnelles et activités sociales par exemple.

    Ainsi des individus apparaissent comme monolithiques ou binaires ou ternaires avec ou sans nuances, avec ou sans grande mobilité de Sens. Tout ceci peut dépendre d’un contexte particulier. Des personnes peuvent avoir une vie sociale dans la conquête et une vie affective dans la dégradation par exemple. Cela varie dans le temps et selon les circonstances, si l’individu n’est pas figé. Malgré tout, dans une situation donnée à un moment donné, une personne fonctionne selon une tendance dominante donnée. Cette tendance est pour lui le Sens de la situation, celui de la communication et de son processus, mais aussi celui de sa dimension personnelle. C’est sa tendance caractérielle ou le type de personnalité qu’il exprime et vit à ce moment là. Tout se passe alors toujours à ce moment comme si c’était là toute sa personnalité.

    Si quelqu’un se manifeste toujours de façon autoritaire dans son travail, il peut passer pour avoir une personnalité autoritaire pour les personnes qu’il y rencontre. Cela n’empêche pas que dans d’autres circonstances, il ait des attitudes très différentes et y passe alors pour d’autres personnages. Cela est vrai pour des lieux et circonstances différentes et pour des moments différents.

    Pour une situation donnée la personnalité se réduit en général à une tendance particulière que l’on considère comme son identité à ce moment là.

    La carte générale des cohérences peut être considérée ainsi comme la carte des différents types d’identités. Pour simplifier on prendra au lieu d’un Sens tout un secteur de Sens ou même un champ.

    Cela nous amène pour l’instant à quatre grandes classes d’identités correspondant aux quatre champs. On passera à huit types d’identités si on y ajoute la troisième dimension. En fin de chapitre on examinera aussi les axes de la carte générale. On pourrait ainsi multiplier les classes ce qui ferait perdre une facilité d’usage de l’instrument d’analyse proposé. C’est pour cela que dans la pratique courante on se contente des huit premiers types. On les considérera en outre, pour simplifier les évocations, comme huit types des personnages.

    Venons en maintenant à ce que l’on appelle jeux d’identités. Un jeu d’identité est la relation entre deux personnes stabilisée sur une cohérence commune et donc selon une même tendance. Comme on l’a vu, une communication tend à s’ajuster sur une cohérence commune, un conSensus, ou à se rompre. Toute relation que l’on peut étudier, est donc soit provisoirement en phase d’ajustement, soit stabilisée sur une tendance commune.

    De ce fait, il ne peut y avoir de communication véritable que dans une relation où les deux parties se situent dans le même champ de la carte de cohérence. Leur tendance commune est le Sens de la situation et de la communication. Leurs types d’identités de même cohérence sont en interaction. C’est ce que l’on appelle un jeu d’identités.

    Tout se passe, pour un jeu d’identités, comme si deux personnages de même tendance inter-agissaient dans la situation de communication.

    Toute relation stable est ainsi un jeu d’identités (ou une succession de jeux d’identités) entre des tendances de même Sens. L’ajustement consiste aussi à trouver le type d’identités commun favorable. Il ne peut donc y avoir communication entre deux personnages de champs différents. Si cela se présente la phase d’ajustement peut échouer et il y a rupture de la relation. Concrètement cela s’arrête. Si on observe des entretiens entre deux personnes, on s’aperçoit que les ruptures, la fin des entretiens correspond presque toujours à un désajustement des types d’identités non réajustés. Lorsque deux personnes préactivées dans des types d’identités différents se rencontrent, tout d’abord elles ne se comprennent pas, les choses n’ont pas le même Sens pour l’une et pour l’autre, K différencié de K’. Quelquefois malheureusement, cette incompréhension prend peu à peu Sens dans la dégradation et s’établit (inconsciemment en général) un conSensus avec ajustement d’un jeu d’identités dans ce champ. La communication existe, se stabilise même, dans une situation de mauvaise relation, durable malgré tout.

    La stabilité d’une relation de communication est toujours ainsi le produit d’une phase d’ajustement plus ou moins difficile (en général très courte d’une fraction de secondes à quelques minutes). Cet ajustement se fait sur des identités de même type dans le même champ et s’établit ainsi un jeu d’identités.

    Il reste à introduire dans ce schéma la troisième dimension. Elle apporte quelque chose d’important. En effet si on prend un Sens donné pour une relation entre deux personnes on s’aperçoit alors qu’elles peuvent se situer soit de part et d’autre du plan de la carte de cohérence, soit du même côté :



    Dans les deux cas la relation est stable, de même cohérence. On a deux types de jeux d’identités. Ceux dont les personnages sont du même côté, sont dits (par convention) symétriques.

    Ceux dont les personnages se situent de part et d’autre sont dits (toujours par convention) complémentaires . Par ailleurs les tendances qui suivent l’axe ETRE sont dites de position haute et celles qui suivent l’axe NON-ETRE, de position basse . Cela s’explicitera dans les descriptions ultérieures pour chacun des champs.

    Une relation complémentaire est celle où les types d’identités sont l’un en position haute, l’autre en position basse. Une relation symétrique est le cas où ils sont de même position haute ou basse. Nous allons maintenant explorer chacun des quatre champs de la carte générale des cohérences. Cela permettra de construire peu à peu un outil qui servira ensuite à différents problèmes de communication.

    b) Champs de la conquête



    Dans chacun des champs les deux types d’identités se placent de part et d’autre de la carte générale selon la troisième dimension. Leur est attribuée une appellation qui évoque un très large éventail de modalités et de circonstances. Il faut voir ces noms en ce qu’ils sont isomorphes dans le champ où ils figurent, c’est-à-dire leur Sens.

    b-1 - Les deux types d’identités

    Pour la position haute, il s’agit d’un CHEF, VEDETTE, MODELE. C’est un chef, c’est-à-dire ici le premier sur une échelle, à la tête (le chef) avec éventuellement un couvre chef (képi, tiare ou autre objet caractéristique). Etre un "chef" signifie trivialement être le premier, le meilleur, être quelqu’un qui réussit. Le chef est "le plus...". Le plus compétent ou riche ou beau ou intelligent ou fort... Ce qui dans ce champ le caractérise toujours, c’est d’être au sommet de quelque chose. Tout cela se passe bien sûr avec bien des nuances. En tout cas est chef celui qui est reconnu comme tel selon des critères pertinents dans un lieu donné. Ce sont les critères d’élection qui fondent son statut. Le statut, reconnu par une population quelconque, est l’essentiel. Le rôle du chef consiste à représenter ces critères. Par exemple le chef de service représente les objectifs du service, le chef d’un état représente l’intérêt supérieur.
    Le terme de vedette marque le fait qu’il ne peut être reconnu que s’il est en vedette, et même "la vedette" pour tenir cette place unique. C’est le numéro 1 pour les critères d’élection. L’ensemble de ces critères constitue la cause . Le terme modèle souligne que "le premier" est un modèle à imiter ; c’est d’ailleurs parce qu’il représente la cause que ce qu’il fait ou dit en son nom est à imiter.
    Dans ce champ ce type d’identités se définit ainsi toujours par une Cause qui est à conquérir. La cause, c’est l’objectif, le trophée, l’enjeu, le territoire, la patrie, la nation, l’entreprise, la part de marché, le nombre de voix, un idéal, une idéologie, la science, la nature, la médecine, les femmes, un public, etc.... Les causes possibles sont infinies, banales comme extraordinaires. Elles sont toujours objectivables. Une cause se caractérise toujours par un ensemble (qui constitue un espace, un territoire) de critères objectifs (critères d’élection, nombre de..., valeurs, mesures, etc...)

    Pour une cause il doit toujours y avoir un représentant, le N° 1. De ce fait il ne peut qu’être l’unique. Il ne peut y avoir deux N° 1 sur la même cause .

