Les jeux d’identités 1

Types de relations et de situation
vendredi 23 juillet 2004
par Roger Nifle

La première carte générale des Sens et cohérences humaines a été établie pour éclairer le type de relations entre positions humaines complémentaires. C’est une compréhension tout à fait neuve des relations humaines où on retrouve bien sûr des situations connues, tellement familières dont le Sens se révèle.

LES JEUX D’IDENTITE

1 - La carte générale des cohérences
a) multiplicité des Sens
b) classification des Sens, carte de cohérences
c) origine de la carte générale des cohérences
d) les axes de la carte générale :
- l’axe vertical : HAUT - BAS
- l’axe horizontal INTERIORISATION -EXTERIORISATION
e) les quatre champs de la carte générale
f) la troisième dimension

LES JEUX D’IDENTITE



1 - LA CARTE GENERALE DES COHERENCES

a) Multiplicité des Sens



Jusqu’ici les cohérences et le Sens en jeu dans les communications n’ont été évoqués que d’une manière générale. Même si le processus est toujours le même, ses modalités, ses apparences, ses réalités ne sont pas les mêmes suivant que c’est telle ou telle cohérence qui s’exprime. Une relation où domine l’agressivité, ne se manifeste pas comme une communication amicale. L’humeur ne donne pas, suivant sa nature, le même type de communication.

Les communications peuvent porter sur une infinité de Sens et de cohérences qu’il serait utile de différencier pour comprendre ce qui se déroule dans telle ou telle situation particulière. Des classes de Sens permettraient des typologies de communications avec les modalités types des trois dimensions :

- Types de situation.
- Types de fonctionnement.
- Types de personnalité.

Il se trouve aussi qu’une cohérence ou un Sens donnés, en jeu dans une communication, correspondent à une attitude, un comportement, un mode d’être particulier des interlocuteurs. De ce fait une clarification des Sens donne aussi une typologie de personnalités, de comportements, une sorte de caractériologie (ou de psychologie). Telle tendance caractérielle est à l’ oeuvre dans tel processus de relation, dans tel type de circonstances. De même, tel type de situation favorise tel type de comportements, qui communiquent d’une manière spécifique...

Nous ne faisons que réexprimer le fait que les trois dimensions sont les modalités de la même cohérence. Elles ont la même cause (la cohérence sous-jascente) et aussi se provoquent l’une l’autre.

La situation active sa cohérence chez les personnes présentes qui ont tendance à s’aligner sur cette cohérence et se comporter en conséquence. Si tout va mal on a tendance à être de mauvaise humeur ce qui, le plus souvent, n’arrange pas les choses.

C’est aussi le processus d’ajustement qui, s’il réussit, tend vers une stabilisation (de cohérence), s’il échoue, il n’y a plus de communication.

Il ne peut de ce fait y avoir un situation d’un certain Sens et un fonctionnement des personnes dans un autre Sens. D’où l’importance centrale du Sens et de la cohérence d’une situation de relation et l’intérêt d’une typologie fondée sur des classes de Sens.

b) Classification des Sens, carte de cohérence



On se heurte d’emblée à un paradoxe. Toute forme, que peut prendre une classification, n’est pas un Sens. En d’autres termes, "la carte n’est pas le territoire", c’est-à-dire que la classification "représente" une différenciation des Sens, mais les formes qu’on peut lui donner ne sont pas les Sens.

Une carte de cohérence est une représentation mais n’est pas la cohérence . Les schémas, les termes utilisés expriment les Sens mais ne sont pas les Sens. Une carte de cohérence comme représentation de Sens différenciés est une réalité activante pour le lecteur mais c’est lui qui donne Sens. La carte est un instrument de communication, qui, pour être efficace, doit être renforcé et surdéterminé. C’est pour cela que tout le chapitre sera consacré à des exemples de réalités homologues et d’éléments isomorphes. Une carte de cohérence est la projection sur un plan, celui de la feuille de papier, de l’ensemble des Sens de la cohérence. Cette projection s’organise autour d’un centre (centre de cohérence) et est repérée par deux axes.

PNG - 1.5 ko

Chaque point sur la carte représente un Sens dans la cohérence. Ce Sens est repérable par rapport aux axes qui ne servent que de repères dans le plan pour caractériser une cohérence donnée. Les axes d’une carte de cohérence représentent deux couples de Sens opposés.

