Pour réhabiliter le politique

Redonner Sens à l’élection
samedi 1er décembre 1990
par  Roger Nifle
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Il est temps de repenser le politique pris entre une scène publique de disqualification et une scène locale où le dévouement au bien commun et la confiance des électeurs restent majoritaires.

Il est vrai que la conception machiavelienne du politique qui est souvent celle des partis et de "techniciens" des collectivités ou de l’Etat ignore le Sens du bien commun y substituant un supposé intérêt général bien particulier.

Le politique , on le voit, réclame une nouvelle compréhension

et de nouveaux repères. Il est presque entièrement

dominé par des logiques qui ressortissent de cohérences

humaines préjudiciables à tous :

celles de la possession et du pouvoir d’emprise


celles du rationalisme qui résout

la question au prix de l’abandon du réel de l’humain au

profit de ses seules formes, fussent-elles idéalisées.


celles du naturalisme, qui s’éloigne

des deux et se fondent sur la négation du spécifique

humain, ramène le politique à une gestion des choses.

La logique que nous développons

ici fait du Sens l’essentiel et le spécifique de l’humain

donc l’enjeu essentiel du politique, sa justification même.

Il y faut associer des modalités indicatrices qui permettent

aux hommes politiques d’en suivre la flèche, au moins

déjà du regard.


I - COHERENCES POUR REHABILITER LE POLITIQUE

ET S’IL FALLAIT A NOUVEAU SE METTRE A PENSER ? (1990)



C’est aujourd’hui un sentiment diffus : Rien ne va plus au royaume

du politique. Les hommes politiques reçoivent de plein

fouet le soupçon d’être la cause d’une certaine

crise de confiance sans doute en l’absence d’une crise de conscience

trop longtemps différée.


Peut être faut-il voir un peu plus loin que la dénonciation

des turpitudes et celle d’une incompétence masquée

par les petites et grandes manoeuvres du pouvoir.


Les politiques seraient-ils si vils qu’alors le politique en

aurait perdu toute noblesse ? Sans parler de la politique ! Elle

est populairement comprise trop souvent comme art de la manipulation

intéressée de tout et de tous.


Dans d’autres milieux (dans les entreprises le terme de politique

fait partie de ces concepts flous fréquemment utilisés)

n’entend-t-on pas dire aussi "ma politique c’est de faire

ceci ou cela", ou même "la meilleure politique

c’est de ne pas en avoir", sans doute pour signifier que

seul l’évènement commande l’action, toute réactive,

de l’homme de pouvoir ?


Il y a là un signe qui doit nous alerter. Si les politiques

ont si mauvaise presse, c’est peut-être que le "politique"

est un terme qui a perdu son sens.


Au fond n’y a-t-il pas un rapport entre la signification du terme

et le sens idéologique du gouvernement de la cité.

Lorsque meurent les idéologies alors meurt le sens qu’elles

portent et celui des termes qu’elles soutenaient de leur élan

et de leurs horizons.


La crise du politique est une crise du Sens, symptôme d’une

crise de civilisation, si souvent évoquée, jamais

élucidée. Tel n’est pas notre propos ici.


Cependant réhabiliter le politique ne peut s’envisager

qu’en lui redonnant un Sens.


Sens de l’action politique, Sens du rôle des politique,

Sens de l’avenir engagé, Sens qui fait la substance des

CON-SENSUS. C’est aussi le Sens qui donne une cohérence

à la vie des hommes et des communautés, des individus

et des sociétés, à l’action présente

en vue de l’avenir, à l’identité collective qui

est projection, donc en projet (il y a là une définition

de la notion de cohérence par l’unité de sens d’un

ensemble de facteurs).


Réhabiliter le politique, c’est renouer avec l’essentiel,

mais c’est aussi oser déroger à la loi du superficiel

qui n’est pas sans contribuer à creuser le vide où

il semble devoir s’abîmer.


Au contraire, n’est-ce pas en touchant au coeur de l’homme que

le politique va retrouver son Sens -Sens humain, il va de soi.


Mais alors n’y aurait-il pas quelque cohérence à

avouer entre :

La noblesse du politique ancrée

dans une éthique qui donne valeur par son Sens au coeur

de l’homme.


L’autorité politique fondée

dans sa nature d’incarnation d’un con-sensus lequel justifie,

en retour, l’élu du coeur de la communauté.


La maîtrise de l’action politique

qui est pouvoir, pouvoir d’accomplir la vocation singulière

de la cité, voie ou Sens d’accomplissement du lien d’urbanité.

Et enfin, si le Sens est le coeur de l’homme,

c’est la nature humaine qui fonde toute cohérence du politique

et qui ressource toute réhabilitation.


Telle est la perspective ouverte par l’anthropologie nouvelle

inaugurée par la Théorie des Cohérences

Humaines et sa vision "cohérencialiste" du politique.


Aussi le projet de réhabilitation du politique peut-il

n’être pas vain ou simple réhabillage de conscience

(bonne) ou de façade (belle).


Aussi est-il clair que la crise du politique trouve sa source

dans la perte de vue de la question du Sens et le déclin

de ses prothèses-idéologiques.


Elle se révèle simultanément :

dans le soupçon qui subvertit la

noblesse faute de sens éthique,


dans l’absentéïsme et la dérision

démagogique disqualifiant l’autorité, rendue in-signifiante

faute d’incarnation d’un con-sensus.


dans les jeux possessifs du pouvoir compensant

l’absence de maîtrise, faute d’avoir discerné le

Sens de la marche où toute communauté trouve à

accomplir sa vocation propre.

