La mutation de civilisation est inhérente à la nature huamaine. Après l’âge de la raison vient l’âge du Sens. Un seuil est à franchir, le seuil de maturescence. C’est cela une mutation, transition entre deux âges.
La mutation de civilisation
Nous sommes entrés dans une ère nouvelle qui
se caractérise par le franchissement d’un seuil de
maturescence.
L’a précédée une ère des représentations
dont toutes nos structures, nos modèles, nos élites
sont issus. Une crise majeure des représentations est en
cours dont il faut bien comprendre la nature et l’issue.
L’issue c’est le passage, le seuil de maturescence (hominescence
dit Michel Serres). Le moment où la dimension intentionnelle
de l’expérience de l’existence est en question, instaurant
une crise de Sens. L’issue de celle-ci est évidemment le
début d’une maîtrise du Sens, fondateur du sujet,
lieu de toute liberté et de toute maîtrise véritable.
Nous allons examiner ce que sont ces deux crises, salutaires
si on en trouve l’issue favorable.
La crise des représentations
La France a pris une position avancée à l’âge
des représentations notamment pour l’émergence de
l’individualité, confondue souvent avec une "libération"
signe, plutôt, d’une crise d’adolescence.
La
révolution française n’a pas débouché
sur une voie de liberté humaine mais sur l’ordre Napoléonien
et aussi l’emprise impérieuse de l’ordre des représentations
rationnelles. Victoire du rationalisme, elle n’a pas été
toujours une victoire de l’homme. En particulier la déification
de la Raison, la sacralisation de représentations idéalisées
ont voulu donner à celles-ci un caractère universel.
C’est pour cela que ce pays est entré maintenant pour une
part en résistance contre l’évolution humaine mondiale,
la mutation d’entrée dans l’âge du Sens. Sous prétexte
de s’opposer, à juste titre, à des régressions,
c’est toute progression humaine qui est rejetée. De ce
fait la crise des représentations y est plus forte mais
la mutation de l’humanité l’emportera.
La crise des représentations c’est par exemple la crispation
sur les représentations anciennes. On n’a jamais autant
entendu sacralisées les références idéologiques
des siècles précédents et aussi bientôt
des modèles de sociétés et de comportement.
La crise des représentations dans un autre Sens, c’est
la fuite en avant avec l’équation : multiplication des
représentations / disqualification des représentations.
Prolifération et vanité des signes et des images,
cynisme de la vanité des représentations (lois,
modèles, sciences...).
La crise des représentations, c’est aussi la régression
vers des âges antérieurs, le primat du factuel, du
concret, du court terme, de l’utilitaire d’abord, puis l’engagement
dans la voie de la domination émotionnelle avec les fantasmes
de toute puissance, le confusionnel et la manipulation experte
de l’émotion publique dans le seul but de disqualifier
"la voix de la Raison" et toute autorité. Cela
fait le lit des populismes qui s’en nourrissent avidement (communautés
archaïques d’extrême droite et d’extrême gauche,
intégrismes religieux ou rationalistes, etc...).
La crise des représentations débouche aussi sur
une issue découvrant que les représentations ne
sont pas le Sens mais le véhiculent, que la lettre n’est
pas l’esprit.
L’idée de démocratie n’est pas le Sens de la
démocratie on le voit bien. Dans tous les domaines où
nous avons jalonné le progrès humains de modèles,
d’idées, de références, à juste titre
en son temps, il nous faut en réinterroger le Sens, l’essentiel
donc.
Ce faisant on s’aperçoit de deux choses. Il y a de nombreux
Sens qui nous sollicitent et que nous devrions discerner pour
choisir et que ce choix est personnel, puis par voie de responsabilité,
il implique toute la communauté avec la question du Sens
du bien commun.
L’autre chose à découvrir est que le Sens est
véhiculé par tous les plans de l’expérience
et donc de la réalité.
L’émotion, le factuel, les représentations véhiculent
le Sens ensemble. Cela donne aux représentations un rôle
particulier mais pas exclusif. Un rôle de plus grande maîtrise
par rapport aux composantes précédentes mais au
service du Sens. Le langage en est un moyen privilégié.
