L’individualité existentielle

ou l’existence individuelle HM11
mercredi 21 juillet 2004
par  Roger Nifle
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Nous nous identifions communément à notre existence. Je suis celui qui dispose de cette existence là avec toutes ses dimensions. Or cette existence que nous avons est ce que nous sommes seulement cela ? Déjà reconnaissons ce qui fait notre existence individuelle.

En général nous nous voyons les uns les autres comme des individus qui partagent un même monde chargés de mille différences certes mais constitués de composantes identiques.

Une conception classique mais très fortement soutenue à notre époque fait dériver notre existence individuelle de la combinaison complexe de facteurs du monde environnant dont nous serions les produits. La production exclusivement biologique en est une version des plus courante, frappée du seau de la certitude pour beaucoup. Dans ce cadre là la dialectique de l’inné et de l’acquis ne change rien au fond, nous serions naturellement totalement conditionnés.

Nous allons simplement décrire ici la structure existentielle de notre individualité selon l’anthropologie de l’humanisme méthodologique.

Cette structure est appelé cohérenciel, en voici le contenu :

STRUCTURE COHÉRENCIELLE OU COHÉRENCIEL
DE L’EXISTENCE INDIVIDUELLE DE L’HOMME

Un sujet intentionnel. Il apparaît que les individus humains sont porteurs d’intentions, multiples, choisies en conscience ou non, libres ou influencées, maîtrisées ou inconscientes.

Le fait qu’il puisse y avoir une libre intention, autonome, responsable, une volonté propre, indique qu’il y a, derrière le sujet, une transcendance, celle de l’Instance. L’intention, consciente ou non qui est la nôtre semble orienter le regard sur le monde et engager à l’action tout en déterminant des critères et des repères qui leur donne valeur.

Enfin on notera que cette ’intention’ peut prendre de nombreux visages : aspiration, motivation, désir, volonté, force intérieure, etc...

Un objet complexe.

L’individu peut être analysé objectivement non seulement selon les facteurs qui le composent mais aussi ceux qui le conditionnent. Les sciences en multiplient les analyses

Cependant une chose est d’être conditionné par des facteurs constituants ou environnants autre chose serait de n’être qu’un pur effet de conditionnements. C’est ce qui différencie l’homme de tout autre chose qui, n’ayant pas d’Instance transcendante, ne peut échapper aux déterminations et leurs aléas, au hasard et à la nécessité.

Il est juste néanmoins de remarquer l’interdépendance universelle des individus dans leur environnement. C’est la marque de la contingence de l’existence à laquelle les hommes ne se réduisent pas.

Les individus que nous sommes sont dépendants et si nous ne considérons que cette dimension nous pouvons les croire n’être que dépendants alors qu’ils peuvent aussi devenir autonomes.

L’autonomie consiste donc, on le voit à ce premier stade, à déterminer le Sens, l’orientation, l’engagement à donner à cette dépendance quitte d’ailleurs à choisir certaines dépendances plutôt que d’autres. Voilà une première approche de la question de la liberté.

Une histoire en projet

On ne peut pas définir un individu par son état instantané. Il a une histoire, un commencement, une fin. Il en vit les péripéties, les transformations. Notre corps change, on le voit bien, et ce changement a un début et une fin. Il n’y a pas que notre corps qui change, c’est toute notre individualité au travers des modes de vie, des expériences, des engagements qui fait que nous évoluons sans cesse. Il se trouve encore que cette évolution n’est pas n’importe laquelle, elle constitue une histoire et cette histoire peut être, si on s’y engage, celle d’un accomplissement humain qui intègre les conditions de l’existence mais aussi une intentionnalité qui en marque le Sens.

Cette histoire de l’existence individuelle peut avorter, diverger, échouer, réaliser des ambitions, se disperser. Progresser et grandir, représentent aussi une façon de comprendre et donner un Sens à cette histoire.

On verra qu’il y a en effet une trajectoire d’évolution humaine qui est possible lorsque que c’est l’accomplissement qui est choisi et visé. Rien n’y oblige, c’est une possibilité parmi d’autres, mais quel enjeu !

La composante affective.