    Toute l’activité, l’attitude, les comportements du N° 1 sont entièrement destinés à représenter la cause à laquelle il est identifié . "L’Etat c’est moi" en est un exemple, mais aussi déclarer que ce que l’on dit est la vérité, donner des consignes en son nom comme étant évidemment au nom de la cause. Le scientifique qui parle au nom de la science, le chef de département qui parle au nom de l’entreprise, le politicien qui parle au nom de la France, le journaliste qui parle au nom de l’objectivité. Le premier sur une cause, ne l’est que tant qu’il est reconnu comme tel. S’il n’est plus reconnu, soit il n’est plus le premier, soit on change de champ. De ce fait, le Sens de son fonctionnement est d’être reconnu en représentant la juste cause selon les bons critères.

    Il faut rester le meilleur et pour cela le montrer. Pour être au sommet le chef-vedette-modèle ne doit pas cesser de donner à voir qu’il l’est toujours selon les critères ad-hoc. Il ne doit pas cesser de briller comme une étoile (star) de se donner en spectacle (selon les règles du jeu, critères de la cause). Ce qui importe, c’est la réalité, les apparences. C’est la position, la valeur, la mesure, la place dans l’espace et non pas le Sens.

    Pour être élu, reconnu, il faut un public. Il est fait des personnages en position basse : les MILITANTS. Ils militent pour la CAUSE. Ce sont eux qui élisent et suivent le chef. Même si l’élection n’est pas formelle, le chef non reconnu n’est pas suivi ou alors on passe dans d’autres champs. Le militant se consacre à sa cause, celle qu’il a choisi, il s’y dévoue et se dépasse pour elle. Il est motivé, il y croit et cherche à être compétent, efficace. Son rêve secret, c’est d’être le meilleur et ainsi il est sans cesse engagé dans une compétition sur une échelle dont les critères de valeur sont ceux de la cause. Critères de compétences professionnelles, de nombre d’électeurs, de résultats, de conquêtes féminines ou masculines, de réussites sportives, d’esthétique, etc...
    Le militant a pu être boy scout et avoir fait ainsi un bon apprentissage. Cela se vérifie d’ailleurs pour nombre de causes sociales, politiques, sportives, religieuses, etc... La cause étant définie par tout ensemble de critères objectifs, c’est en fait tous les objectifs extérieurs à soi qui peuvent être une cause. Cette cause est d’ailleurs cause commune, entre les militants qui forment ainsi une équipe et le chef qui la représente.

    Reprenons maintenant le jeu d’identités chef-vedette-modèle / militants. Pour qu’il y ait stabilité, il faut ici qu’il y ait cause commune. Le militant reconnaît et élit le chef selon les critères d’élection et le chef est identifié à la cause. La cause est une objectivation de la cohérence commune dont les Sens sont inconscients pour les protagonistes. Elle est de l’ordre de la réalité même si elle ne fait qu’exprimer une cohérence de la conquête. Le militant place dans son chef, dans le représentant de la cause, le lieu de ses propres objectifs alors que ce dernier identifié à la cause, les place en lui-même.

    Pour fonctionner ainsi le militant a toujours besoin d’un N° 1 représentant la cause. S’il n’y en a pas il faut en élire un, le meilleur des militants. Sinon on change de champ, on peut se retrouver dans celui de la DEGRADATION. Dans la conquête toute équipe de militants sur une cause a besoin d’un chef, représentant, d’une vedette, d’un modèle à imiter, autrement elle perd la foi, le moral et la cause est perdue par démobilisation.

    Dans une organisation ce jeu d’identités se traduit par une hiérarchie avec beaucoup d’échelons (à gravir). A chaque niveau on peut avoir une cause partielle. De ce fait s’installe tout un réseau de communication stable ou une équipe de militants a un chef qui est lui-même militant d’une cause supérieure avec aussi un chef, etc...

    Le chef suprême représente la totalité de la cause, les autres, des parties de son territoire. D’ailleurs si ces territoires ne sont pas bien délimités cela pose des problèmes.

    Observons ce qui se passe maintenant dans les relations symétriques.

    Entre positions basses on peut avoir deux militants sur la même cause. Ils coopèrent sur l’objectif commun, promouvoir la cause, la faire avancer. C’est par elle qu’ils trouvent leur identité et c’est ce qui fait leur motivation commune. Ils sont chacun à leur place selon leur valeur dans l’échelle des critères d’élections, compétences, mérites, ancienneté, beauté, courage, etc... Tant que le chef est là, il n’y a pas de problèmes entre eux. Par contre si les causes sont différentes il n’y a plus de relations stables dans ce champ entre militants. En effet, les causes différentes deviennent des cohérences différentes. Dans ce cas comme toujours, soit il n’y a pas de relation, on s’ignore (difficultés classiques de communication entre chapelles) soit la relation s’établit dans un autre champ (dégradation par exemple, ce qui fait le conflit ou la guerre).

    Pour que des "militants" se solidarisent, il faut qu’ils fassent "cause commune", c’est-à-dire que s’instaure une cause plus large avec un leader général. Les relations symétriques en positions basses s’expriment selon des modalités du champ de la conquête. Se forment des équipes qui agissent dans l’intérêt de la cause selon la distribution des rôles des militants. Il s’agit de bien jouer le jeu. Les règles du jeu quelqu’il soit, comptent bien plus que ce qui est vécu. Les règles sont celles des réalités et c’est ce qui importe. Le droit est particulièrement important dans ce champ parce qu’il règle les rôles, statuts et jeux des acteurs. On leur demande avant tout de la droiture mais toujours en référence exclusive aux règles du jeu, critères de la cause. En dehors de cela tout est possible, la fin justifie les moyens (dans le cadre des règles établies).

    Un problème tout à fait particulier se pose pour les relations symétriques entre deux chefs-vedettes. Si l’un est militant de la cause de l’autre tout en ayant ses propres militants dans une hiérarchie, on se retrouve dans une relation complémentaire. Par contre sur la même cause il ne peut y avoir deux N° 1, il y en a un de trop. De ce fait il ne peut jamais y avoir deux leaders dans ce champ dans la même situation, en relation sur la même cause. Sinon on se retrouve, soit dans le cas précédent, soit dans un conflit dans le champ de la dégradation, soit dans le meilleur des cas avec un partage jaloux des territoires et l’instauration de deux causes différentes.

    C’est le cas par exemple où deux experts se rencontrent qui veillent à se définir des champs de compétence bien distincts. Cela peut être deux artistes-vedettes qui se trouvent des inspirations et des publics différents.

    Si ce découpage des causes n’est pas possible, on va avoir une rivalité incessante où le meilleur va gagner (selon les "électeurs") ou qui va tourner à la lutte destructrice. Ayant noté ce qui se produit entre deux N° 1 dans l’impossibilité en tant que tels d’établir une relation, reste à comprendre ce qui leur reste comme possibilité dans le même champ de la conquête pour communiquer. Le découpage des causes évite l’affrontement mais comme aussi la communication (plus de cohérence commune) ce que l’on voit émerger alors c’est une nouvelle cause-commune cette fois "supérieure". Par exemple morale, religieuse, idéologique.
    Deux vedettes sportives se feront militants de "l’esprit olympique" ou du sport. Il est remarquable alors que cette cause suprême est sacrée. Elle est tellement idéalisée qu’elle est intouchable et même indéfinissable pour des tiers non impliqués directement dans la relation. Dans une entreprise entre deux cadres ce peut être l’intérêt supérieur de l’entreprise mais une entreprise idéalisée.

    b- 2 - Vision du problème de la communication

    Dans ce champ de la conquête les questions de Sens restent inconscientes. Tout s’analyse "objectivement". Les personnes sont des individus, objets, définis par leur rôle, leur position, leur statut, en référence à une ou des causes, mais jamais en eux-mêmes. Les interlocuteurs se considèrent toujours es-qualité. Ce sont deux cadres, deux médecins, deux personnes âgées, etc... Le qualifiant dépend de la cause pertinente dans la situation. Ce qui compte, c’est l’identité (identique à...) de cette cause (culture, classe sociale, milieu, profession, idéologie, modèle de vie, règles morales, stéréotypes, etc...).