En particulier nous devons considérer que la raison
sert le Sens, ordonne les choses dans un Sens. Seulement cela
peut être le pire ou le meilleur et, contrairement à
la pensée de Kant nous ne pouvons dire que la Raison est
par elle même le critère du "bon" Sens
("Comment s’orienter dans la pensée" d’Emmanuel
Kant). La raison reste une vertu dès lors qu’elle sert
le Sens de l’accomplissement ou du bien commun.
On ne peut pas dire que la raison technique d’organisation
terroriste, ou la raison instrumentale des puissances économiques
ou la raison du plus fort de quelques puissances politiques soient
justifiées par la seule raison, alors que le rationalisme
en permet l’argument malgré ses dénégations
et conformément à toute l’expérience des
siècles précédents.
La crise de Sens,
C’est l’issue de la crise des représentations. Un de
ses aspects c’est la remise en question des communautés
de pensée, des conceptions du monde et de l’homme en vigueur
précédemment. Une lecture de la crise de Sens est
la suivante.
La dialectique du Sens de la possession et du rationalisme
idéaliste a dominé les siècles précédents
avec leurs arguments fondateurs. L’opposition de la passion et
de la raison, du pouvoir d’emprise et de la raison idéale
a occupé les esprits et la crise des représentations
en donne de curieux mélanges : technocraties, intégrisme
rationaliste, puissances technologiques militaires ou économiques...
Ces deux Sens, toujours à l’oeuvre, sont de plus en
plus supplantés par deux autres "nouveaux paradigmes".
L’un l’antihumanisme radical de plus en plus largement répandu
dénie toute nature humaine et fait dériver les affaires
humaines de la "nature des choses". L’autre, dont la
position est inverse, est représentée notamment
par l’humanisme méthodologique et radical.
La position de l’humanisme méthodologique ici développée
est celle d’une issue à la crise de Sens capable de relier
les affaires humaines existentielles à la question du Sens
de l’existence et aussi de l’origine et la fin de l’humanité
de l’homme (question évacuée si on nie cette humanité
malgré les prothèses que certains tenteraient de
greffer sur ce néant d’être avec un supposé
humanisme pratique reposant sur un antihumaniste théorique).
La mutation actuellement engagée ne vit pas la crise
des représentations ou du Sens uniquement sur le monde
du trouble. Il y a aussi déjà une image laboratoire
d’expérimentation avec la création du cyberspace,
ce monde virtuel, cette "réalité augmentée"
qui montre bien, à qui consent à le considérer,
comment le réel est humain et le virtuel sa réalisation.
L’étymologie de virtuel WIR renvoie bien aux questions
intentionnelles (aspirations, autonomie, maîtrise) avec
les termes de vertu, valeur, virtuose notamment qui s’y rapportent.
Le virtuel est la chair de l’homme dit Michel Serres a juste titre,
mais la chair de l’homme c’est l’incarnation du Sens en consensus,
la réalité existentielle avec toutes ses dimensions.
Voilà donc l’actualité du grandir à l’échelle
de l’humanité (universelle) mais aussi à l’échelle
communautaire, culturelle et personnelle.
Il est bien évident que si le monde va dans ce Sens
d’accomplissement, condition pour qu’il en gravisse les degrés,
constitution de l’humanité elle même, cela n’exclue
aucun des autres Sens et encore moins les régressions.
En outre un niveau d’évolution avancé dans telle
problématique humaine (conSensus, situation) ne dit rien
des niveaux d’évolution dans d’autres problématiques
que nous portons en nous.
Cela nous engage à une certaine prudence quant à
à la tentation de glorification de la maîtrise personnelle
ou communautaire avec en plus l’humilité que réclame
et confère la maîtrise quant à la limite notamment
de sa participation au conSensus des autres, nombreux, et aussi
à l’enjeu de l’exercice de la maîtrise qui est le
service des autres dans le Sens du bien commun.
Ci-dessous les liens avec différents textes pour illustrer
les crises que nous traversons, les émergences de l’âge
du Sens et la mutation de notre époque :
La crise, quelle crise ?
Paradigme ! Vous avez-dit nouveau paradigme ?
Le Sens du virtuel
Le temps des communautés virtuelles
Le temps du virtuel aux portes de la cite intérieure
Le virtuel et le réel
Pourquoi l’âge du virtuel est-il l’âge d’homme ?
Panorama de la mutation
La mutation et après, naissance d’un monde à visage humain