La mutation de civilisation

Le seuil de maturescence
mercredi 21 juillet 2004
par  Roger Nifle
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La mutation de civilisation est inhérente à la nature humaine. Après l’âge de la Raison vient l’âge du Sens. Un seuil est à franchir, le seuil de maturescence. C’est cela une mutation, transition entre deux âges.

Nous sommes entrés dans une ère nouvelle qui se caractérise par le franchissement d’un seuil de maturescence.

L’a précédée une ère des représentations dont toutes nos structures, nos modèles, nos élites sont issus. Une crise majeure des représentations est encours dont il faut bien comprendre la nature et l’issue.

L’issue c’est le passage, le seuil de maturescence (hominescence dit Michel Serres). Le moment où la dimension intentionnelle de l’expérience de l’existence est en question, instaurant une crise de Sens. L’issue de celle-ci est évidemment le début d’une maîtrise du Sens, fondateur du sujet,lieu de toute liberté et de toute maîtrise véritable.

Nous allons examiner ce que sont ces deux crises, salutaires si on en trouve l’issue favorable.

La crise des représentations

La France a pris une position avancée à l’âge des représentations notamment pour l’émergence de l’individualité, confondue souvent avec une "libération"signe, plutôt, d’une crise d’adolescence.

La révolution française n’a pas débouché sur une voie de liberté humaine mais sur l’ordre Napoléonien et aussi l’emprise impérieuse de l’ordre des représentations rationnelles. Victoire du rationalisme, elle n’a pas été toujours une victoire de l’homme. En particulier la déification de la Raison, la sacralisation de représentations idéalisées ont voulu donner à celles-ci un caractère universel.C’est pour cela que ce pays est entré maintenant pour une part en résistance contre l’évolution humaine mondiale,la mutation d’entrée dans l’âge du Sens. Sous prétexte de s’opposer, à juste titre, à des régressions,c’est toute progression humaine qui est rejetée. De ce fait la crise des représentations y est plus forte mais la mutation de l’humanité l’emportera.

La crise des représentations c’est par exemple la crispation sur les représentations anciennes. On n’a jamais autant entendu sacralisées les références idéologiques des siècles précédents et aussi bientôt des modèles de sociétés et de comportement.

La crise des représentations dans un autre Sens, c’est la fuite en avant avec l’équation : multiplication des représentations / disqualification des représentations.Prolifération et vanité des signes et des images,cynisme de la vanité des représentations (lois,modèles, sciences...).

La crise des représentations, c’est aussi la régression vers des âges antérieurs, le primat du factuel, du concret, du court terme, de l’utilitaire d’abord, puis l’engagement dans la voie de la domination émotionnelle avec les fantasmes de toute puissance, le confusionnel et la manipulation experte de l’émotion publique dans le seul but de disqualifier"la voix de la Raison" et toute autorité. Cela fait le lit des populismes qui s’en nourrissent avidement (communautés archaïques d’extrême droite et d’extrême gauche,intégrismes religieux ou rationalistes, etc...).

La crise des représentations débouche aussi sur une issue découvrant que les représentations ne sont pas le Sens mais le véhiculent, que la lettre n’est pas l’esprit.

L’idée de démocratie n’est pas le Sens de la démocratie on le voit bien. Dans tous les domaines où nous avons jalonné le progrès humains de modèles,d’idées, de références, à juste titre en son temps, il nous faut en ré-interroger le Sens, l’essentiel donc.

Ce faisant on s’aperçoit de deux choses. Il y a de nombreuxSens qui nous sollicitent et que nous devrions discerner pour choisir et que ce choix est personnel, puis par voie de responsabilité,il implique toute la communauté avec la question du Sens du bien commun.

L’autre chose à découvrir est que le Sens est véhiculé par tous les plans de l’expérience et donc de la réalité.

L’émotion, le factuel, les représentations véhiculent le Sens ensemble. Cela donne aux représentations un rôle particulier mais pas exclusif. Un rôle de plus grande maîtrise par rapport aux composantes précédentes mais au service du Sens. Le langage en est un moyen privilégié.