    La dimension personnelle de la communication se réduit à cela. On ne s’adresse pas à quelqu’un mais à ce qu’il représente. La dimension fonctionnelle se réduit à sa part objective. Il n’y est pas question de Sens et de cohérence, mais de codes et de messages. La communication devient parfaitement synonyme d’échange d’informations, de données (de toutes natures). Une théorie de la communication se réduit à la théorie de l’information. Faute d’être conscient du passage par K et K’, on est obligé d’inventer des passages entre S et R (boite noire, quantités d’informations véhiculées...).

    Un des problèmes de communication classique dans le champ de la conquête est le suivant. Des liens se distendent entre un chef vedette et des militants (un chef d’entreprise et son personnel par exemple). Ceux-ci inquiets réclament un rappel de la "cause" et de la présence de chef comme bon représentant. Ils veulent être reconnus par lui comme bons militants. Rien de tout cela ne s’exprime sauf une demande d’information. Plus cette demande d’information est objectivement satisfaisante et moins on répond à la demande réelle. Même si des données objectives sont distribuées il n’y a pas satisfaction puisque ce n’est pas la véritable demande.

    Dans ce champ de la conquête on parle d’autant plus de communication que la plupart des réponses fournies ne tiennent compte que de l’aspect formel, des apparences, des réalités, et échouent faute de Sens. Cet échec lui-même y est d’ailleurs incompréhensible (faute de Sens). De là fleurissent des spécialistes militants ou vedettes de la cause de la communication (publicité, journalisme, média, informations et informateurs). Plus il y en a et moins ça communique, sur le fond, sur le Sens, sur l’humain, et plus on veut de communication. La dimension situationnelle fait que sont privilégiées les "scènes" ou ce champ de la conquête est le plus manifesté. On reviendra sur ces univers privilégiés où s’épanouissent ce type d’identités.

    Dans ce champ les questions de communication sont valorisées et réduites aux réalités. Leur Sens reste inconscient (Sens du champ de la conquête ici). Les communications s’y caractérisent de plus en plus par un écart entre ce qui se dit, s’exprime, se montre, et ce qui se passe réellement. Il tend à y avoir deux réalités. Celle qui est conforme aux modèles, aux causes ou idéologies et celle, non consciente, des faits. Paradoxalement on y cherche l’objectivité, le concret, le pratique, l’action ; il y a en fait abstraction du Sens. Ce qui se passe tend à être remplacé par ce qu’il devrait se passer dans la conscience des personnes. Les signes remplacent les choses et on en vient à "faire comme si". Comme si on communiquait notamment.
    On y survalorise l’expression pour combler le manque de Sens. La solution est toujours à côté du problème véritable.

    Les mots clés pour une communication concevable pour ce champ sont : exprimer, montrer, démontrer, imager, dire, faire, imiter, copier, informer, exposer. Ils sont tous utiles à la communication mais sans qu’en soient connus ici les processus et donc le fonctionnement véritable. De ce fait, faute de Sens il est difficile de se faire comprendre sauf en simplifiant et en vulgarisant. C’est souvent l’art de "spécialistes" de la communication qui retiennent d’autant plus l’attention que peu est communiqué derrière un vaste discours. Le Sens de ce qui est dit est à chercher moins dans le discours, dans ce qui se montre que dans la mise en scène du discours qui révèle le jeu d’identité. L’expert par exemple prononce un discours sur sa spécialité dont le Sens véritable est : "qu’il est le meilleur de sa spécialité".

    b-3 - Les univers de la conquête

    Ces jeux d’identités, chef-vedette-modèle / militant, avec leurs causes, se jouent dans des circonstances, des univers particulièrement appropriés. Ces univers sont d’ailleurs faits de ces mêmes Sens par et pour ces types d’identités.

    Citons en quelques uns. D’abord la culture occidentale pour une grande part, scientifique, matérialiste, objectivante (en crise aujourd’hui nous sommes en 1980) faite d’institution de jeux sociaux, d’enjeux, d’idéologies, de modèles qui correspondent à ces champs. Compétitions de toutes sortes, questions d’identités et leurs panoplies, institutionnalisation, causes petites ou grandes, développement et progrès, conquête de la lune, etc... Elle a ses vedettes et ses militants.

    Beaucoup d’institutions favorisent ce champ, compétitions et spécialisations dans l’enseignement, découpage des taches dans l’entreprise, hiérarchisations dans des institutions militaires, religieuses, sociales, etc... Les thèmes de l’esprit d’équipe, l’esprit sportif, l’efficacité, le dévouement, la responsabilité (démocratique), sont porteurs de ces Sens dans l’entreprise, le sport, des institutions sociales, les domaines de l’art, du politique. Partout où le spectacle ou le dépassement comptent particulièrement. Un sport pratiqué sans spectateurs, sans compétitions, sans records, n’aurait plus le même Sens. Un cadre sans équipe, sans compétence particulière, sans évolution de carrière, perdrait toute motivation (dans la conquête). Vedette sans militants ou militants sans chef ou les deux sans causes et on change de champ. Par contre où les trois sont réunis on est dans un univers de la conquête.

    b - 4 - Considérations théoriques et contextes

    Ce passage peut être laissé de côté par tous ceux que les références théoriques ne concernent pas.
    Ces références on les cherchera dans l’histoire individuelle comme l’histoire collective où se fondent ces tendances caractérielles favorites et ces situations sociales privilégiées. Elles peuvent être ainsi de types psychologiques ou mythologiques, historiques ou culturelles. Nous ne prétendrons pas ici faire le tour du problème mais en donner quelques aperçus essentiels. Le lecteur pourra lire à la suite ce même paragraphe pour les quatre champs et découvrir ainsi un panorama pour la carte générale des cohérences.

    Tout le champ de la conquête est à dominante phallique. La représentation s’assortit d’une identification de soi avec le moi : images ou représentation de soi pour soi et / ou les autres. Cette dominante phallique peut s’y confondre avec la virilité. En tout cas le domaine où culturellement apparaissent le plus ces situations sont dominées par les hommes (entreprises, sports, politiques, etc...) Cependant cette tendance de la conquête est aussi bien présente pour des femmes, dans des comportements, soit du même type que précédemment, soit ceux qui valorisent l’esthétique corporelle, la mode. La star peut être aussi bien une femme qu’un homme. Les mouvements féministes sont souvent de revendications phalliques (et non pas viriles). Une femme peut être très souvent "vedette" dans une relation affective avec un homme "militant" ou vice versa. Tout cela n’est pas sans donner quelques ambiguïtés dans ce champ. On trouve des femmes militantes féminines dans de nombreuses fonctions d’assistance ou sociales, mais aussi dans le rôle classique dans la famille bourgeoise.

    Revenons à des aspects plus fondamentaux en notant l’équivalence entre les tendances phalliques et l’objectivation, la distinction, la distanciation qui caractérisent ce champ de la conquête. Le triangle, chef-vedette-modèle/militant/cause n’est pas sans rappeler le triangle oedipien.
    De fait la cause est une représentation de la mère idéalisée dans l’espace, le territoire, le nombre. Idéalisée, elle est intouchable, sacrée aussi comme toute cause. Il n’est pas surprenant que l’on représente la république par une femme comme bien d’autres causes auxquelles sont attribuées des vertus féminines idéales. La patrie, mère idéale en est un exemple, mais l’entreprise aussi et bien des institutions.

    Avec le père, chef/vedette/modèle, il y a support d’identification mais on peut s’interroger sur celle qu’il opère avec la cause. Il y a confusion viril-phallique lorsqu’il s’agit d’un homme notamment. Le militant est le fils. La fraternité est bien un aspect de l’esprit d’équipe des militants. L’organisation de la conquête fait dans tout cela la négation du conflit oedipien en objectivant les positions et les identités mutuelles. Les objectiver revient à les réduire à la réalité, à la représentation. Ce qui se joue est bien représentation devant la cause-mère. Cette absence de conflit fondant ce champ se retrouve dans les autojustifications de défense contre le mal, le chaos, le désordre, la faute, etc...