PNG - 1.2 ko

Ces Sens sont exprimés avec des mots, un mot ou une collection de mots isomorphes pour ces Sens là. Par exemple relier-séparer, ces deux mots portent chacun un Sens opposé que peut représenter un axe. Les mots utilisés sont choisis pour leur justesse de Sens et leur possibilité d’activation pour l’utilisateur. Ils ne correspondent pas forcément aux réalités de la situation considérée.

Chaque Sens sur la carte peut-être déduit de la combinaison des axes. Ils forment ensemble des plages de Sens qui sont des secteurs. Les axes partagent le plan en quatre secteurs que l’on nomme champs de la cohérence.

PNG - 1.7 ko

Dans le secteur et les champs on peut porter cette fois des réalités. Par exemple si une communication s’établit sur un secteur de Sens particulier, toutes les réalités de la situation (dimensions, mots, objets, circonstances, etc...) seront placées dans ce secteur, elles sont homologues et leurs objet isomorphes pour ces Sens là.

PNG - 2 ko

Elles sont placées ensemble sur la carte parce qu’elles sont homologues et le fait qu’elles soient mises ensemble active et surdétermine les Sens en question pour l’utilisateur de la carte.

Celle-ci fonctionne donc à deux niveaux, celui des réalités qui y sont inscrites, et celui des Sens qu’elles représentent et qui sont réactivés pour le lecteur. Cette réactivation lui permet d’ailleurs d’y placer d’autres réalités, homologues des précédentes, ce qui enrichit la carte.

C) Origine de la carte générale des cohérences

(la première de trois dont deux établies plus tard)



Tout ce qui précède est applicable à cette carte de cohérence générale. Carte de toutes cohérences, elle est la projection de tous les Sens possibles. Ce caractère universel permet l’universalité de son utilisation. Elle représente ainsi toutes les situations et processus de communication. Elle doit, pour être valide, vérifier cette possibilité mais aussi être fondée en théorie. C’est l’objet de la théorie des Cohérences Humaines de justifier notamment les fondements de la carte générale des cohérences. Ils seront partiellement évoqués par la suite pour en approfondir les différents champs. Cette carte générale est aussi la cohérence globale qui structure l’ensemble de l’histoire individuelle et de l’histoire humaine. On montrera comment elle s’applique et s’appuie sur des données mythologiques, culturelles, et même psychanalytiques.

Son caractère universel fait aussi qu’elle s’applique à toutes réalités. Elle est valable aussi bien pour des questions de communications professionnelles, que pour des relations plus intimes ou pour des problèmes plus graves ou plus légers. Entre toutes les réalités, il y aura des différences d’intensité (distance au centre). Une forte activation correspond à une plus grande distance au centre et à une manifestation plus "forte".

Remarques importantes - Toute situation réelle a sa propre cohérence qui peut être projetée sur la carte générale. Sur celle-ci on pourrait établir un profil de Sens particulier qui ferait apparaître notamment la tendance majeure qu’on appelle le Sens de la situation.

PNG - 4.1 ko

Dans la suite on parlera de tendance, ou de Sens pour des réalités en faisant référence à cette tendance majeure et en négligeant les autres Sens. Ce Sens dominant a cependant comme caractéristique d’être celui de la dynamique globale de la situation qui conduit à ses aboutissements ou ses résultats. Même s’il n’explique pas toutes les réalités il en est le plus signifiant (de ce Sens).

On fera aussi par la suite une autre approximation qui consiste à traiter tout un champ, secteur de Sens, comme un même Sens. C’est une simplification qui permet de balayer l’espace des Sens en quatre grandes classes. Pour ne pas tomber dans le piège réducteur qui considérerait les axes comme des barrières, on décrira ensuite d’autres secteurs (centrés sur les axes).

d) Les axes de la carte générale



A partir de maintenant il faut passer du général au particulier sur le plan des Sens et exprimer les véritables Sens de la carte générale des cohérences. On va travailler avec les Sens réels en jeu dans les situations de communication projetée sur la carte générale.