En particulier nous devons considérer que la raison sert le Sens, ordonne les choses dans un Sens. Seulement cela peut être le pire ou le meilleur et, contrairement à la pensée de Kant nous ne pouvons dire que la Raison est par elle même le critère du "bon" Sens("Comment s’orienter dans la pensée" d’Emmanuel Kant). La raison reste une vertu dès lors qu’elle sert le Sens de l’accomplissement ou du bien commun.

On ne peut pas dire que la raison technique d’organisation terroriste, ou la raison instrumentale des puissances économiques ou la raison du plus fort de quelques puissances politiques soient justifiées par la seule raison, alors que le rationalisme en permet l’argument malgré ses dénégations et conformément à toute l’expérience des siècles précédents.

La crise de Sens,

C’est l’issue de la crise des représentations. Un de ses aspects c’est la remise en question des communautés de pensée, des conceptions du monde et de l’homme en vigueur précédemment. Une lecture de la crise de Sens est la suivante.

La dialectique du Sens de la possession et du rationalisme idéaliste a dominé les siècles précédents avec leurs arguments fondateurs. L’opposition de la passion et de la raison, du pouvoir d’emprise et de la raison idéale a occupé les esprits et la crise des représentations en donne de curieux mélanges : technocraties, intégrisme rationaliste, puissances technologiques militaires ou économiques...

Ces deux Sens, toujours à l’oeuvre, sont de plus en plus supplantés par deux autres "nouveaux paradigmes".

L’un l’antihumanisme radical de plus en plus largement répandu dénie toute nature humaine et fait dériver les affaires humaines de la "nature des choses". L’autre, dont la position est inverse, est représentée notamment par l’Humanisme Méthodologique et radical.

La position de l’Humanisme Méthodologique ici développée est celle d’une issue à la crise de Sens capable de relier les affaires humaines existentielles à la question du Sens de l’existence et aussi de l’origine et la fin de l’humanité de l’homme (question évacuée si on nie cette humanité malgré les prothèses que certains tenteraient de greffer sur ce néant d’être avec un supposé humanisme pratique reposant sur un antihumaniste théorique).

La mutation actuellement engagée ne vit pas la crise des représentations ou du Sens uniquement sur le monde du trouble. Il y a aussi déjà une image laboratoire d’expérimentation avec la création du cyberspace,ce monde virtuel, cette "réalité augmentée"qui montre bien, à qui consent à le considérer,comment le réel est humain et le virtuel sa réalisation.

L’étymologie de virtuel WIR renvoie bien aux questions intentionnelles (aspirations, autonomie, maîtrise) avec les termes de vertu, valeur, virtuose notamment qui s’y rapportent.Le virtuel est la chair de l’homme dit Michel Serres a juste titre,mais la chair de l’homme c’est l’incarnation du Sens en consensus,la réalité existentielle avec toutes ses dimensions.

Voilà donc l’actualité du grandir à l’échelle de l’humanité (universelle) mais aussi à l’échelle communautaire, culturelle et personnelle.

Il est bien évident que si le monde va dans ce Sens d’accomplissement, condition pour qu’il en gravisse les degrés,constitution de l’humanité elle même, cela n’exclue aucun des autres Sens et encore moins les régressions.En outre un niveau d’évolution avancé dans telle problématique humaine (conSensus, situation) ne dit rien des niveaux d’évolution dans d’autres problématiques que nous portons en nous.

Cela nous engage à une certaine prudence quant à la tentation de glorification de la maîtrise personnelle ou communautaire avec en plus l’humilité que réclame et confère la maîtrise quant à la limite notamment de sa participation au conSensus des autres, nombreux, et aussi à l’enjeu de l’exercice de la maîtrise qui est le service des autres dans le Sens du bien commun.

Ci-dessous les liens avec différents textes pour illustrer les crises que nous traversons, les émergences de l’âge du Sens et la mutation de notre époque :

La crise, quelle crise ?

Paradigme ! Vous avez-dit nouveau paradigme ?

Le Sens du virtuel

Le temps des communautés virtuelles

Le temps du virtuel aux portes de la cite intérieure

Le virtuel et le réel

Pourquoi l’âge du virtuel est-il l’âge d’homme ?

Panorama de la mutation

La mutation et après, naissance d’un monde à visage humain