    Elle se traduit dans des expressions de complicités masculines, d’"esprit" d’équipe, de fairplay, de justice (et non de justesse), dans la nécessité d’arbitrage, du droit, des règles de référence, de la monnaie comme objectivation de l’échange, sa neutralité donc, dans les formalismes de toutes sortes. Le respect de la règle (de la loi) prime tout. C’est la condition de l’absence de conflit. Il est remplacé par une "saine compétition" qui en est l’objectivation a-Sensée. La mythologie est pleine de héros qui, après avoir vaincu quelque dragon, conquièrent la belle avec qui ils se confondent dans la fin de l’histoire. La belle est toujours idéale et peut être déjà une cause ou un espace particulier. La mythologie rejoint là l’histoire. Elles sont pleines de souverains, de chefs, de rois, mais aussi de grandes causes ou grandes entreprises que ce soit quête du Graal, quête scientifique, quête économique, quête féminine. Les armes et outils avec leurs avatars modernes dans la technologie sont signes phalliques notamment comme représentations et comme instruments de séparation du bien d’avec le mal. Il s’agit là d’instruments de construction, d’élection, de distinction. L’instrument est souvent confondu avec soi dans le moi. L’identité est un souci majeur et, là aussi, de construction, d’élection, de distinction, de séduction aussi. Le séducteur qui affiche les signes de sa réussite sociale (belle voiture, etc...) suit parfaitement le schéma. Les signes de réussite, de distinction, lui font identité dont la représentation vise à conquérir la femme. Il s’agit bien d’ailleurs de la femme au-delà de telle personne en particulier. Le donjuannisme est un type de comportement de la conquête homologue de beaucoup de ses jeux d’identité.

    Historiquement la renaissance et en particulier le XVIIe siècle marque la dominance de ce champ sur un support culturel déjà présent en particulier avec le siècle de Péricles d’une part et la splendeur romaine d’autre part. Que le droit romain soit encore présent pour nous est significatif. L’émergence et la dominance d’une bourgeoisie au cours des derniers siècles a fait prévaloir beaucoup de ces tendances.

    On peut remarquer qu’aujourd’hui elles imprègnent très largement notre culture si bien que beaucoup n’en conçoivent pas d’autres alors que simultanément émergent fortement d’autres tendances. Cela fait crise. Il est très étonnant de constater que ce que l’on appelle la crise touche de façon privilégiée quelques signes caractéristiques du champ de la conquête (économie, énergie, valeurs, production, territoires conquis, images des grandes puissances, droit international) sans compter l’étonnante origine de la "crise" en 1973.

    Tout ceci semble éloigner du thème des jeux d’identité, cependant cela compte comme circonstances de beaucoup de communications contemporaines et cela peut intéresser d’en voir les évolutions actuelles dans les nombreux changements qui se produisent aujourd’hui. Rapports au travail, aux hiérarchies, aux "causes", à l’identité sociale, à la science, à la nature, sont en question et amorcent une évolution de comportements et des types de relations et de communication.

    c) Champ de la dégradation



    Nous entrons là dans un tout autre univers qu’il ne faut pas confondre avec le précédent. Les limites n’en sont pas tranchées et il sera utile plus loin d’examiner les transitions autour des axes. En tout cas le champ de la dégradation n’est pas celui de la conquête bien que certaines sensibilités pourraient les confondre.

    c-1 - Les deux types d’identités

    Pour la position haute le terme retenu est DOMINATEUR. Le dominateur est celui qui exerce un pouvoir sur l’autre. Le dominateur est le plus fort ou celui "qui tire les ficelles". Cette dernière expression évoque les "pantins" qui sont en haut.

    Le dominateur tend à exercer son pouvoir sur les autres et sur les choses. Il les a en main, les maîtrise, les manipule non dans des fins constructives (même si cela est dit) mais pour empêcher, pour combattre, pour maintenir.

    Pour fonctionner le dominateur a besoin de VICTIMES. La victime correspond à la position basse. Elle a toujours le dessous, est toujours rabaissée dans la relation avec le dominateur. Par rapport à la conquête où les apparences comptent essentiellement, ici c’est le fonctionnement de la relation qui fonde les deux types d’identités. Les apparences y sont souvent trompeuses. L’inconscience règne.

    Le dominateur exerce son pouvoir selon plusieurs modes, notamment la force, la menace, le chantage, la manipulation, la culpabilisation. Les stratégies sont multiples.

    En position haute le dominateur se considère comme détenteur du bon droit, de la loi, d’une mission qui consistent à empêcher l’autre de nuire, la victime. Il est ainsi conduit à la contraindre, la punir, lui rappeler ses fautes, la mettre dans le droit chemin, malgré elle bien souvent. Cela s’opère en amputant ce qui est mauvais, en enfermant dans des cadres, des "gardes fous", en excluant les "mauvais sujets", en éliminant ce qui est "sale", ce qui "dérange", ce qui "menace" un ordre quelconque.
    Bien-sûr c’est le dominateur lui-même qui se vit au fond en danger (plus ou moins consciemment d’ailleurs). C’est pour cela qu’il s’autorise en quelques noms que ce soit à défendre (se défendre). L’élimination des dangers ou la protection contre le mal est sa tâche permanente. Sans issues puisque la menace est en lui-même et sa lutte est toujours vaine, à recommencer. Cette tendance a toutes ses nuances et ses degrés. Elle correspond aussi au sadisme. Le pouvoir de destruction exercé sur l’autre s’assortit d’une satisfaction, d’un plaisir, d’une délectation qui sont surtout perversion de sa propre souffrance. Le dominateur n’est jamais en repos et il lui arrive quelquefois de s’en plaindre. On trouve là d’ailleurs une caractéristiques intéressante  : le dominateur se dit victime et c’est comme cela qu’il fait l’autre victime en l’accusant (plus ou moins subtilement) d’être dominateur. Ce qui se dit est l’inverse de ce qui se passe.

    Le dominateur agit sur l’autre, soit sur son Sens, soit sur ses réalités. Sur ces dernières il détruit, met en échec, élimine, anéantit ou encore il impose par des pressions efficaces les formes qui lui conviennent.

    C’est quelques fois là que prennent Sens formation et information, la "correction" est bien isomorphe de punition, c’est toujours une tentation d’élimination des fautes, du mal, des erreurs. Le souci exagéré de l’ordre en est une manifestation, mais aussi la certitude en toute matière dont il ne faut pas douter. Si la caricature du dominateur est celle de quelqu’un qui donne des ordres (impose un ordre) c’est qu’elle est bien isomorphe de cette identité. Une autre est celle du bourreau qui punit (élimine le mal). Toutes les éradications du mal sont l’essentiel de l’activité de beaucoup de dominateurs, sans doute, bien-sûr, sur leur droit et leur jugement.

    Le dominateur peut aussi détruire le Sens soit en disqualifiant celui de la victime, soit en imposant son propre Sens. On trouve alors tout ce qui peut éveiller chez l’autre angoisse, culpabilités, etc... Les instruments sont d’ordre moral souvent avec accusations et menaces de jugements. Le dominateur met en doute l’autre qui doute de ses Sens, il est affolé (et peut devenir fou d’ailleurs). Il le maintient dans l’incertitude de ses connaissances, de sa puissance, de son jugement, en jouant sur le secret, le caché, l’occulte, et son supposé savoir ou supposée puissance. De cette manière il maintient l’inquiétude et la soumission. Il impose aussi ses Sens par des viols affectifs ou émotionnels (physiques à la limite). Le chantage affectif en est un bon instrument de même que le jeu des passions. La panoplie est fort variée et ses subtilités inépuisables. C’est malheureusement le règne de l’inconscience, du faux semblant, des faux Sens, des fausses apparences et, de ce fait, pas toujours très facile à repérer. Cependant cela se caractérise toujours par des souffrances, des malaises, des luttes, des inquiétudes et des angoisses.

    L’étonnant peut-être, est que les cohérences en jeu sont celles aussi des victimes. C’est ce qui explique la stabilité de ces communications malgré les souhaits ou les apparences différentes. Ce qui se passe dément ce qui se dit. Chacun connaît de ces relations interminables qui ne sont faites que de conflits.

    La victime est toujours complice de la situation qu’elle la subisse en l’acceptant ou qu’elle la provoque. La position de la victime de l’axe NON-ETRE consiste à placer dans l’autre, le dominateur, le lieu de sa propre existence. C’est pour cela qu’il en accepte (inconscient bien-sûr) le pouvoir.