- l’axe vertical - les termes HAUT - BAS exprimant le plus justement ses deux Sens. La carte générale est en effet liée à nos représentations spatiales et ici la verticalité. Ce n’est donc pas une coïncidence ni un choix simpliste qui fait retenir ces termes. Il faut, comme toujours par la suite, les prendre comme Sens et non comme état ou position. Haut rappelle tout ce qui s’élève, hauteur de vue, élévation d’esprit, croissance, montée matérielle, etc... On parle bien, couramment, de sentiments élevés  ! Ce n’est pas un hasard si on utilise un tel qualificatif pour exprimer du Sens. A l’opposé ce qui s’abaisse, se rétrécie, tombe, va vers le bas. Chute, bassesse, repli, sont isomorphes de ce Sens avec le bas.

- l’axe horizontal - Bien qu’ils marquent la gauche et la droite, les termes les plus justes sont INTERIORISATION et EXTERIORISATION. Il s’agit de Sens, de mouvements à partir du centre de la carte. Intériorisation marque ce qui tend vers soi, vers l’intérieur, le dedans, vers aussi le coeur ou le centre des choses. Extériorisation va au contraire vers le périphérique, l’extérieur, ce qui se montre, le superficiel des choses, l’apparence.

L’intériorisation est plus le Sens de l’intérêt pour l’essence des choses, l’extériorisation au contraire, pour leur apparence formelle.

e) Les quatre champs de la carte générale des
cohérences



Nous allons en amorcer la description par quelques indications générales. Ce qui importe c’est l’isomorphie de ces indications, c’est-à-dire leur Sens commun. Les champs sont désignés chacun par un terme qui n’intervient que pour ses Sens qui sont ceux des champs correspondants. Il ne faut pas leur attribuer ici d’autres Sens que ceux pour lesquels ils sont utilisés ici par convention. Ils ont néanmoins un intérêt assez général pour les avoir choisis comme à la fois les plus pratiques et les plus justes.

Tout d’abord en haut et à droite, entre les axes "haut" et "extériorisation", se place le champ dit de la CONQUETE.

Cela correspond à ce qui s’élève en s’extériorisant et en particulier ce qui s’échafaude, se construit, est en expansion. Ce qui va de l’avant en croissant. C’est aussi le champ des échelles, donc des hiérarchisations, celui aussi du spectaculaire, du visuel, du montré. Au croisement on trouve aussi l’héroïsme avec ses formes les plus courantes. Ce champ de la conquête est celui du jeu des formes, des apparences. C’est aussi le champ du formel, de l’objectivation où les réalités sont considérées sans le Sens.

On tend à discriminer les choses, à les mesurer. Cette mesure est aussi celle du droit et donc des jugements binaires (bien/mal). La conquête est celle de territoires réels ou symboliques : marchés, statut social, places, identité, public, chiffres d’affaires, objets, quantités. Ce champ privilégie le quantitatif mais aussi le qualitatif sur le plan formel esthétique ou en vertu de valeurs conventionnelles.


PNG - 4.3 ko

Tendances :

CONQUETE : conscience des réalités, inconscience du Sens.
DEGRADATION : destruction du Sens et/ou des réalités
INVOLUTION : Sensibilité, irréalité.
ACCOMPLISSEMENT : conscience du Sens des réalités.



En bas à droite, l’EXTERIORISATION se croise avec le Sens du BAS inverse du HAUT. C’est le champ de la DEGRADATION. Au lieu de construction, il s’agit de destruction. Au lieu de progrès, de conquêtes, il s’agit de chutes, d’échecs. La DEGRADATION se traduit par des souffrances, des malaises, des peurs et angoisses. Il s’agit de destruction de Sens (angoisses, culpabilités, chantages...) ou de destruction de réalités (douleurs, maladies, blessures, dysfonctionnements). Avec des degrés divers, le champ de la dégradation est celui du pouvoir de destruction d’autrui, sous de bonnes raisons en général. La dégradation équivaut aux décompositions, aux pourrissements, aux enfermements, ou aux rejets et exclusions. Ce champ est aussi celui de la faute culpabilisante (la chute, l’échec) de ce qui est sale ou vécu comme tel. La peur du mouvement, de l’agitation s’y traduisent par l’immobilisme, ou une recherche de l’ordre à tout prix ou au contraire l’agitation frénétique avec des pulsions révolutionnaires ou revendicatrices. Les Sens du champ de la dégradation sont difficilement conscients surtout dans les situations où l’on est soi-même impliqué. Pourtant on ne peut nier que cela fait partie de ce qui existe et se produit avec des extrêmes ou de façon plus nuancée dans bon nombre de situations courantes.