L’existence d’un individu est faite aussi d’un vécu : multitudes de sentiments, d’émotions, d’appréciations, de répulsions, de souffrances et de bonheurs, de joies et de tristesses. Cela donne une certaine consistance à l’existence individuelle, subie ou choisie, influencée ou agissante.

Ce vécu, certains en fond l’essentiel et même la source, on verra pourquoi. Il est en fait l’éprouvé de ce qui nous affecte, l’éprouvé de nos rapports avec les acteurs et facteurs de l’existence, selon le Sens que nous leur donnons, qu’ils prennent pour nous et donc l’intention à leur égard. En particulier les relations inter individuelles sont le lieu d’une affectation réciproque qui justifie ou seulement aide à réguler ces relations.

La composante corporelle

Nous connaissons notre existence pour une part par les interactions physiques que nous avons avec le monde. C’est comme cela que nous acquérons comportements et savoir-faire en rapport avec les autres corps, les choses qui nous environnent que nous façonnons et utilisons avec notre propre corps. Notons cependant que ce que nous savons de notre estomac est surtout de l’ordre des sensations éprouvées et des représentations mentales. C’est dire le caractère relatif de cette connaissance corporelle, corporéité que certains placent à la base essentielle de l’individu.

La composante mentale

Décrire un individu sans tenir compte de ce qu’il vit et exprime par le langage, sans ses représentations culturelles, sociales, son identité, son statut, la place qu’il occupe dans les institutions et organisations de la cité serait un manquement à son intégrité. A l’extrême, certains feront de ces représentations l’alpha et l’oméga de l’individu (citoyen par exemple). Considérons cependant que le sujet qui s’engage et se projette dans une histoire, celle de son existence, dans les conditions particulières qui sont les siennes, prend une place dans le rapport aux autres, au monde et la société à laquelle il s’identifie et par laquelle il est identifié.

Il suffit à ce stade de remarquer que l’identité de soi pour l’individu et son identité pour les autres ne se recouvrent probablement qu’en partie.

L’intégrité et l’intégration de l’individu

Si l’individualité est l’existence d’une personne alors l’ensemble des composantes de son existence individuelle peut être envisagé dans son intégralité, comme lui appartenant en propre en même temps que cette existence est conditionnée par son environnement. On peut alors envisager cette individualité comme du dedans (l’Instance) et comprendre les articulations entre ces dimensions et composantes.

Notons simplement pour le moment que la subjectivité avec ses volets mentaux et affectifs correspond à ce que l’on appelle quelque fois la psyché ou l’âme psychique, lieu des phénomènes psychologiques.

Cependant toutes les dimensions de l’individu et les composantes de son existence ne sont pas la juxtaposition d’organes ou de fonctions mais les différentes facettes de la même chose. Ce qui se présente pour l’une d’elle est présent pour toutes les autres même si nous en considérons tel ou tel mode d’expression privilégié. On ne peut séparer ce qui n’est qu’un visage de l’intégralité individuelle. L’intégrité de la personne en dépend.


Commentaires  forum ferme

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mardi 5 juin 2007 à 15h43 - par  Roger Nifle

Bonjour,

Je ne pense pas que l’africain soit un être humain différent au point que les analyses anthropologiques ne s’appliqueraient pas de même manière.

Cependant il y a des questions de cultures ou bien des questions de maturité humaine qui font que "la conscience" de l’individualité existentielle puisse être encore insuffisante ou déviante (individualisme).

En Europe la Renaissance a contribué à développer cette conscience existentielle de l’individu. Cependant si les Lumières l’ont confortée est apparu aussi cette déviance individualiste qui a dominé la fin du 20ème siècle.

Qu’en est-il historiquement en Afrique ? Il y a certainement des réponses différentes.

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mardi 29 mai 2007 à 15h38 - par  Blaise Désiré TSAFACK

Je suis étudiant à l’université de Yaoundé I.

Je voudrai savoir quelle place accorde la théorie de l’individualité existencielle à l’africain ?

Merci de me repondre !

Blais Désiré TSAFACK

B.P 33145 Yaoundé-Cameroun

Tel. +237 22 02 06 62