    C’est par ses sentiments personnels d’insuffisance, d’insécurité qu’il peut être touché par les comportements du dominateur qui, sans cela, ne pourrait fonctionner ainsi. Une des caractéristiques des attitudes de victime est la revendication. Revendiquer est, bien souvent, attribuer à l’autre, le dominateur, le pouvoir de satisfaire ses propres besoins, d’être protégé, de suppléer en tout cas à des insuffisances. En activant l’inquiétude du dominateur, ses propres sentiments d’insécurité, la revendication est très souvent provocatrice. Elle donne pouvoir au dominateur et en suscite l’exercice. La critique (non "constructive") opère de la même manière. La victime peut aussi provoquer plus directement en agressant le dominateur. Dans tous ces cas la victime se présente comme dominatrice et ce qui se passe est l’inverse. On retrouve encore l’inversion de Sens qui fait que l’on s’y perd facilement. C’est le but.

    Lorsque le dominateur se dit victime, il réactive des culpabilités chez la victime qui se soumet ainsi. Lorsque la victime se dit dominatrice, elle réactive des insécurités chez le dominateur qui se défend et agresse plus efficacement.

    Ces rapports dominateus-victimes se déroulent et font les situations du champ de la dégradation. Conflits, guerres, entreprises en difficultés, échecs, maladies physiques et mentales, enfermements, exclusions, bas fond. Les individus se dissolvent dans l’anonymat, dans la masse et les protagonistes perdent, et leur identité, et leur personnalité (numéros et instruments). Cependant là aussi les apparences sont trompeuses. Beaucoup de réussites matérielles peuvent cacher des pertes de Sens, pertes d’âmes, folies... Inversement des choses très Sensées, très intelligentes peuvent cacher décompositions, maladies ou dénuements.

    Revenons encore sur la relation complémentaire dominateur-victime (ou sado-masochiste comme caricature). Son Sens est la dégradation et derrière tous les jeux, le dominateur craint et attend secrètement d’être puni et la victime de détruire son bourreau. De ce fait l’écart des rôles a néanmoins même cohérence, même Sens. Cela en fait la stabilité mais aussi les possibilités d’inversion. En effet il y a, même entre deux personnes quelquefois, des échanges de rôles, ou encore d’anciennes victimes qui deviennent comme par hasard de parfaits dominateurs et vice versa. On trouve aussi des hiérarchies (ce qui compte là, c’est plutôt l’ordre que l’élévation, la descente plutôt que la montée, descente des ordres) où le dominateur a un subordonné victime qui à son tour domine les siens, etc.. Le bourreau est le serviteur soumis et servile du maître qui le domine. On en trouve exemples avec les "petits chefs" mais aussi bien des caricatures d’esclaves gardiens, de kapo. Quelquefois aussi la pyramide s’inverse et c’est le patron qui est la véritable victime des subordonnés et ce, du haut en bas de l’échelle.

    Examinons maintenant ce que peuvent être les relations symétriques, Dominateur-Dominateur.

    Le passage à la relation complémentaire où l’on devient victime et dominé par l’autre plus fort (ou plus rusé que lui) se ramène au cas précédent. Elle peut consister en une phase d’ajustement de la relation complémentaire où on se combat jusqu’à ce que la balance penche d’un côté. La relation dominateur-dominateur stable est par définition sans issue de type vainqueur-perdant. Elle consiste en combats en luttes de destruction mutuelle qui maintient l’équilibre entre les forces. Il s’agit de faire mal sans détruire l’autre plus qu’on ne l’est soi-même. C’est un jeu de lutte où tout le monde tient tête et le combat ne cesse que faute de combattants, tous épuisés. Cette relation dominateur-dominateur peut se jouer selon toutes les modalités de fonctionnement de ce type d’identités et notamment en ce disant victime. Si bien que beaucoup de communication critique, revendicatrice ou faisant assaut de malheurs, de maladies, de difficultés sont de ce type. On sait bien leur caractère peu constructif, on sait moins le caractère destructeur de l’autre et de soi-même comme son symétrique. Deux amoureux peuvent ainsi mourir de leur échec mutuel et se faire mourir mutuellement. La littérature est pleine de ces amours passions-destructrices, la vie aussi. Le coupable est désigné dans la société ou ailleurs. Ils se manifestent comme victimes l’un de l’autre et les deux de ce "coupable" là. En fait ils sont dans cette relation dominateur-dominateur. Ils rendent l’autre et les autres impuissants à y changer quelque chose. Ce scénario est extrêmement fréquent dans bien des cercles critiques, révolutionnaires, revendicatifs ou dans des relations affectives. C’est un jeu où seuls les protagonistes se portent préjudice si on ne s’en mêle pas.

    Un scénario de ce type, décrit dans l’analyse transactionnelle est celui d’un couple considéré comme dominateur victime où un tiers intervient comme sauveur de la victime.
    Aussitôt il devient victime à son tour et le dominateur sauveur. L’analyse de ce scénario classique serait pour nous différent. Le couple dominateur-victime est en fait dominateur-dominateur. Le tiers leurré vient prendre la place naturelle qui lui est réservée, celle de véritable victime. En fait ce qui se produit c’est que les dominateurs substituent à leur lutte une alliance contre le tiers et on a la même cohérence entre le couple dominateur et le sauveur-victime.

    L’inverse est vrai aussi ou un sauveur apparent devient dominateur d’un couple victime. C’est tout le problème du règlement des conflits à la mode dans certains milieux qui bien trop souvent se ramènent à ce schéma. Dans le premier cas l’intervenant est victime de ses "bonnes volontés" en fait "il l’a bien cherché". Dans le second il est intervenu dans l’autre relation symétrique victime-victime et là aussi il l’a bien cherché, à prendre une position de type sadique.

    Examinons cette relation symétrique victime-victime. Compte tenu du fait que dans ce champ, ce qui se dit, se montre, n’est pas ce qui se passe, il faut chercher là où on ne s’y attendrait pas forcément. Ce n’est pas chez ceux qui se lamentent qu’il y a forcément les victimes (la conclusion inverse serait aussi une erreur bien-sûr. Les opprimés peuvent se plaindre effectivement mais ce ne sont pas forcément eux qui le font le plus fort). Une relation victime-victime est une relation de soumission mutuelle. Au lieu de faire assaut de critiques par exemple ils feront assaut de dissimulations des problèmes ou assaut de serviabilité et de dévouement mutuel. Une relation victime-victime peut-être aussi une relation de provocation mutuelle qui consiste à menacer de forces que l’on a pas. C’est l’impuissance qui est dissimulée par son contraire. Les victimes s’auto-détruisent dans leur relation et se réactivent mutuellement. Les bandes de jeunes délinquants fonctionnent beaucoup sur ce type de relations et à force de provocations mutuelles finissent par se faire punir par un tiers. Deux enfants qui se bagarrent devant leurs parents cherchent dans un jeu victime-victime à attirer l’attention de ces derniers qui risque de venir avec une taloche.

    La relation victime-victime n’est pas forcément très spectaculaire, pas très facile à repérer, ne serait-ce souvent que par sa banalité.

    c-2 - Vision du problème de la communication

    Dans ce champ la communication est signe de menace, menace de manipulation, menace physique ou affective, menace d’erreur, de tromperie. La communication est suspectée. Elle se confond avec l’information, avec des rétentions, où recherche d’information est synonyme de recherche de fautes et de coupables (les responsables). Poser une question dans ce champ, c’est mettre en doute ou prendre un risque. La communication est synonyme de pouvoir. Il y a ceux qui ont droit à la parole et les autres qui s’expriment quand on les y autorise et ne doivent dire que ce qui est autorisé. En définitive, la communication est vécue comme obligée ou empêchée. En fait, dans ce champ, ce qui se dit ou s’exprime est bien souvent l’inverse de ce qui se passe. Le manifeste a pour fonction d’occulter ce qui se passe. Les uns agissent "pour le bien" des autres, d’autres pour leur avenir et leur réussite et tout ça dissimule la domination des victimes. Le jeu des promesses est tellement subtil quelquefois qu’il vaut mieux croire à ses intuitions, ses sensations, qu’à tout ce qui est dit.