Si l’on poursuit le parcours sur la carte, en BAS mais cette fois dans le Sens de l’INTERIORISATION, on rencontre le champ de l’INVOLUTION.

Au lieu de souffrance, il s’agit maintenant plus de plaisir, plaisirs des sens notamment. L’involution est un repli vers l’intérieur, le centre, le Sens des choses et, vers le bas, le petit, le repos. Ces Sens sont de confort, de sécurité, de protection, de chaleur. On tend à relier et réunir de façon fusionnelle en niant éventuellement les différences et les niveaux. D’une manière générale ces situations sont sans conflits mais aussi sans ambitions réelles. On s’y complaît facilement dans le rêve et le plaisir au prix d’un grand irréalisme. Ce champ est exactement de Sens opposés à celui de la conquête.

L’INTERIORISATION passe ensuite dans le Sens du HAUT avec L’ACCOMPLISSEMENT. Les situations de l’accomplissement tendent à une conscience du Sens des réalités. Elles sont toujours pour les individus un enrichissement de leur personnalité même. Il ne faut pas confondre avec ce qui, dans le champ de la conquête, serait d’extériorisation, d’apparence, de référence sociale. Ici il s’agit de la personne en elle-même. Les relations du champ de l’accomplissement placent les partenaires dans une situation commune d’oeuvre ou d’entreprise rattachée à des finalités personnelles et collectives sans aucune contradiction. Dans ce champ les réalités sont créées ou mises en oeuvre mais toujours en conduisant à plus de connaissance, de soi et des choses. De ce fait la créativité, en tant que processus de création, compte plus que le produit. Ce dernier intervient comme effet ou cause. Le champ de l’accomplissement est moins facile à caricaturer notamment parce qu’il n’est pas toujours très démonstratif dans la plupart des situations culturellement courantes. Il correspond cependant à tous les cas visés par une recherche de changement personnel (ou collectif) qui va avec une meilleure connaissance et une plus grande conscience.

Ce champ de Sens inverses de ceux de la conquête et de l’involution, s’oppose radicalement à celui de la dégradation. Il n’oublie ni les réalités, ni le Sens mais articule les deux niveaux par leur connaissance. Il place ainsi la dimension personnelle au centre, mais au centre de ses réalités.

f) La troisième dimension



La carte générale des cohérences ainsi exprimée est une projection sur la feuille de papier dans un schéma à deux dimensions. Une carte plus riche et plus juste serait possible en utilisant une troisième dimension. Elle serait alors difficile à représenter et à conceptualiser. par contre elle présente un grand intérêt. Dans ce cas on prendra simplement les quatre champs précédents chacun dans ses deux orientations selon la troisième dimension.

PNG - 4.3 ko

Le troisième axe a pour Sens ETRE et NON-ETRE. Il n’est pas utile d’en explorer ici toutes les significations et toutes les justifications. On peut néanmoins souligner que le Sens ETRE, correspond aux situations où les personnes considèrent les choses à partir d’elles-mêmes. Par exemple un chef d’entreprise qui s’autorise de lui-même à diriger selon ses propres motivations. Le Sens NON-ETRE correspond aux situations où les personnes considèrent les choses à partir d’autres ou de références extérieures autour d’elles . L’exemple est celui de quelqu’un qui cherche dans l’expérience d’autrui ou ses compétences, un exemple, des motivations, une réponse à ses propres questions. Ces deux Sens de part et d’autre de la carte générale seront explicités par la suite dans leur complémentarité.


Commentaires

Brèves

1er octobre 2004 - Qu’est ce que la misère et comment y parer

A méditer La misère est un état de perte de maîtrise des conditions de la dignité humaine, du à (...)

12 août 2004 - Communautarisme, il y en a marre

Faut-il défendre ou pourfendre le communautarisme ? Pour trancher il faudrait d’abord comprendre (...)

12 août 2004 - Droits de l’homme

Droits de l’homme pour l’Humanisme Méthodologique ils peuvent se résumer à ceci : 1 - La dignité (...)