Le virtuel et le réel

Pour approfondir une étrangeté
jeudi 1er août 1996
par  Roger Nifle
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Le virtuel est souvent considéré comme antinomique au réel. Il en est ici montré le contraire.

C’est sans doute la caractéristique d’une révolution copernicienne de changer le point de vue sur le monde si bien que celui-ci semble en être transformé, alors que pour beaucoup rien n’a changé.Lorsqu’un horizon de conscience vient à être dépassé, il faut toujours faire un effort pour comprendre ce qui, au-delà, est devenu évidence.

L’emergence de la culture du virtuel est bien de cette nature
et cet éditorial en montrera les multiples facettes.

Le virtuel c’est ce qui est porteur des intentions humaines.
Or la théorie des Cohérences Humaines montre que c’est la réalité, le monde, qui portent pour l’homme cette vertu.
C’est d’ailleurs pour cela que nos changements de point de vue changent la face du monde et, du même coup, notre façon de vivre et d’agir, de connaître et de partager.

L’expression réalité virtuelle est pléonasmatique.
Toute réalité est virtuelle dans la mesure où elle traduit le Sens d’un regard humain, où elle véhicule le Sens des attentes et aspirations humaines, où elle est la médiation, le moyen, le milieu, par lequel et dans lequel le Sens humain se réalise et se révèle.

L’âge du virtuel est ainsi par excellence l’âge d’homme ;
celui de la mondialisation, c’est à dire de l’appropriation du monde par l’homme comme monde humain,voué aux intentions humaines.
La réalité, ou plutôt les réalités, ce sont les expériences "réalisées" par les hommes, actualisations de leurs Sens (spirituels) par les sens (expérientiels).

L’âge du virtuel est aussi l’âge du Sens, celui où les questions de Sens se révèlent essentielles, devenues accessibles à qui en a la maturité, ou simplement partagées par qui participe du mouvement de mutation que le monde connait actuellement.

C’est aussi l’âge des communautés humaines, de nature humaine.
Ce sont des communautés de Sens, toutes différentes et donc des communautés de réalités partagées. Alors pour ces communautés, que l’on peut dire virtuelles, leur réalité est virtuelles en tant que portant le Sens de leur devenir, de leur vocation, de leurs réalisations. C’est là, bien sûr, une définition de la notion de culture, si bien que nous rentrons aussi dans l’âge des cultures.

Reste que si le Sens constitue le lien de toute communauté humaine,
alors il est le vecteur de son engagement dans l’histoire, celui de l’entreprise de son devenir, de son développement, de son évolution, de son progrès, de sa maturation, de sa civilisation, de son accomplissement, du service de sa population et aussi des autres communautés.

Ainsi l’âge du virtuel est aussi celui de la civilisation de l’entreprise où la réalité se révèle le théatre, le moyen, le milieu de toute entreprise humaine. Tout ceci est lourd de conséquences pour les entreprises, les collectivités, publiques et de tous ordres, et pour les responsables qui, a un titre ou un autre ont charge de diriger ou se diriger, c’est à dire donner le Sens.

Mais bien sûr tous les Sens humains ne se valent pas, toutes les intentions humaines ne sont pas saines. C’est là le prix de la liberté de l’homme, d’avoir à l’assumer, donc d’être responsable du Sens dans lequel il s’engage et il engage les autres.

En définitive, un surcroit de maturité de la civilisation humaine
découvre plus avant les profondeurs de l’humain et, du même coup, celles de la réalité. Les hommes s’en trouvent aussi plus responsables, plus conscients et mieux à même de se défaire des fatalités et determinismes dont il se croient l’objet.

Et le réel dans tout cà ? La réalité est communément confondue avec le réel. C’est la croyance et le point de vue le plus communément répandu, surtout en ce qui concerne notre propre réalité, individuelle et collective. C’est pour cela que ce qui est le réel de la réalité : le Sens humain, est pris pour irréel, abstrait, idéal, alors que cela en est subtanciellement la racine, le principe fondateur et explicatif. Dès lors la culture du virtuel est, étonnament pour certains, la culture du réel humain qui anime toute réalité.

Le recours au Sens des mots, Sens humain, Sens originel, principiel, toujours à discerner, qui fait du langage une réalité virtuelle, devient une discipline de l’age du virtuel, âge du Sens, âge de l’homme âge, enfin du réel humain.

Alors dans la pensée, dans l’action, dans tout engagement, la culture du virtuel est à prendre au sérieux. C’est ce qui est le plus éclairant, le plus concret, le plus pratique, le plus pertinent, le plus cohérent, le plus performant. Vertu, valeur, courage, force, volonté, font aussi partie du champ sémantique du virtuel.

Il est toujours difficile de changer ses assises ( supposées). Pour beaucoup, mieux vaut souffrir et faire souffrir que changer. Ce phénomène est largement à l’oeuvre avec tous ses refus, ses dénis, ses phantasmes, ses paranoïas, ses peurs, ses aveuglements, ses résistances, ses conservatismes, ses fuites en avant, ses régressions, ses maneuvres, et tout ce dont nous sommes témoins aujourd’hui, notament par ce révélateur qu’est Internet.

Il faut respecter la difficulté de changer, de grandir, inhérentes à la condition humaine. Il faut néanmoins tenir les exigences du Sens de l’accomplissement de l’homme accédant à l’âge du Sens qui reste sans cesse à discerner, aujourd’hui comme toujours.

Le mieux est d’entreprendre de construire cette culture du virtuel,
dans les petites et grandes choses auquel ce site est dédié.