    K et K’, cohérences de la dégradation, se manifestent ainsi dans cet écart entre ce qui se passe et se dit mais aussi par tout le jeu de coups qui font mal à soi ou à l’autre et, enfin, par le déjouement du Sens de celui qui voudrait comprendre logiquement. Un signe dément l’autre et met en doute les perceptions ou les sentiments du protagoniste.

    Le fonctionnement de la communication lui-même exprime ces cohérences dans ce qui se produit comme dysfonctionnement. On rejoint d’ailleurs là ces difficultés de communication dont il a été question au 1er chapitre. Malgré ces dysfonctionnements il y a toujours communication. C’est souvent l’échec d’un ajustement dans d’autres champs qui se résout à un conSensus dans ce champ de dégradation. Mieux vaut quelquefois pour certains une mauvaise communication que pas de communication du tout. C’est ce qui justifie notamment la stabilité de ce type de relations. Elles se caractérisent en outre par une inconscience particulière assortie à une multiplication de pièges et faux semblants. Les partenaires de ces jeux d’identités voient en plus les choses de la couleur de leur cohérence personnelle, de ce qui se passe et de la situation. Tout se ligue ainsi pour les enfermer dans le même fonctionnement. C’est le cas bien sûr de tous les champs selon le principe de stabilité mais aggravé là par un degré d’inconscience particulièrement fort, et sur les réalités et sur leurs Sens. Les attitudes que l’on rencontre le plus fréquemment face aux problèmes de communication consistent soit à les nier ou les ignorer, en les déplaçant éventuellement, soit au contraire à beaucoup en parler en les brandissant comme une menace, une accusation ou une autocritique. En tout cas cela sert à renforcer le Sens de la dégradation, c’est-à-dire dominer ou subir. De ce fait, dans ce champ, il vaut mieux éviter de se leurrer sur tous les discours qui sont tenus ou leur absence, même sur le thème de la communication.

    c-3 - Les univers de la dégradation

    Ces situations de communication et ces jeux d’identité se rencontrent partout où domine la souffrance et les malaises. Pas forcément d’ailleurs où on le dit. Il faut à ce propos bien distinguer les discours de la conquête qui parlent ou mettent en scène des signes de la dégradation mais dont le Sens n’est qu’un effet de dramatisation favorisant le spectacle, sa vedette et l’engouement du public. Voir un film de guerre n’est pas la guerre. Par contre la guerre est bien sur une situation de dégradation. Que cette guerre soit chaude ou froide qu’elle soit visible ou cachée, elle détruit les protagonistes. Bien des exemples montrent la pseudo victoire du vainqueur. D’autres situations larges sont celles des dictatures, qu’elles soient fascistes ou collectivistes, les fondements n’en sont pas les mêmes mais leurs Sens se rencontrent. Pour venir aux situations plus banales et moins reconnaissables quelquefois il faut citer les entreprises et les institutions où se posent des problèmes de réalités matérielles, économiques ou des problèmes de Sens, finalités, rapports humains, direction, climat, menaces...

    Le cas est assez fréquent. Au lieu de chercher des raisons extérieures, il faut toujours un coupable. Il vaudrait mieux examiner les jeux d’identités, conséquences mais causes aussi de la situation. Malheureusement le champ de la dégradation n’est pas celui de la clairvoyance mais de l’occultation. Dans le monde des institutions les conflits catégoriels permanents en sont aussi le signe là encore comme conséquence mais aussi comme causes.

    Les complicités inconscientes syndicat-patronat ne font pas défaut quelquefois pour perpétuer les Sens de ce champ dans d’habiles jeux d’identités symétriques ou complémentaires. D’autres institutions ayant pour finalités la contrainte, le contrôle dans le Sens de ce champ, ou même la sécurité "obligatoire", y fonctionnent volontiers. Y dysfonctionent devrait-on dire. Il n’est pas utile de citer des exemples d’institutions en perpétuel dysfonctionnement, et qui durent. Ces organisations favorisent ces jeux d’identités mais leurs recrutements n’en sont sans doute pas toujours exempts. Parmi elles, certaines peuvent recruter beaucoup de dominateurs d’autres beaucoup de victimes, ou les deux.

    Des organisations aux fins charitables n’en sont pas non plus absentes et on trouve dans ce champ des lieux où l’apaisement des souffrances se transforme en éradication du mal et, disent les mauvaises langues, du malade avec le milieu hospitalier, psychiatrique ou non qui n’est pas toujours un modèle par la qualité des relations humaines.


    D’une manière plus générale, les situations de dégradation proviennent souvent du réveil de difficultés ou de tensions par l’échec d’un ajustement dans d’autres champs. L’impossibilité de la présence de deux N° 1 sur la même cause amène parfois un "combat des chefs" qui entraîne celui des militants et le territoire devient champ de bataille. C’est vrai aussi si les militants perdent un chef et donc la cause qu’il représente. Leur démoralisation en fait des victimes désignées. Les militants de causes différentes, si elles empiètent l’une sur l’autre, peuvent faire de belles bagarres ou des conflits larvés.

    L’échec des conquêtes peut aussi s’y retrouver. Du champ de l’involution on verra plus loin les sources possibles pour la dégradation.

    Ce sont bien souvent les remises en question qui réactivent l’insécurité et la dégradation ou encore des caractéristiques personnelles qui font confondre ce champ avec un de ses deux voisins.

    c- 4 - Considérations théoriques et contexte

    Le champ de la dégradation et les dimensions personnelles qui s’y activent et réactivent touchent beaucoup et pas de façon toujours très claire. On n’aime pas toujours non plus reconnaître l’existence de ces situations et certains les nient là où elles sont proches d’eux. C’est peut-être l’occasion d’y porter une attention particulière non pour s’en délecter, mais peut-être en démystifier les procédures et en tout cas éviter de s’y laisser prendre si on le souhaite.

    Le champ de la dégradation se trouve dans la carte des champs au croisement de deux des stades de développement chez l’enfant : le stade oral qui couvre involution et dégradation, le stade anal qui couvre dégradation et conquête. Ce ne sont que des appellations dont le Sens ne résulte que de l’isomorphisme avec leurs manifestations.

    La dimension orale dans la dégradation se traduit notamment par les angoisses de dévoration, de démembrement. C’est le domaine de la mauvaise mère avec les représentations d’étouffements et d’enfermements. Toute une énorme part de la mythologie et des rituels qui l’accompagnent, décrivent ces fantasmes angoissants en particulier dans toutes les religions polythéistes ou dans celles où la principale déité est féminine. Les mythes modernes angoissants comme ceux de la jungle, la nature sauvage, la technologie, l’informatique y sont fondés.

    La dimension anale se manifeste particulièrement dans les rétentions, le souci exagéré de l’ordre mais aussi des fantasmes meurtriers et sadiques. Elle se manifeste dans la production de matières isomorphes aux matières "premières" de l’enfant, l’accumulation d’objet mais aussi la destruction du Sens dans l’objectivation (la conquête ne fait que l’ignorer). L’objectivation des êtres réduits de force à l’état de numéro, d’objets, de chair comme dans le "meilleur des mondes" ou dans le fascisme Hitlérien (ou d’autres) est une réduction de l’homme à l’état de matière. Matière première pour la production d’où l’ambiguïté est aussi celle de la revalorisation actuelle du corps. Même si elle se justifie par ailleurs, elle contribue quelquefois à cette "matérialisation" ou la différence avec le déchet n’est pas très sûre.

    Une autre manifestation se trouve dans ce qu’on appelle la massification des foules. Le social valorisé par la conquête tend ici à "prendre en masse" dans l’anonymat des personnes dont l’être est nié au profit du collectif massifié.

    Une autre manifestation dans le champ de la dégradation est celle de l’argent, soit accumulé, sale, soit l’argent qui manque et que l’on ne cesse de consommer.