LA NOBLESSE DU POLITIQUE<FONT

FACE="Arial"> , c’est le courage d’assumer le Sens de ce qui

fait Valeur pour les hommes. Il y faut des hommes valeureux.

Et ce qui fait la valeur, c’est ce qui contribue au bien de l’homme,

c’est-à-dire ce qui va selon l’éthique.


Mais que serait le bien de l’homme s’il devait être radicalement

indépendant de la Nature humaine. Y-a-t-il une éthique

des composés biochimiques ? S’il y a des faiseurs de ce

genre d’éthique alors ne nous étonnons pas que

leurs éventuels alliés politiques ne trouvent âme

qui vive le jour des élections sauf peut-être quelqu’âme

biochimique ou quelqu’amer esprit de sel.


Peut-on réhabiliter la Noblesse du politique sans retrouver

référence à l’essentiel, à ce qui,

dans sa nature, propre marque en l’homme la voie de son accomplissement.


L’AUTORITE DU POLITIQUE , c’est l’incarnation

responsable du Sens en consensus (qui, donc, en répond).


Elle est ainsi, avant tout, symbolique, c’est-à-dire figure

signifiante et signifiant l’alliance qui noue le collectif en

communauté : territoriale, nationale, locale, citoyenne,

etc... Mais si le lien est Sens partagé alors l’identité

collective se forme en projet commun, perspective de développement

et non en simple mirage statique ou statistique. Alors l’identité

élective est celle de celui qui, s’en faisant comme l’Auteur,

se retrouve faire Autorité.


La Théorie des Cohérences culturelles montre que

toute communauté humaine, nation, cité, a une personnalité

culturelle dont l’un des sens détermine une "vocation"

originale. Donnant une finalité possible à la collectivité

le politique y trouve sa justification et son enjeu.


Son projet politique, dans lequel se reconnaît la communauté,

est ce par quoi il en est reconnu. Reste à connaître

du consensus, le plus intime, l’âme de la communauté,

sa personnalité culturelle profonde, ce que mettent de

leur coeur en partage les hommes qui la composent.


LA MAITRISE DU POLITIQUE , c’est, on s’en doute,

la maîtrise du Sens. Mais comment ne pas en appeler au

sens de la maîtrise, celui qui dans la tradition signifiait

Pouvoir, pouvoir "servir", étymologiquement

racine des termes "ministre" et "administration".

Sens de la maîtrise qui ne peut être autre que celui

d’un talent selon une vocation, comme celle que le compagnon

cultivait en allant son chemin.


Ici, la compagnie est la communauté, dotée d’une

vocation propre, l’homme politique, le compagnon qui l’accompagne.

Comme le disent si bien les mots, si on en écoute le Sens,

partager le pain en compagnie ne suffit pas, encore faut-il qu’il

y ait une fin, un Sens, un consensus (l’économique est

condition, mais pas fin du politique si tant est que l’homme

ne se nourrit pas que de pain).


La maîtrise du politique, c’est l’art d’accomplir en actes

la vocation commune, c’est la science des voies et moyens du

développement de cette vocation dans son économie

et dans ce qu’elle réclame d’éducation pour se

conduire et dans ce qui y a de potentialités à

y mettre en culture pour faire civilisation.


C’est encore la méthode par laquelle l’homme politique

responsable pourra :

Discerner le Sens de la vocation collective

au coeur de la personnalité culturelle de la communauté :

quartier, nation ou cité,


Eclairer le Sens de son devenir et de ses

horizons spécifiques au travers d’un projet identificatoire.

Projet d’entreprise commun et aussi des lumières que chaque

événement obscur réclame.


Incarner le Sens pour faire repère

et le signifier au travers d’actes symboliques et des signes

de l’Autorité afin que le lieu du lien social soit rappelé

et en appelle toujours au meilleur.


Impulser le Sens afin que la parole politique

s’incarne aussi en mouvement collectif par le biais des relais

indispensables et selon les stratégies qui conjuguent

intentions et circonstances.

La maîtrise du politique est celle

de la pertinence et de la cohérence de l’action toujours

selon un Sens : celui d’une vocation collective.


On en vient à découvrir que s’il n’y a pas de vocation

à discerner et accomplir dans les communautés humaines

alors le politique n’a pas de Sens et les hommes politiques ne

sont que marionnettes en théâtre, actionnées

par les fils de leurs faims.


Il faut pour cela reconsidérer l’anthropologie celle qui

dit quelque chose de la nature de la personne humaine et, par

voie de conséquence, du lien du Sens de la communauté,

l’axe de cohérence des affaires et entreprises humaines.


Peut-être faut-il aussi essayer de se mettre à penser

pour dépoussiérer quelques visions idéologiques

figées dans les contingences historiques des passés

qui sont leurs, pour aussi ne pas se laisser aller au courant

qui, d’un même mouvement, creuse le vide de sens du politique

et se réalise dans des visions "modernistes"

néomécanistes qui s’offriraient volontiers à

le combler de Néant. Autogénérateur paraît-il.

Ah ! l’amour du désordre en politique ! Révolutionnaire

non ?


Peut-être faut-il se mettre, à penser le politique

autrement qu’à réfléchir en miroir le déjà

pensé.C’est ce qu’offre aujourd’hui à engager la

Théorie des Cohérences Humaines, cohérences

aussi bien de "l’homo-politicus", le nouvel homme politique

réhabilité.