    La dégradation est aussi le champ de la chute avec la "faute originelle" où se manifeste le père. Le mauvais père, menaçant, mais aussi menacé sous-tend ce champ là. La représentation du pouvoir dominateur en est une forme très actuelle qui suscite bien des vocations et des révoltes. Entre les deux, la même cohérence favorise la communication et même l’échange des rôles. Après un dictateur, une révolution amène souvent au pouvoir un autre dictateur. Ce n’est pas un hasard, c’est une cohérence. Les opposants bien organisés fonctionnent sur des schémas étrangement similaires à ceux qu’ils dénoncent. Seuls les discours changent, et encore... Une autre domaine dans ce champ de la dégradation est celui des perversions en particulier celle qui donne comme idéal amoureux dans la littérature une passion destructive ou mise en échec. Le macho comme la femme fatale en sont des figures inversées mais de même Sens.

    La crise du champ de la conquête se traduit par quelques réémergences dans ce champ en particulier pour ceux qui y étaient les plus impliqués : monde économique, intellectuel, sportif, politique, religieux, institutions partout où la crise est vécue comme une perte ou une mise en question des valeurs du champ de la conquête. Ses dysfonctionnements deviennent fonctionnement dans la dégradation. Pas toujours, heureusement, et surtout pas fatalement.

    d) Champ de l’Involution



    Un peu plus de sécurité et de calme maintenant avec ce champ et ses situations. En commun avec la dégradation l’axe BAS, le détermine. Au milieu d’extériorisation et négation du Sens on passe à Intériorisation comme émergence du Sens. Le champ de l’involution est dominé par les questions de Sens mais avec une certaine négation des réalités.

    d-1 - Les deux types d’identité

    La position haute vers l’axe ETRE est qualifiée de "MATERNANT" qui, comme son nom l’indique est maternel dans ses rapports à autrui. Cela ne veut pas forcément dire féminin pour autant. Le MATERNANT apporte chaleur et protection. Ce n’est pas par dévouement mais par nature, même pas au nom d’une cause mais par aisance. Il est distributeur d’attention, de conseils, d’aides, de soutiens. Cette fonction de distribution est toujours vécue comme nourricière. Le maternant donne de la nourriture, des conseils ou de l’attention toujours pour nourrir. Il se donne en nature sans en souffrir (dans ce champ).

    Le MATERNANT protège et en cela il entoure de sollicitude, de prévenance, d’attentions encore et ce faisant évite les difficultés et les conflits. Il écarte le danger (et réussit toujours). En outre, il rend service et se met en quatre pour faire plaisir. Compatissant il sait écouter les autres et ne manque pas de leur demander des nouvelles de leur famille, de leur week-end. Son approche des gens est très sécurisante et chaleureuse, il est toujours sympathique, tout en rondeurs, et cherche à mettre à l’aise. Il est aussi tranquillisant et de ce fait peut tendre à endormir la vigilance, à atténuer les tensions. Mais dans tout cela il évite à l’autre et à lui la confrontation aux réalités. Bien-sûr, beaucoup de parents, de mères notamment jouent ce type de rôle auprès de leur enfant et on sait que ce n’est pas au profit de l’enfant. Il est tellement protégé que sa confrontation aux réalités risque d’être très difficile. Pour le maternant tout va assez bien, il arrange les choses et tend à ne pas voir ce qui ressort des autres champs (ce n’est pas nouveau).

    En particulier le mal comme les mobiles de la conquête lui apparaissent peu vraisemblables. il en nie les réalités. Sa confiance dans les autres, du moins leur Sens, est très importante, au moins en apparence. Un patron de ce type se considère comme responsable de ses employés qui sont là pour l’aider. Il les prend en charge et se soucie de leur distribuer régulièrement leur rémunération avec toujours quelques primes en plus. Il évite de trop leur poser de problèmes et se trouve lui-même très chargé. De toute façon il n’a pas d’ambition expansionniste`, mais vise la stabilité, la sécurité, le confort. Il est plus soucieux de bonnes relations que de conquêtes, de nouveaux marchés. Il ne rate pas une occasion pour organiser une fête, un "pot" et en définitive arrive ainsi à se faire aimer. C’est ce que vise le maternant dans tout ce qu’il apporte et ses prévenances. Il a tendance à approuver les autres et les conseiller.

    La tendance d’identité complémentaire est de type ENFANT. Indépendamment de l’âge bien sûr, l’enfant attend et réclame satisfaction de ses besoins et de ses désirs. Il est guidé par sa recherche du plaisir, du confort, de la sécurité. Ce confort il le trouve dans le familier, la conformité, les choses petites. Une petite maison, avec un petit jardin, une petite voiture, etc..."small is beautiful" si ce n’était un slogan à la mode, bien conquérant, parlerait bien de ce que considère l’ENFANT. Sa recherche du confort lui fait prendre des habitudes rituelles et éviter tout changement dans son rythme de vie plutôt lent. Il cherchera dans son activité professionnelle la sécurité, l’ambiance sympathique, la régularité, le confort plus que la passion, l’argent, la carrière ou la soumission à une obligation. Il vit bien son train train quotidien et ne souhaite pas en changer. La recherche du plaisir, sensuel et affectif lui fait apprécier les choses de la table, simples mais copieuses et savoureuses, les matériaux à toucher ou à regarder l’activent beaucoup. Il y a d’ailleurs une forte sensibilité. Il aime rire, jouer moins pour distraire que pour le plaisir de la rencontre avec d’autres. Il a aussi tendance à rêver, au prince charmant ou à la belle jeune fille. Il rêve de vacances, de plages et de soleil mais aussi de projets de société communautaires. Ces rêves ne deviennent jamais réalité. Leur seule réalité en est le fantasme. L’ENFANT est peu critique à l’égard du monde ou gentiment. Il ne se sent pas concerné par les grandes causes ni par les luttes pour lui incompréhensibles alors qu’il lui suffit de jouir de son petit confort. Il tend d’ailleurs à penser que tout le monde est pareil et ignore les complications hiérarchiques.

    Il communique favorablement avec son complément MATERNANT qui ne demande que ça. La communication est alors au delà des mots. C’est plus une question de confiance, d’affection, de chaleur que d’expression et d’information. Ce qui compte c’est la sympathie. L’ENFANT cherche aide, confort et plaisirs auprès du MATERNANT mais n’a pas besoin de beaucoup de démonstration. Il lui suffit qu’il soit là, à disposition. S’il ne sollicite pas assez, le maternant peut s’inquiéter et va le faire à sa place.

    Cette relation est classique dans les couples familiaux avec d’ailleurs inversion des rôles entre l’homme et la femme selon les cas ou les circonstances. L’inversion se retrouve dans les hiérarchies qui sont néanmoins rarement développées dans ce champ. Le "responsable" prend en charge ses aides qui le lui rendent en cas de pépin.

    Examinons maintenant les relations symétriques MATERNANT- MATERNANT d’abord. Tous deux en position haute, elles correspondent a beaucoup de discussions entre amis, entre parents où on parle des choses d’un ton parental, mais d’une manière positive. On parle pour se faire plaisir et pour se placer dans son rôle. Ainsi on parle volontiers des ENFANTS et on se reconnaît ainsi mutuellement comme MATERNANT. On peut ainsi entre "grands" (mais ce mot est petit ici) parler avec gravité de choses banales et sans problèmes. Sur ce processus, se déroulent beaucoup de ces conversations de couloir, en famille, entre amis, à la campagne. On ne cherche pas à briller, ni a critiquer mais simplement à converser. Cette conversation à deux peut très bien s’étendre sans problèmes à d’autres. Les sujets restent très proches de l’involution, on évite les thèmes délicats, compliqués, scandaleux et toutes les banalités sont bonnes pour alimenter ce plaisir. Un peu de thé avec des petits gâteaux ou un bon repas ne gâtent en rien la situation au contraire. De même les lieux confortables ou apaisants.

    Les relations ENFANT-ENFANT sont plus remuantes, elles consistent en jeux qui déjouent les réalités pour en tirer plaisir. Les relations enfants-enfants sont plus directement d’expérience et de recherche de plaisir sensuel. A condition que toutes les précautions soient prises, on expérimente toute sorte de" voyages" mentaux ou sensoriels, on peut refaire le monde sans que cela prête à conséquence. On peut aussi privilégier une relation avec la nature dans la nature. La nature est d’ailleurs un substitut du MATERNANT comme de L’ENFANT, l’un et l’autre y trouve un partenaire pour "communiquer avec la nature" la protéger ou en être nourri. C’est l’une des tendances fondatrice de l’écologie. Dans les relations ENFANT-ENFANT, elle représente la présence maternante. De ce fait ces relations symétriques se trouvent particulièrement activées à la campagne, dans certains clubs de vacances, ou les lieux de vacances en général. Une certaine rusticité favorise la simplicité des rapports sous réserve de confort et d’abondance. Ces relations enfant-enfant se rencontrent bien sûr en famille mais aussi dans certaines attitudes professionnelles où les mobiles ne sont guère productivistes. La répétitivité sans cadences accélérées les favorise d’autant plus que quelques petits changements laissent l’impression de découverte et de jeu. La gratuité est toujours importante et il ne faut pas d’enjeux graves ou pressants.

    d - 2 - Vision du problème de la communication

    La communication ne se parle pas, elle se vit. Cependant ce que recouvre ce concept ici est limité au Sens et se trouve bien embarrassé des réalités. La communication y est une affaire de feling, de confiance, de sympathie, de tendresse, de sensibilité, de sensualité. Ce n’est pas considéré comme une question d’information, de message, d’expression. Tout cela étant bien compliqué. Ainsi les "problèmes" de communication y sont-ils peu compréhensibles. Telle qu’elle se déroule ce qui se dit ou se montre n’a pas beaucoup d’importance, ce qui compte est ce qui se sent. Par contre, la parole peut y être considérée comme un don et l’expression "distribuer de bonnes paroles" y a tout son Sens. Les paroles sont de conseils, des appuis, l’objet de jeux ou plaisanteries. Elles sont aussi futiles, l’ambiance et ce qui se passe au delà des mots paraissent plus importants. La communication entre les êtres est considérée comme immédiate, les mots et les signes sont presque en trop et on ne s’en soucie pas, la confiance et la bonne volonté sont sensées suffire. Elles ne suffisent que pour ce champ bien sûr.

    Communication est aussi affaire commune, c’est ce qui relie, qui met en commun, en communication les êtres. C’est aussi ce qui en nie les limites, les distinctions, les différences. Le processus de communication est vu comme la relation naturelle entre les êtres au-delà de leur séparation et aussi de leur réalité.

    c - 3 - les univers de l’INVOLUTION

    Ils ont déjà été cités pour certains, mais il est bon d’y revenir. L’univers familial en est le modèle et on pourrait y reconnaître bien des situations privilégiées. Au passage, le rôle maternant est aussi bien tenu par l’homme que par la femme vis-à-vis des enfants ou du conjoint. Il faut noter aussi que quelquefois le rôle MATERNANT est dévolu à l’enfant et celui d’ENFANT au parent. Ce cas n’est pas si rare et intéressant à observer. Ce milieu familial est reproduit dans bien d’autres circonstances. Quand l’entreprise devient "la maison" on retrouve ces cohérences. C’est vrai aussi de beaucoup d’institutions qui prennent en charge leurs membres avec beaucoup d’assistances. Les associations de toutes natures sont très souvent la reproduction de milieux chaleureux familiaux à la fois ouverts et fermés. Ouverts pour ne pas être trop cloisonnés, le nombre évite les distinctions. Fermés pour être clairement protégés des intrus et troubles fêtes.

    D’autres formes d’associations coopératives, mutualistes ont (surtout dans le passé) correspondu à de telles tendances. Les réalités économiques en ont bien vite fait autre chose dans d’autres champs.

    L’enseignement, l’école ont été aussi beaucoup dans ces cohérences, en particulier dans les milieux ruraux, plus favorables à l’involution que les concentrations urbaines. Tous les retours à la nature lorsqu’ils ne sont ni une question de mode, ni une question de combat cherchent à rétablir une "communication", une relation plus symbiotique. Ce champ s’oppose à la conquête dont il est l’envers. Ils en rend dérisoire les ambitions et les mythes. C’est quelquefois l’opposition (sans conflit) entre l’univers masculin extérieur et l’univers féminin intérieur.
    L’Involution est en effet à considérer comme univers plutôt féminin où l’homme y joue plus favorablement le rôle d’ENFANT. Les espaces protégés sont d’ailleurs dans la langue très souvent féminins. On peut parler du giron de l’entreprise, d’une institution, d’une organisation. Elles ne sont pas causes idéales à défendre ou conquérir mais lieu qui entoure, protège et nourrit. C’est aussi lieu familial où sont rassemblés les enfants, une sorte de jardin d’ENFANTS, celui de l’Eden peut-être.

    d - 4 - Considérations théoriques et contextes

    Le Sens de l’involution est celui d’un retour à la matrice, au lien du sang et du Sens. Il exclue toute la part qui se retrouve dans la dégradation avec ses problèmes de limites, de dévoration, d’étouffement, etc... Seuls restent là les plaisirs et jouissances. C’est le domaine de l’oralité avec le souvenir et la recherche du sein maternel, source de toutes abondances et satisfactions. Tout ce qui est nourriture rappelle ce passé paradisiaque qu’il s’agit de retrouver.

    Le terme de régression convient si on n’y englobe pas ce qui ressortit d’autres champs. Les liens affectifs ou émotionnels peut différenciés y éclosent, accompagnés d’une grande inconscience des réalités. L’autre est source de plaisir, de nourriture ou de chaleur, mais pas un être matériel.
    Il est à disposition ou l’inverse qui revient au même. Il y a sentiment de possession d’autant plus facile qu’il n’y a pas de limites concevables. Il n’y a pas non plus de mesures, que celles du plaisir. Ainsi les choses y doivent être gratuites et disponibles.

    Le retour à la mère est aussi bien joué par les deux partenaires en relation complémentaires. C’est déjà sans doute le mobile de bien des maternités ou paternités maternantes.

    Le monde de l’involution est fusionnel et symbiotique ce qui explique l’immédiateté des communications telles qu’elles y sont vécues. On se comprend à demi mot ou sans mot du tout. Les groupes, les espaces clés rappellent le monde protégé originel et plus généralement tous les contenants et les contenus sont isomorphes de ces Sens. De même le sont toutes les sources de chaleur physique ou affective, les foyers.

    Pour revenir à l’inconscience paradisiaque, elle s’oppose à la raison considérée comme froide et discriminante. Effectivement elle objective, ce qui est redouté ici. Il faut plutôt s’attendre à une logique dite féminine.

    Toute une part des figures mythologiques et symboliques féminoïdes se retrouvent dans ce champ avec l’eau, la mer, les écrins, et les histoires de bonnes fées, de jeunes filles, d’enfants. Tous se passe ici sans drame. Le monde de l’enfance est imaginé comme de l’Involution, même s’il ne l’est pas toujours. Ce passé est valorisé comme idyllique de même que la nature, le pays natal, la maison.

    Historiquement, la vision de l’homme à l’état de nature est de ce champ. Soit l’homme préhistorique ou des âges anciens, soit aujourd’hui les "bons sauvages" dont la quête exotique est toujours présente. La forêt vierge, la caverne pré ou post platonicienne comme sites naturels réactivent les Sens de l’involution. La présence du thème de l’éducation des enfants et de l’enseignement est à considérer comme l’accès naturel à la connaissance universelle comme bien primordial et aussi nourriture. Cela va avec des conceptions pédagogiques très humanistes fondées sur une communication immédiate des connaissances. Cela s’accompagne volontiers d’une grande méconnaissance générale des réalités au profit d’un savoir faire limité à la survie et au maintien des satisfactions immédiates. Tout cela alimente bien des nostalgies qui se résolvent quelquefois malheureusement dans la dégradation. En fait les tentatives d’institutionalisation des rêves de l’involution les mettent en question. Le rêve devient cause commune et on passe en face, d’où la nostalgie. Pour concilier les deux c&